Un nouveau refuge pour femmes ouvrira ses portes à Montréal

Le réseau de la santé compte aussi miser sur un meilleur référencement des personnes en situation d’itinérance afin que celles qui se butent à un refuge qui déborde puissent facilement être dirigées vers un autre ayant encore des lits disponibles.
Photo: Marie-France Coallier Archives Le Devoir Le réseau de la santé compte aussi miser sur un meilleur référencement des personnes en situation d’itinérance afin que celles qui se butent à un refuge qui déborde puissent facilement être dirigées vers un autre ayant encore des lits disponibles.

Un nouveau refuge pour femmes de 15 lits ouvrira ses portes prochainement à Montréal, a appris Le Devoir. Une mesure qui survient au moment où plusieurs refuges sont sous pression, en particulier au centre-ville.

Ce refuge, qui devrait faire l’objet d’une annonce publique dans les prochains jours, verra le jour dans le nord de la métropole. Il comprendra 15 lits destinés uniquement aux femmes en situation d’itinérance, qui sont celles qui ont le plus de difficultés cet hiver à trouver un endroit sécuritaire où dormir une fois la nuit tombée, a confié au Devoir lundi Catherine Giroux, qui est cheffe du service régional de l’itinérance au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

« On espère que ce projet-là va aider la situation », a ajouté Mme Giroux, dont l’équipe gère le financement gouvernemental des ressources en itinérance dans la métropole.

Un autre refuge de 30 lits destiné aux itinérants autochtones a d’ailleurs officiellement ouvert ses portes sans tambour ni trompette vendredi soir dans un local situé au rez-de-chaussée d’un bâtiment de la rue Sainte-Catherine Ouest, à deux minutes à pied du square Cabot. Le refuge est ouvert de 20 h à 7 h et offre des repas en plus d’un lieu d’hébergement temporaire.

« J’ai fait le tour de mes bénéficiaires hier et je pense qu’ils apprécient beaucoup le fait que c’est un endroit calme », s’est réjouie en entrevue lundi Alexandra Ambroise, qui a contribué à concrétiser ce refuge. Celui-ci est géré par le regroupement Mamit Innuat, qui représente les conseils des Innus des communautés de la Minganie et de la Basse-Côte-Nord.

Le centre-ville sous pression

Le nombre de places disponibles pour les itinérants dans les refuges et les haltes-chaleur a d’ailleurs connu une hausse constante au cours des derniers hivers, pour atteindre 1623 cette saison froide, selon le « Plan concerté montréalais en itinérance » dévoilé en novembre dernier par le réseau de la santé. Or, plusieurs ressources peinent tout de même à répondre à la demande, en pleine période hivernale.

« C’est épouvantable de devoir refuser des personnes. On essaie de trouver d’autres endroits pour ces gens-là et on n’y arrive pas […] C’est vraiment dramatique », s’alarme la directrice générale et fondatrice de La rue des femmes, Léonie Couture.

Dans une lettre ouverte parue dans le quotidien La Presse lundi, Mme Couture rappelle qu’un dénombrement effectué en 2018 dans les rues de la métropole avait permis d’évaluer à 3149 le nombre de personnes en situation d’itinérance visible à Montréal. Elle a ainsi fait valoir plus que plus de 1500 personnes sont actuellement à la rue, sans possibilité de trouver un endroit où dormir dans les quelque 1600 lits déployés cet hiver.

« Ce qu’on dit encore et encore, c’est que ce sont 1500 personnes, hommes et femmes, chaque jour, qui sont à la rue », a de nouveau martelé Léonie Couture en entrevue au Devoir, lundi, plaidant ainsi pour une augmentation du nombre de lits d’urgence pour les sans-abri à Montréal.

Taux d’occupation extrêmement élevés

Dans les faits, le dénombrement réalisé en 2018 tenait compte des personnes en situation d’itinérance qui ont dormi à l’extérieur le soir où cet exercice a été réalisé, mais aussi de celles qui ont alors été logées dans des refuges, des centres jeunesse et des ressources pour femmes victimes de violence conjugale, entre autres. Ce sont ainsi plutôt 678 personnes qui ont dormi dans la rue, le soir du 24 avril 2018, indique le dénombrement.

« S’il y avait 1500 personnes à la rue, on en verrait à chaque coin de rue à Montréal, et ce n’est pas le cas », a ainsi lancé en entrevue lundi le président-directeur général de la Mission Bon Accueil, Samuel Watts. Ce dernier a toutefois reconnu qu’actuellement, « on a plus d’entrées que de sorties » dans plusieurs refuges de Montréal, qui doivent ainsi refuser des personnes quotidiennement.

« On a vu des gens décéder dans la rue au cours des derniers hivers et on ne veut pas que ça se répète », a pour sa part prévenu le président-directeur général de la Mission Old Brewery, James Hughes. Selon lui, le réseau de la santé devrait mettre en place des ressources d’urgence additionnelles pour les itinérants, en plus de bonifier les initiatives mises en place pour aider les sans-abri à avoir accès à un logement permanent.

« Ce qu’on entend, c’est qu’il y aurait des taux d’occupation extrêmement élevés dans plusieurs refuges », a d’ailleurs reconnu lundi Catherine Giroux, du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Cette dernière précise que plusieurs refuges comptent encore des lits disponibles au quotidien, mais qu’une pression accrue se fait sentir au centre-ville, où « quelques organismes sont en débordement », en raison de la forte demande.

Le réseau de la santé compte aussi miser sur un meilleur référencement des personnes en situation d’itinérance afin que celles qui se butent à un refuge qui déborde puissent facilement être dirigées vers un autre ayant encore des lits disponibles. Des lits d’urgence additionnels pourraient aussi être déployés si des périodes de froid extrême venaient à survenir cet hiver, indique le réseau de la santé.

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