À Québec aussi, le nombre de contraventions en zone scolaire est en baisse

Le nombre de constats d’infraction remis par les policiers de Québec en zone scolaire en 2022 a pratiquement diminué de moitié en comparaison avec 2020, et ce, malgré l’accalmie urbaine due à la pandémie de COVID-19 et au confinement.

Cette année-là, les policiers de la capitale ont remis 699 contraventions pour excès de vitesse en zone scolaire, alors qu’ils n’en ont donné que 353 l’an dernier, révèlent des documents obtenus par Le Devoir en vertu de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics.

Les comportements dangereux des automobilistes à proximité des écoles font pourtant l’objet de dénonciations de plus en plus vives dans l’espace public depuis le décès de la jeune Mariia Legenkovska à Montréal. Des groupes de parents doivent d’ailleurs descendre de nouveau dans les rues mardi matin, dans différentes villes du Québec, à l’occasion d’une « manifestation nationale » contre « l’insécurité routière en zone scolaire ».

Comment explique-t-on la baisse du nombre de contraventions données près des écoles de la capitale ? Par une possible amélioration des comportements des automobilistes, répond le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ). « Le nombre d’opérations de sécurité routière effectuées en zone scolaire est sensiblement le même entre 2021 et 2022. Il est donc possible que la simple présence policière visible ait eu une incidence sur le nombre d’infractions », a indiqué par écrit son porte-parole David Poitras.


 

« Quand le chat n’est pas là… »

Des propos qui étonnent les parents à l’origine de la mobilisation prévue mardi. « C’est surprenant que ça ait été le double en 2020, alors qu’on était en pleine pandémie et que tout le monde était à la maison », avance Vicky Plourde, l’une des organisatrices de la manifestation qui doit se tenir près de l’école des Berges, dans le quartier Saint-Roch. « Les policiers ne sont jamais là », dit-elle, bien que « les parents constatent des infractions pratiquement tous les jours ».

La porte-parole du conseil de quartier voisin de Saint-Sauveur, Myriam Nickner-Hudon, est du même avis. Les policiers ne sont pas très présents autour de l’école, dit-elle, et « quand le chat n’est pas là, les souris dansent ».

L’an dernier, dans son quartier, une voiture a roulé sur les orteils d’une fillette de neuf ans qui traversait la rue pour se rendre à l’école primaire Saint-Malo. L’école est située sur la rue Marie-de-l’Incarnation, une artère de cinq voies où la limite de vitesse de 50 kilomètres à l’heure est peu respectée. « C’est une vraie blague, c’est tellement fréquent [qu’elle soit dépassée] ! »

Mme Nickner-Hudon ajoute que, souvent, les automobilistes ne voient pas les enfants à cause de la présence de véhicules stationnés illégalement trop près des intersections.

Les deux femmes admettent qu’une présence policière accrue ne peut pas tout régler, mais elles souhaitent que les forces de l’ordre prennent les devants. « Quand on a essayé de faire en sorte qu’il y ait plus de surveillance policière, on s’est fait dire d’arrêter d’appeler parce que [le SPVQ] était au courant du problème. Mais on n’a pas plus vu de présence policière », déplore Mme Plourde.

De nouvelles manifestations

Vicky Plourde fait partie des parents qui ont organisé une manifestation près de l’école des Berges en décembre dernier pour démontrer que le problème dépasse les frontières de la métropole. Ils souhaitent désormais faire monter la pression d’un cran par la tenue d’une « manifestation nationale » organisée avec des groupes de parents de Montréal et des organismes comme Piétons Québec.

Les organisateurs promettaient d’ailleurs lundi d’être présents mardi dans « plus de 25 écoles à travers le Québec », entre autres à Lévis, à Gatineau, à Granby et à Sherbrooke, en plus de Montréal et Québec. La mobilisation doit avoir lieu tôt en matinée, lors du trajet vers l’école, aux intersections problématiques.

Les gouvernements, disent-ils, doivent mettre sur pied « une stratégie de sécurité routière ». Ils souhaitent voir l’ajout de rues-écoles, de bollards et de sens uniques, ainsi qu’une hausse de la présence policière et des peines plus sévères.

On s’est fait dire d’arrêter d’appeler parce que [le SPVQ] était au courant du problème. Mais on n’a pas plus vu de présence policière.

 

En décembre dernier, Le Devoir a révélé que le nombre de contraventions données en zone scolaire avait aussi beaucoup baissé à Montréal, mais pas au cours de la même période. Après avoir diminué de façon marquée entre 2018 et 2020, les contraventions ont de nouveau augmenté après la pandémie. Le Service de police de la Ville de Montréal avait alors fait valoir que ces chiffres découlaient d’une nouvelle stratégie de déploiement policier. La métropole détient en outre des données plus anciennes que la capitale, où les contraventions en zone scolaire ne sont comptabilisées de façon distincte que depuis 2019.

Enfin, les données de Québec révèlent que l’écrasante majorité de ces contraventions concernent la vitesse : seulement un très faible nombre d’entre elles — entre 2 et 15, selon les années — concernent le non-respect des directives des brigadiers.

Avec Laurianne Croteau



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