Urgence de Maisonneuve-Rosemont: la cheffe d’unité réaffectée et un conseiller externe recruté

Le cri du coeur des infirmières de l’urgence de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont a été entendu. La cheffe d’unité dont les infirmières réclamaient la démission sera réaffectée à une autre fonction, a confirmé le président-directeur général du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal. Les urgences resteront ouvertes, et un conseiller externe a aussi été recruté afin d’améliorer le climat de travail.

La crise est telle à l’urgence qu’elle a dû être fermée partiellement la nuit dernière en raison d’un manque de personnel. Les infirmières ont fait un sit-in et refusé le plan de contingence proposé par leur employeur. Les ambulances ont été redirigées vers d’autres hôpitaux.

« C’est une situation intenable », a résumé en point de presse le ministre Christian Dubé, mardi, devant l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR), rappelant que les infirmières ont informé le CIUSSS de leur décision à quelques heures d’avis. « On a respecté leur décision, mais en même temps, ça nous met dans une situation quand même assez difficile », a-t-il dit.

Le ministre a indiqué qu’un conseiller externe a été recruté afin d’entendre les parties. Le climat de travail doit s’améliorer, selon lui.

« On a convenu d’amener une personne externe à la situation pour venir continuer d’essayer de trouver des solutions, a dit Christian Dubé. Il va y avoir déjà des discussions cet après-midi. » Dans son point de presse, le ministre a rappelé que cette crise survient dans un contexte de négociation de convention collective.

« Ambiance toxique »

Près d’une centaine d’infirmières et infirmières auxiliaires de l’urgence ont signé une pétition demandant la démission immédiate de leur cheffe d’unité, sans quoi elles menaçaient de démissionner dès mercredi. Les signataires y dénoncent le recours trop fréquent aux heures supplémentaires obligatoires (TSO) et « l’ambiance toxique » qui prévaut depuis l’arrivée de leur cheffe d’unité. Le document a été remis au p.-d.g. vendredi.

« Depuis sa nomination au poste de cheffe de l’urgence HMR en juillet dernier, on note une dégradation fulgurante de nos conditions de travail. Le nombre de TSO est en constante croissance, et cela encourage les membres de notre équipe à quitter, créant ainsi des conditions de travail plus que déplorables », soutiennent-elles dans la pétition. Les infirmières et infirmières auxiliaires ajoutent ne plus avoir « aucune confiance en les capacités de gestion et de leadership » de leur cheffe d’unité.

Questionné à ce sujet en point de presse mardi, le p.-d.g. du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, Jean-François Fortin Verreault, a souligné qu’il ne souhaitait pas « personnaliser le débat ». Il a ajouté que « la situation est extrêmement difficile » à HMR et que la « personne en question » n’est pas responsable du fait que l’hôpital reçoit davantage de patients que sa capacité d’accueil. Il a toutefois acquiescé à la demande des infirmières et a réaffecté la gestionnaire. Elle demeurera employée par l’établissement, mais ne sera « pas en relation directe avec l’équipe ». Une personne recrutée « à l’externe » prendra sa place.

Lundi soir, il a rencontré lui-même les infirmières en colère. « Une centaine d’actions différentes pour améliorer » la situation lui ont été suggérées, selon ses dires.

L’urgence sera complètement ouverte cette nuit, a-t-il assuré aux journalistes. « L’objectif, c’est de maintenir l’urgence ouverte. »

Ouverte, oui, mais…

Si l’urgence reste ouverte, cela ne tient qu’à un fil, a prévenu Denis Cloutier, président du Syndicat des professionnelles en soins de l’Est-de-l’Île-de-Montréal. « Actuellement, il nous manque 12 infirmières sur 24 pour le quart de soir ; 50 % du personnel est absent ce soir. Et ce ne sont pas des absences imprévues, c’est l’état de la situation des forces de travail à l’urgence de Maisonneuve-Rosemont. »

« C’était quand même important que la cheffe soit tassée. Ça allait trop loin. Mais au-delà de la personne, c’est un problème de pénurie », a-t-il insisté. « Ça prend l’injection rapide de professionnels en soin dans cette équipe-là. »

C’est précisément la solution préconisée par le critiquede Québec solidaire en matière de santé, Vincent Marissal. Selon lui, ce bris de service partiel est appelé à se répéter si Québec ne recrute pas dans le public les infirmières embauchées au privé. « S’il faut réquisitionner [les infirmières], à la guerre comme à la guerre, on les réquisitionne. Le gouvernement et le ministre Dubé n’ont jamais eu le courage d’aller là », a avancé Vincent Marissal.

Bien des urgences manquent de personnel, rappelle au Devoir le Dr Gilbert Boucher, président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec. « Il y a beaucoup de centres où les médecins administrent eux-mêmes les médicaments, parce qu’il n’y a plus d’infirmières [disponibles]. Il y en a qui font des tests sanguins, des intraveineuses. »



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