L’approche féministe de la nouvelle directrice générale d’Oxfam-Québec

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Béatrice Vaugrante, la nouvelle directrice générale d’Oxfam-Québec
Photo: Photo fournie Béatrice Vaugrante, la nouvelle directrice générale d’Oxfam-Québec

Ce texte fait partie du cahier spécial Leadership au féminin

Fraîchement arrivée en poste, Béatrice Vaugrante désire transformer la société avec une approche féministe pendant son mandat. Portrait de la nouvelle directrice générale d’Oxfam-Québec, organisme qui célèbre son 50e anniversaire d’existence cette année.

Avant de se joindre à l’organisme qui lutte contre la pauvreté, Mme Vaugrante a dirigé Amnistie internationale pour le Canada francophone durant plus d’une décennie. « Je suis encore en mode exploration ! » résume en éclatant de rire celle qui a entamé ses nouvelles fonctions en février.

Depuis son arrivée à Oxfam-Québec, Mme Vaugrante a pu observer que l’ONG était « déjà pas mal avancée sur les questions et les enjeux » de l’égalité des sexes. L’organisme travaille notamment à l’élaboration d’une politique féministe, ajoute la directrice générale. « C’est pour s’assurer qu’on a une organisation qui transforme le programme économique et qui répond à la crise climatique et aux enjeux humanitaires sous un angle de pouvoir au féminin. Et je le vois beaucoup dans les projets actuels », dit-elle.

Oxfam-Québec a d’ailleurs deux initiatives en cours portant sur les droits des femmes. La première, Voix et leadership des femmes, vise à faire rayonner les voix féminines dans l’espace public et en est à sa quatrième année sur un total de cinq.

Un second projet, Pouvoir choisir, s’échelonnera jusqu’en 2028. Il a été mis sur pied dans le but de fournir plus de liberté aux femmes en matière de santé, de droits sexuels et reproductifs. « Ce sera sur des accès à des services pour pouvoir, entre autres, accoucher sans mourir, hein ? Ce serait bien ! » illustre Mme Vaugrante.

La nouvelle directrice générale espère également augmenter l’ancrage local d’Oxfam-Québec, spécialement pour les 50 ans de l’organisme. « Ce qu’on fait localement peut imprégner ce qu’on fait dans nos projets à l’externe. Il va falloir l’améliorer en disant : “Voici ce qu’on peut faire à l’international. Voici en quoi ça peut aider le Québec. Et voici comment ce qui se fait ici peut aussi aider ailleurs.” », dit-elle.

Une approche rassembleuse

Même si elle n’a pas encore une idée précise de tous les défis qu’elle voudra relever dans son mandat à Oxfam-Québec, Mme Vaugrante espère épauler les organisations des droits des femmes. « J’en connais beaucoup et je sais à quoi elles font face. Je sais comment on peut les soutenir sans qu’elles se fassent chaque fois attaquer [par des messages haineux] », explique-t-elle.

Le pouvoir au féminin inclut la participation de tous, souligne la directrice générale d’Oxfam-Québec. « Les hommes peuvent avoir ce leadership féministe. D’ailleurs, on les encourage fortement », dit Mme Vaugrante. Elle croit à l’importance de « travailler ensemble » avec toutes les parties prenantes de la société. « Il faut collaborer avec d’autres ONG, les entreprises, les gouvernements, les universités, les artistes », énumère-t-elle.

Pour Mme Vaugrante, les années à venir sont d’ailleurs cruciales dans plusieurs luttes. « Cette décennie, elle passe ou elle casse, que ce soit avec les crises climatiques ou la démocratie », avance-t-elle.

De son propre aveu, le monde des droits de la personne et celui du développement international sont « parallèles, sans être similaires ». Elle estime toutefois que son expérience antérieure peut être un atout. « Oxfam-Québec est une organisation qui travaille beaucoup sur des solutions concrètes », dit celle qui s’affaire à trouver des liens entre les droits des femmes et le fait de changer l’économie et de proposer des solutions à la crise climatique. « Et ce, à travers le pouvoir féminin, le pouvoir féministe. »

Pour la nouvelle directrice générale d’Oxfam-Québec, le féminisme représente une occasion de remettre en question le partage du pouvoir. « C’est de s’assurer que chaque fois qu’on fait quelque chose, il y ait une analyse genrée, croit Mme Vaugrante. Est-ce que la décision nuit aux femmes ou reconnaît le travail gratuit des femmes ? » demande celle qui privilégie une approche intersectionnelle.

Mme Vaugrante affirme d’ailleurs que cette façon de faire a permis à Amnistie internationale de se doter d’un plan antiracisme pour 87 % des 70 entités nationales de l’organisation. « Cette approche de leadership féministe fait en sorte qu’on remet en question nos façons de travailler, même dans des organisations qui sont pour les droits de la personne et les droits des femmes. Chaque fois, il faut s’interroger sur le partage des pouvoirs, martèle-t-elle. Quand on a une approche féministe et ouverte, ça rend les choses plus simples. J’espère qu’on pourra tous travailler à la même table. »

Des recherches sur les femmes victimes de traite des êtres humains au Canada

Un projet de l’Université de Sherbrooke se penchera ce printemps sur les défis juridiques rencontrés par les femmes et les filles réfugiées ou migrantes victimes de traite des êtres humains.

La professeure adjointe à la Faculté de droit de l’établissement Kristine Plouffe-Malette a reçu une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines pour mener ces recherches. Elle  travaille en collaboration avec sa collègue Vanessa Tanguay, chargée de cours à l’UdeS et doctorante à la Faculté de droit de l’Université McGill.

Le projet sera d’abord un bilan des connaissances, explique Mme Plouffe-Malette. « Depuis les dix dernières années, est-ce qu’on possède les informations sur nos demandeuses d’asile, sur nos femmes migrantes, qui pourraient être ou auraient été victimes de traite des êtres humains ? » résume la chercheuse.

Les femmes et les filles représentent d’ailleurs près de 96 % des victimes de traite de personnes au Canada, d’après des données de Statistique Canada publiées en décembre 2022. Et comme la traite de personnes est reconnue depuis 2005 comme un crime au pays, elle devient aussi un motif pour des femmes de demander refuge. Ainsi, il existe deux types de victimes selon le droit canadien : le premier par le droit pénal et le second, par le droit des réfugiés. Le projet mené à l’Université de Sherbrooke cherchera à savoir si ces victimes sont toutes sur un pied d’égalité face à la justice.

À la lumière de leurs découvertes, les deux chercheuses publieront leur rapport sur la question en juin prochain.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.



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