Le pape béatifié par la foule

Cité du Vatican — «Santo subito»: dans tout Rome, les affiches et les t-shirts le proclament déjà, et même les cardinaux relaient cette campagne populaire pour que Jean Paul II soit béatifié, puis canonisé, au plus vite.

Le Vatican doit confirmer deux miracles pour que Jean-Paul II puisse être canonisé, un processus qui peut prendre des siècles. Mais, alors que des millions de personnes rendent hommage à un pape déjà quasiment béatifié par la ferveur populaire, lancer la machine au plus vite semble inévitable.

Cet avis est partagé par plusieurs princes de l'Église, comme le cardinal de Chicago, Francis George, ou encore le Polonais Zenon Grocholewski, qui répondit: «absolument», lorsque le quotidien Reczpospolita lui demanda s'il pensait que le pape serait canonisé.

Pour le père Peter Gumpel, qui milite déjà pour la sanctification de Pie XII, il est probable que le processus soit accéléré pour Jean-Paul II, comme il le fut pour mère Teresa, en raison de «l'importance» du personnage et de la «grande admiration» qu'il inspire.

C'est Jean-Paul II lui-même qui modifia les règles, accordant un traitement de faveur à la religieuse albanaise, dont le processus de béatification fut entamé un an après sa mort en 1997, au lieu de cinq habituellement. Et le pape béatifia Teresa de Calcutta en 2003, dernière étape avant la canonisation.

En revanche, le père Gumpel exclut pour Jean-Paul II toute «canonisation express», qui outrepasserait le processus normal de recherche et d'évaluation du candidat et de ses accomplissements, estimant qu'elle ne «rendrait pas justice» à Karol Wojtyla.

Pourtant, la rue en rêve, pour l'homme qui créa plus de saints en un seul pontificat que tous ses prédécesseurs en 500 ans... «Saint Karol», proclament d'ores et déjà d'innombrables t-shirts dans Rome. Vittorio Messori, auteur catholique qui fut une des «plumes» du pape, note dans le Corriere della Sera que «nombreux déjà ont anticipé» le jugement de l'Église: «les raisons pour le faire ne manquent pas», observe-t-il.

Ce «culte de la sainteté» est particulièrement vivace en Pologne, où l'on aspirait à recevoir le coeur de Jean-Paul II, afin de le vénérer comme une relique. «Il a ébranlé le mur de Berlin. Il a vaincu le communisme. Il a uni non seulement les Polonais mais la totalité du monde chrétien par sa parole, et ceci est un miracle», décrétait Ewa Cywinska, 20 ans, étudiante en prière hier dans une église de Varsovie, se disant «certaine» qu'il serait rapidement béatifié.

Au Vatican, son numéro deux, le cardinal Angelo Sodano, semblait avoir lui aussi été plus vite que la musique, lorsque dimanche, dans sa première homélie d'après la mort du pape, il le qualifia, par écrit, de «Jean-Paul le Grand». Un titre qui est habituellement l'apanage des papes saints, comme Grégoire le Grand...