Le successeur

L’archevêque de Québec, le cardinal Marc Ouellet, que l’on voit ici lorsque le pape Jean-Paul II lui avait remis son anneau de cardinal lors d’une messe en la basilique Saint-Pierre, le 22 octobre 2003, fera partie de ceux qui éliront le proch
Photo: Agence Reuters L’archevêque de Québec, le cardinal Marc Ouellet, que l’on voit ici lorsque le pape Jean-Paul II lui avait remis son anneau de cardinal lors d’une messe en la basilique Saint-Pierre, le 22 octobre 2003, fera partie de ceux qui éliront le proch

Ottawa — C'est une Église différente de celle qui a élu Jean-Paul II qui devra lui choisir un successeur. Une Église plus présente dans les pays du Sud, traversée par des courants conservateurs et réformateurs. Un nouveau visage qui colore toutes les réponses à la question qui s'impose depuis la détérioration de l'état de santé du pape: qui lui succédera?

Cette élection, qui devra avoir lieu entre 15 et 20 jours après le décès de Jean-Paul II, fait déjà couler beaucoup d'encre. Tout le monde cherche à identifier les candidats sérieux, ces papabili, comme les désigne la langue populaire italienne. Mais pour ce qui est des favoris, rien n'est gagné. L'adage du Vatican est clair: «Qui entre pape sort cardinal.»

Les camps qui se dessinent recoupent certains des clivages qui existent au sein de l'Église. Le choix du prochain pape soulève par exemple la question de la continuité de la philosophie de Jean-Paul II, ouverte sur le monde et sur un rapprochement avec d'autres religions mais aussi conservatrice et attachée à une doctrine stricte pour ce qui est de la place des femmes dans l'Église, de l'homosexualité ou de l'avortement. Le tiraillement entre les courants conservateur et réformateur est tangible.

«Ce clivage-là, qui est réel, jouera certainement dans le choix du prochain pape», croit le père Roland Jacques, doyen de la faculté de droit canonique à l'Université Saint-Paul, à Ottawa. Il prévient cependant que la perception des enjeux sociaux, par exemple, est très différente selon qu'un cardinal est originaire de l'Occident, de l'Asie ou de l'Afrique.

Or près des deux tiers du milliard de fidèles de l'Église catholique vivent dans les pays du Sud, la plupart en Amérique latine. «La répartition des cardinaux est beaucoup plus large aujourd'hui et correspond mieux qu'avant à la réalité du monde catholique, mais l'influence des pays du Sud est encore relativement modeste, bien qu'elle soit appelée à se renforcer», relève le père Jacques.

Parmi les 117 cardinaux autorisés à voter, la moitié sont des Européens, ce qui fait dire à plusieurs qu'on a de bonnes chances d'assister à l'élection d'un Européen, et même d'un Italien. Parmi les 58 cardinaux européens, 20 sont des Italiens. Et la tradition en faveur de l'Italie est forte. Le Polonais Karol Wojtyla (Jean-Paul II) aura été le premier pape non italien en 456 ans.

Plusieurs candidats italiens de diverses tendances sont d'ailleurs sans cesse mentionnés. Celui qui a longtemps dominé le palmarès mais dont l'étoile semble avoir légèrement pâli ces dernières années en raison de son âge est le cardinal Carlo Maria Martini (78 ans). Il a dirigé le grand diocèse de Milan jusqu'en juillet 2002. Polyglotte, érudit, c'est un jésuite libéral qui s'est opposé à la position de Jean-Paul II sur l'ordination des femmes.

Un autre favori, mais de tendance conservatrice, est le cardinal Dionigi Tettamanzi (71 ans), archevêque de Gênes. Il est vu comme un conservateur modéré, même s'il appuie la position du pape sur la sexualité et le contrôle des naissances et malgré qu'il soit proche, dit-on, de l'Opus Dei.

Le cardinal Giovanni Batista Re, 71 ans, figure aussi au palmarès. Substitut au secrétaire d'État du Vatican, préfet de la Congrégation des évêques, il est surtout un homme de confiance du pape Jean-Paul II. C'est un conservateur davantage préoccupé par l'avenir du Saint-Siège et par les réformes structurelles en faveur des Églises locales.

On mentionne aussi le cardinal Angelo Sodano, 77 ans, secrétaire d'État du Vatican et plus haut gradé après le pape. C'est un diplomate expérimenté, considéré comme étant pragmatique et fin politicien.

Le chef de file des conservateurs reste le cardinal allemand Joseph Ratzinger. S'il n'est pas favori, il est celui, dit-on, qui a le plus d'influence sur le conclave. Âgé de 77 ans, très conservateur sur le plan social, cet ancien archevêque de Munich est considéré comme l'homme le plus puissant au Vatican après le pape. Il est doyen du collège des cardinaux et préfet de la puissante Congrégation pour la doctrine de la foi.

Plusieurs autres noms circulent, mais leurs chances sont souvent jugées minces. Le cardinal autrichien Christoph Schönborn, 50 ans, reçoit de nombreuses mentions. Père dominicain, archevêque de Vienne, il est jugé conservateur, mais on le considère comme un possible candidat de compromis, tout comme le cardinal belge Godfried Danneels (71 ans).

Si le conclave optait pour un pape originaire d'un pays du Sud, ce qui est jugé peu probable, trois candidats viendraient en tête de liste. Du côté de l'Afrique, d'abord, avec le cardinal Francis Arinze (72 ans), du Nigeria. Conservateur, préfet de la Congrégation pour le culte divin au Vatican, il a à son actif d'avoir grandement contribué aux efforts de dialogue entre le Vatican et les musulmans, les juifs et les hindous. S'il était choisi, il serait le second pape noir de l'histoire de l'Église catholique, le dernier ayant été Gélase Ier, pape de 492 à 496.

Du côté latino-américain, le nom qui revient le plus souvent est celui d'Oscar Rodríguez Maradiaga (62 ans), un Hondurien reconnu pour son travail en faveur des pauvres. Polyglotte, artiste, professeur de sciences, il est qualifié de réformateur. Le suit de près le conservateur colombien Darío Castrillón Hoyos, 75 ans, préfet de la Congrégation pour le clergé au Vatican.

Un autre élément à garder en tête est l'âge des candidats. Élu en 1978 à l'âge de 58 ans, Jean-Paul II aura eu un des plus longs pontificats de l'histoire, et plusieurs observateurs croient que les cardinaux voudront éviter de répéter l'expérience. «Ça jouera un petit peu. Peut-être qu'une personne plus âgée aura des chances raisonnables parce qu'on ne reculera pas devant la perspective d'un pontificat plus court, mais ça ne sera pas la première considération», croit le père Jacques.