Mgr Marc Ouellet regrettera un pape nouveau genre

Québec — Le cardinal et archevêque de Québec, Mgr Marc Ouellet, estime que l'Église catholique a perdu l'un des plus grands communicateurs de son histoire avec le décès du pape Jean-Paul II.

«Ce qui me frappe le plus, c'est l'immense autorité qu'il avait acquise dans l'humanité comme référence morale. Personne n'a eu la facilité d'expression comme lui l'a eue. Personne n'a eu la génialité de créer l'événement comme lui. Il a attiré l'attention du monde entier et cela a donné à son action une projection extraordinaire», affirme Mgr Ouellet, qui a été nommé cardinal par le Saint Père en 2003.

Mgr Marc Ouellet souligne la combativité de Jean-Paul II qui lui a permis de livrer son message jusqu'à la toute fin de sa vie. «Donner jusqu'à l'extrême de ses forces, pour moi, c'est un grand témoignage, un grand don de soi, souligne le primat de l'Église catholique canadienne. J'ai vu prier cet homme, je l'ai vu souffrir aussi. J'ai toujours senti cette présence en lui du mystère de Jésus-Christ. Et ça m'a toujours donné vie et courage pour ce que j'ai à faire.»

Jean-Paul II a imposé un «style neuf» à la papauté, croit Mgr Ouellet. «On se serait attendu dans les milieux romains à quelqu'un qui remette de l'ordre dans la boutique, quelqu'un qui connaisse la curie et fasse la discipline. Ça n'a pas été du tout son option. En arrivant, il est allé directement au peuple. Ses voyages apostoliques ont imposé un style neuf. Même si Paul VI [de 1963 à 1978] était sorti, qu'il avait fait des voyages, il n'avait pas le même caractère. C'était des voyages plus officiels pour aller porter un message précis. Alors que Jean-Paul II, c'était vraiment des messages pastoraux. Il rencontrait des gens, des malades, d'autres chefs religieux, des évêques, des pauvres. Il avait des célébrations sur des places publiques et il rassemblait des immenses foules. Il allait rencontrer les fidèles là où ils étaient. Entre lui et les fidèles, le courant passait, l'énergie aussi. Ses voyages témoignent d'ail-leurs d'une volonté de contact direct. Cela est sans doute l'un des points les plus simples et les plus fondamentaux se son pontificat», souligne-t-il.

Le cardinal ne croit cependant pas que Jean-Paul II fut un «pape star», comme on le dépeint souvent. «Le pape répondait à l'appel des fidèles, peu importe où ils se trouvaient», note-t-il. Mgr Ouellet reconnaît cependant que Jean-Paul II «sortait de l'ordinaire». «J'étais à Rome pour son élection, et je me souviens qu'il n'avait pas fait 24 heures au palais apostolique qu'il était déjà rendu à l'hôpital où un de ses amis polonais, qui n'avait pas pu entrer au conclave, avait eu un infarctus. Et à l'hôpital, il a fait un discours improvisé à des journalistes. On se disait "mais ça ne se fait pas. Un pape ne parle pas comme cela à des journalistes dans le corridor d'un hôpital". En plus, lors de la fameuse célébration d'inauguration, il a laissé la procession et s'en est allé saluer les gens dans les premières rangées. Ç'a été l'affolement parmi les gardes du corps qui se sont mis à courir à droite et à gauche. Ce n'était pas prévu qu'il aille saluer les gens et serrer des mains. Mais c'était ça, son style: le contact direct, la communication», raconte Mgr Ouellet.

Jean-Paul II a profondément changé le visage de l'Église. Selon le cardinal Marc Ouellet, il a fait la promotion de la sainteté comme aucun autre avant lui. «Depuis 25 ans, il a fait plus de 1800 canonisations et béatifications. C'est plus que tous ses prédécesseurs depuis plusieurs siècles. Il voulait mettre en évidence des témoins privilégiés de cette vie de foi, d'espérance et de charité, au cours des siècles passés et en particulier, dans les temps récents», indique-t-il.

Jean-Paul II laisse aussi en guise d'héritage un «dialogue interreligieux» qu'il a su cultiver au cours de son pontificat. «Il a eu une attitude de respect avec les autres croyances religieuses. Il respectait les valeurs et les vérités exprimées dans les autres religions. Dans ses voyages, il y avait toujours une place pour la rencontre des autres chefs religieux, ou la visite d'une synagogue, par exemple. Le conseil pontifical pour le dialogue interreligieux a été beaucoup développé depuis 25 ans. Il est devenu une référence importante au Vatican», affirme Mgr Ouellet. Le cardinal rappelle la journée de prière pour la paix du 24 janvier 2002, qui a réuni plus de 200 chefs religieux en Italie après les attentats du 11 septembre 2001 à l'initiative du pape Jean-Paul II. «Sur la question de la guerre, il était une référence incontournable», dit-il, tout en rappelant les «vicissitudes historiques» de la Pologne natale de Karol Wojtyla.

En dépit de son style neuf, Jean-Paul II n'a manifesté aucune ouverture en ce qui concerne la contraception, l'avortement, l'homosexualité et l'accès des femmes à la prêtrise. «Jean-Paul II, c'était l'héritier d'une tradition investi d'une mission, celle de témoigner de l'Évangile. Le pape a porté cela de façon exemplaire. Car sur ces questions, il n'y aura jamais de compromissions, même pas pour l'avortement», affirme Mgr Ouellet.

Plutôt que de répondre aux «modes d'une époque», Jean-Paul II a décidé de lancer une «nouvelle évangélisation», estime le cardinal Marc Ouellet. «Il voulait rejoindre les jeunes. Et avec les jeunes, la mutation que nous vivons au plan des communications, du brassage culturel et religieux dans le monde entier, il a fait une nouvelle évangélisation avec des nouveaux moyens, une nouvelle ardeur. Tous ses efforts dans la tenue des journées mondiales de la jeunesse ont été élaborés avec le souci d'un dialogue direct avec la jeunesse et d'une proposition directe aussi des valeurs de l'Évangile: l'amour, la foi, le respect de l'autre, la liberté, la famille. Il faut suivre cette voie qu'il a su tracer», conclut Mgr Ouellet.