Design à gogo

Photo: Harry Foster, Musée canadien des civilisations
Photo: Photo: Harry Foster, Musée canadien des civilisations

Les années 60 semblent être un sujet inépuisable tellement cette époque a été disséquée par un nombre impressionnant d'exposants. Mais le Musée canadien des civilisations, à Gatineau, nous offre cette décennie sur un ton différent, aussi léger qu'instructif. Le Canada, bien décidé à se délivrer de son image de bûcherons, fera alors une place énorme aux artistes et designers dans le but avoué de projeter un visage plus sexy.

Gatineau — À entendre les baby-boomers raconter les années 60, particulièrement au Québec mais aussi dans le reste du Canada, on peut facilement penser qu'il existe deux XXe siècles distincts, séparés par l'année symbole 1960. Faut dire que les historiens et les nombreuses expositions qui retracent cette époque ne leur donnent pas tort.

En l'espace de quelques années, le monde bascule, le Canada s'éveille et le Québec entre de plain-pied dans sa Révolution tranquille. Les débats de société tirent dans tous les sens. De la libération des femmes en passant par la souveraineté du Québec jusqu'aux droits des autochtones, tout y passe.

Le Canada, jeune, fébrile et effervescent, est prêt à prendre sa place dans le concert des nations. Et pour y arriver, les artistes et designers, appuyés par une volonté politique sans équivoque, seront grandement mis à contribution.

C'est cette période créative et envoûtante — qui peut aujourd'hui sembler étrange aux moins de 40 ans! — qui représente la pierre d'assise de l'exposition temporaire Design à gogo, présentée au Musée canadien des civilisations jusqu'au 27 novembre prochain.

«Déplorant le statu quo, les nombreux membres de la génération du baby-boom, devenus adultes au cours des années 60, exigeaient que les fabricants leur procurent des biens correspondant à leur mode de vie personnel», peut-on lire sur l'un des murs de la salle d'exposition en guise d'introduction. Les meubles, les objets de consommation et les espaces publics sont alors repensés par les designers, les artistes et les architectes pour refléter davantage l'ébullition de la société.

Les gouvernements contribuent également à cette refonte. De grands projets comme la rénovation et l'agrandissement des aéroports canadiens permettent aux designers de laisser aller leur imagination. L'exposition montre d'ailleurs plusieurs modèles de chaises qui ont rempli les aérogares à cette époque.

Les concepteurs de partout au pays reçoivent une commande bien précise: les aéroports canadiens étant les portes d'entrée des visiteurs, le mobilier doit donner une «impression durable et dynamique du Canada».

Le drapeau canadien

Design à gogo fait également revivre, par des images d'archives et des textes soigneusement choisis, les événements ayant mené à la création du drapeau canadien, qui sera déployé pour la première fois le 15 février 1965. Lors de la campagne électorale de 1963, Lester B. Pearson promet que le Canada aura son propre drapeau avant deux ans.

Un comité de la Chambre des communes composé de députés de tous les partis recevra près de 6000 propositions, dont plusieurs proviennent de designers et d'artistes. Le comité choisira finalement l'emblème actuel, l'unifolié rouge, question de représenter un pays indépendant et unifié. Et en voyant les idées soumises au comité par la population, on peut constater que les députés ont eu un jugement sûr parce que certains drapeaux étaient, disons... plus ou moins réussis!

L'exposition présente aussi plusieurs objets inusités comme des stéréos en béton ou encore la fameuse et désormais célèbre chemise à carreaux — et son pendant plus raffiné, le tartan, apparu en 1964.

Design à gogo fait également une belle place à l'Expo 67 qui a attiré plus de 50 millions de visiteurs à Montréal. Un vidéo, des photos et des textes démontrent l'importance qu'a eue cet événement pour les designers d'ici... malgré les quelques controverses. Car les idées de certains artistes ébranlent des esprits plus conservateurs.

C'est notamment le cas du politicien John Diefenbaker, qui crée un tumulte à la Chambre des communes lorsqu'il déclare que le symbole d'Expo 67 allait tourner le Canada «en ridicule» aux yeux du reste de la planète. En dépit de l'opposition, les commissaires de l'événement ont maintenu leur choix qui symbolise l'amitié humaine.

Le Canada et le Québec, avec Expo 67, ont réussi à s'exposer à la face du monde comme un pays «dynamique, intelligent et sexy», selon les mots des médias étrangers. Une réussite totale qui a grandement aidé le pays à se débarrasser — même si la bataille n'est pas tout à fait terminée — de son image tenace de porteurs d'eau et de bûcherons.

Habitat 67, célèbre amalgame d'appartements conçu par l'architecte Moshe Safdie, est aussi abordé dans l'exposition, tout comme la culture hippie qui s'est développée durant cette décennie. Bref, Design à gogo tire aussi large que les courants de l'époque.

Mais en terminant la visite, on n'a qu'un seul regret: que l'exposition ne soit pas plus longue! Entre 30 et 40 minutes suffisent amplement pour tout voir et l'on en redemande. Mais bon, on peut toujours se consoler avec les autres expositions temporaires ou encore avec les salles permanentes du Musée canadien des civilisations.

- Design à gogo, jusqu'au 27 novembre 2005, Musée canadien des civilisations, 100, rue Laurier, Gatineau, % 1 800 555-5621, www.civilisations.ca.