Les femmes jouent plus aux jeux de hasard en ligne, selon une étude

Machines à sous, «gratteux», billets de loterie: les recherches indiquent que le sexe féminin utilise fréquemment ces jeux à des fins d’échappatoire et de détente, ainsi que pour se soustraire à la réalité.
Ringo Chiu Agence France-Presse Machines à sous, «gratteux», billets de loterie: les recherches indiquent que le sexe féminin utilise fréquemment ces jeux à des fins d’échappatoire et de détente, ainsi que pour se soustraire à la réalité.

De plus en plus de femmes font l’essai de jeux de hasard ou d’argent en ligne pour la première fois, un phénomène qui devra faire l’objet de recherches approfondies au cours des prochaines années, selon la chercheuse Sylvia Kairouz.

Une étude menée en 2021 auprès de 4500 Québécois a révélé que les femmes rapportent dans une plus grande proportion avoir commencé à jouer sur le web ou migré vers le jeu en ligne au cours de la pandémie, bien que leurs homologues masculins soient plus nombreux à s’adonner à ce genre d’activités.

Si les jeux d’argent ont généralement été associés aux hommes, les femmes ne sont pas non plus à l’abri de souffrir d’une dépendance liée à des habitudes problématiques, soutient Sylvia Kairouz, professeure titulaire au département de sociologie et d’anthropologie de l’Université Concordia. À travers une centaine d’entrevues effectuées auprès de participants et de participantes de l’étude, la chercheuse a relevé des tendances distinctes entre les deux, notamment par rapport au type de jeu privilégié.

« Les femmes se retrouvent avec des jeux totalement de hasard, tandis que les hommes vont plus aller chercher des jeux de poker et de table. En faisant ces choix, et en ayant ces goûts, le risque est beaucoup plus grand pour les femmes », estime Sylvia Kairouz.

Machines à sous, « gratteux », billets de loterie : les recherches indiquent que le sexe féminin utilise fréquemment ces jeux à des fins d’échappatoire et de détente, ainsi que pour se soustraire à la réalité. Contrairement aux hommes qui recherchent des expériences de jeu procurant des sensations fortes, les femmes vont plutôt opter pour des jeux plus longs qui impliquent des mises moins élevées.

« Souvent, elles vont nous dire : “on se sent un peu hypnotisées quand on joue, on se change les idées et on décompresse”. C’est pour cette raison que les gratteux – surtout les ceux qui sont longs à gratter –, et les machines à sous, les femmes aiment beaucoup ça », souligne en entrevue Anne Elizabeth Lapointe, directrice générale de la Maison Jean Lapointe.

Des données de Statistique Canada datant d’août 2022 montrent aussi que des proportions plus élevées de femmes que d’hommes ont déclaré avoir joué au bingo (5,7 % par rapport à 2,1 %) et avoir acheté des billets de loterie instantanée ou joué à des jeux en ligne (34,8 % par rapport à 31,1 %).

La même enquête notait que chez les personnes ayant joué à des jeux de hasard au cours des 12 mois précédant les sondages, 2 % des hommes et environ 1 % des femmes présentaient un risque modéré à élevé de développer des problèmes de dépendance, soit environ 304 000 Canadiens.

« Les femmes font souvent moins de demandes d’aide que les hommes en termes de dépendance. Elles sont encore beaucoup stigmatisées, alors qu’elles sont ciblées clairement par l’industrie, que ce soit de l’alcool ou autre, précise Mme Lapointe. […] Ce qui arrête les femmes, c’est beaucoup la honte et la culpabilité. »

Bien que l’écart de participation aux jeux en ligne se rétrécisse entre les sexes, les modèles de recherches ont longtemps été pensés en fonction des habitudes des hommes. Les femmes restent sous-représentées dans les enquêtes, et leurs résultats ont tendance à être généralisés. Pour Mme Kairouz, le phénomène de dépendances féminines doit être ciblé afin de permettre aux futures études de mieux s’y pencher.

« Les données, si on ne fait pas de distinction avec les femmes, reflètent beaucoup plus la réalité masculine. […] On sait que celle des femmes est totalement différente : le sens qu’elles donnent au jeu et la fonction d’échappatoire et de compensation dans leur vie sont beaucoup plus présents », souligne-t-elle.

Une prochaine collecte de données aura d’ailleurs lieu d’avril à septembre, ajoute la chercheuse, ce qui permettra de brosser un portrait plus complet de la situation sur une période de plus de deux ans.

« C’est vraiment un de mes axes de recherche, la relation entre le genre et le jeu. On va pouvoir observer les trajectoires des participants, et si elles sont les mêmes pour les hommes et les femmes. La dimension genrée va être extrêmement importante pour nous », assure-t-elle.

À voir en vidéo