Une annonce surprise de stages en région sème l’anxiété chez des étudiants en médecine

Les étudiants de troisième année de médecine à l’Université Laval ont reçu un choc, il y a une dizaine de jours : leur faculté leur a annoncé que certains d’entre eux seraient obligés de déménager en région pour y effectuer leur externat pendant un an.

La décision, annoncée par courriel le 12 janvier dernier, a suscité un fort mécontentement au sein de la communauté étudiante. « Je ne peux plus défendre les responsables de cette faculté en disant qu’ils se préoccupent de nous », dénonce un étudiant de troisième année joint par Le Devoir et qui a demandé l’anonymat par crainte de représailles. « Les raisons de cette décision ne nous ont jamais été communiquées. »

Il ajoute cependant que le processus a été mis sur pause par la Faculté à la suite de l’envoi d’une pétition s’opposant à la décision et signée par plus de 300 étudiants. De son côté, la directrice des relations publiques et du protocole de l’Université Laval, Andrée-Anne Stewart, indique que « des moyens pour remédier à la situation sont en cours de discussion en ce moment ».

Un stage crucial

Après leurs trois premières années d’études, les étudiants en médecine entament leur externat, c’est-à-dire qu’ils pratiquent dans des hôpitaux pour une période de deux ans. À l’Université Laval, la majorité des étudiants passent ces deux années à pratiquer dans des hôpitaux de Québec, où ils changent d’établissement toutes les six semaines.

Une minorité d’étudiants optent toutefois pour le programme d’« externat longitudinal intégré » (ELI). Ce programme se déroule dans des hôpitaux en région pour la première année, comme en Gaspésie ou dans le Bas-du-Fleuve, et la majorité de la période de stage se déroule dans un seul établissement. La deuxième année se déroule à Québec.

Ce programme n’est cependant pas très populaire. « Depuis deux ans, on ne trouve pas assez de volontaires pour combler certains ELI. Ces sites risquent de fermer », indique Mme Stewart, de l’Université Laval. « La Faculté souhaite combler toutes les places dans les milieux de stages en région pour répondre aux besoins importants en santé dans ces milieux […] », ajoute-t-elle. Un courriel envoyé aux étudiants et obtenu par Le Devoir indique que, parmi les villes boudées par les étudiants, figurent Baie-Comeau, Chandler, Rimouski, Rivière-du-Loup et Thetford Mines.

Afin de ne pas les laisser vacantes, la faculté a décidé qu’un tirage au sort déterminerait quels étudiants combleraient ces places.

La Faculté souhaite combler toutes les places dans les milieux de stages en région pour répondre aux besoins importants en santé dans ces milieux.

« Partir en région, ça nous a toujours été présenté comme une option, déplore l’étudiant joint par Le Devoir. C’est une décision qui se discute avec ses proches et que tu as normalement beaucoup de temps pour prendre. »

L’étudiant considère que la santé mentale de certains étudiants, particulièrement pendant l’externat, peut être fragile. Dans la dernière année, deux étudiants à l’externat issus de l’Université Laval et de l’Université McGill se sont d’ailleurs enlevé la vie.

« Je considère que j’ai une bonne santé mentale, mais je ne m’imagine pas aller dans une région loin de Québec que je ne connais pas, où je ne connais personne et où on m’impose un horaire de travail exigeant », déplore-t-il. « Ça peut rendre des étudiants déjà fragiles encore plus fragiles. »

Changements de plan

La position initialement ferme de la Faculté est aujourd’hui en suspens. Le courriel initial annonçant la nouvelle aux étudiants les invitait à « être prudents dans le renouvellement de [leur] bail [puisqu’ils pourraient être sélectionnés] pour un ELI ».

Après de multiples protestations, la Faculté a avisé les étudiants une semaine plus tard que le tirage aurait lieu le lendemain. « Afin de diminuer rapidement l’anxiété que cette situation génère, nous avons devancé le processus […] », peut-on lire dans le courriel envoyé cette journée-là. Ce tirage précipité a toutefois été annulé, et aucune nouvelle date n’a été confirmée.

De son côté, l’Université Laval ne confirme pas comment elle compte régler la situation. « Nous sommes en mode écoute et en mode solution », a indiqué Mme Stewart, dimanche.

Comme cela est réclamé par la pétition, les étudiants souhaitent que les stages d’un an en région soient divisés en stages de six semaines et distribués à plusieurs étudiants. « Je pense que c’est une solution qui regroupe beaucoup de gens, croit l’étudiant. Faire six semaines de plus en région, c’est pas si pire. » Ceux et celles qui effectuent leur externat à Québec ont déjà un stage de six semaines en région prévu à leur calendrier.

L’Université Laval rétorque que « ces propositions ne tiennent pas compte du caractère unique de chaque milieu ELI ».

L’institution semble vouloir poursuivre ce programme de stages régionaux. « La Faculté de médecine de l’Université Laval entend déployer la formule d’ELI de type communautaire partout dans l’Est-du-Québec afin de valoriser et de promouvoir la pratique médicale hors des grands centres et de contribuerà desservir ces populations », indique-t-on par courriel.

L’étudiant contacté par Le Devoir, pour sa part, n’a pas grand espoir que la situation change : « Je n’ai plus vraiment confiance en la Faculté. Dans ma tête, ils vont aller jusqu’au bout. »



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