Cri du cœur des organismes d’aide aux demandeurs d’asile

« On interpelle les différents ordres gouvernementaux parce que les organismes communautaires sont arrivés à un point de saturation. On est en train de frapper un mur », explique Stephan Reichhold (à gauche), de la TCRI.
Jacques Nadeau Le Devoir « On interpelle les différents ordres gouvernementaux parce que les organismes communautaires sont arrivés à un point de saturation. On est en train de frapper un mur », explique Stephan Reichhold (à gauche), de la TCRI.

Se disant incapables de répondre aux besoins criants et à la « détresse » des demandeurs d’asile, qui se font de plus en plus nombreux, des comités de concertation et des organismes communautaires de Montréal revendiquent des investissements supplémentaires et un accès aux différents programmes et services publics afin de les aider dans leurs démarches.

« Nous sommes dans une situation critique, il faut agir avant que la situation ne devienne encore plus dramatique et nous explose en plein visage », affirme Maria Ximena Florez, qui représente les organismes sociaux de l’arrondissement de Saint-Laurent.

Dans la grande salle du Centre de ressources communautaire de Côte-des-Neiges, où s’étaient réunis les représentants de 16 quartiers de Montréal en conférence de presse mardi, les intervenants sont unanimes : ils n’arrivent plus à répondre à la demande.

Les organismes communautaires sont arrivés à un point de saturation. On est en train de frapper un mur.

Depuis la réouverture des frontières, le nombre de demandeurs d’asile a explosé, tant au Québec qu’à l’étranger. 2022 aura été une année record sur la planète. Au Québec, on estime qu’ils sont présentement entre 40 000 et 50 000, dont environ 40 % seraient arrivés par le chemin Roxham.

« Très rapidement, nous avons été débordés, vu l’afflux massif de demandes d’asile au quotidien, explique Fatma Djebbar, responsable du Service d’interprète d’aide et de référence aux immigrants, dans le quartier Côte-des-Neiges. Avant cette crise, nous recevions une moyenne de cinq demandeurs d’asile par jour. Nous sommes maintenant rendus à une soixantaine par jour, avec le même effectif et les mêmes subventions. »

Privés de services

Ils ont beau faire preuve d’imagination, mettre en commun leurs ressources et « travailler avec les moyens du bord » pour « pallier les failles d’un système d’accueil déficient », les organismes communautaires n’y arrivent tout simplement plus. « On interpelle les différents ordres gouvernementaux parce que les organismes communautaires sont arrivés à un point de saturation. On est en train de frapper un mur », ajoute Stephan Reichhold, de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI).

La coalition revendique non seulement plus d’argent pour réussir à offrir « un soutien et un accompagnement adéquats » aux demandeurs d’asile, mais également plus de services pour ceux-ci. « Contrairement aux autres nouveaux arrivants, les demandeurs d’asile ne sont pas admissibles aux services : ils sont laissés à eux-mêmes », précise M. Reichhold.

De façon plus précise, la coalition demande au gouvernement du Québec d’annuler une décision du Conseil des ministres qui date de 1996 et qui limite l’accès des demandeurs d’asile aux services publics, comme les services de garde subventionnés et les mesures d’employabilité.

Enfin, elle revendique aussi des services d’accompagnement juridique pour les demandeurs d’asile et un dispositif d’hébergement transitoire pour ceux et celles qui n’ont pas accès à un logement décent.

Trop de barrières

Selon les membres de la coalition, les services mis en place par Québec et Ottawa sont insuffisants et « chaotiques ». Hébergés dans des hôtels, ne parlant pas la langue locale et souvent en proie à des traumatismes à la suite de leur périple, les demandeurs d’asile font face à de nombreuses barrières.

Comment peuvent-ils se loger et se nourrir s’ils n’ont pas accès à un travail rapidement ? Comment peuvent-ils travailler et apprendre le français s’ils ne peuvent pas envoyer leurs enfants à la garderie ou à l’école ? Comment peuvent-ils aller travailler s’ils n’ont pas les moyens de s’acheter des titres de transport ? Autant de questions que mettent en avant les représentants des organismes communautaires pour illustrer la difficulté du parcours des demandeurs d’asile.

Les groupes communautaires dénoncent les préjugés selon lesquels les demandeurs d’asile seraient un « fardeau pour la société », rappelant qu’ils ne demandent qu’à travailler et vivre en sécurité. « Les politiques publiques [les concernant] sont considérées comme des dépenses, mais sont plutôt des investissements », explique Véronica Islas, du Carrefour de ressources en interculturel.

« Quand ils arrivent et qu’ils ont zéro service, ils trouvent une façon de s’organiser. Mais parfois, quand tu n’as pas de papiers et pas de moyens, tu ne peux rien faire, carrément. On enlève tout le pouvoir d’agir de ces personnes, donc on s’assure qu’elles vont se planter », lance Mme Islas, ce qui génère une salve d’applaudissements dans la salle.

Alors que la conférence de presse s’achève, un groupe de demandeurs d’asile patiente dans le couloir. Ils viennent pour obtenir de l’aide en lien avec des formulaires administratifs. Tous ceux avec qui Le Devoir s’est entretenu ne souhaitent qu’une chose : obtenir un permis de travail le plus rapidement possible pour retrouver un semblant de normalité et faire vivre leur famille.



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