La COVID-19 en 2023, l’espoir d’une fin de pandémie

« La pandémie est terminée. » Le président des États-Unis, Joe Biden, avait tranché la question en septembre dernier, mais les scientifiques ne partagent pas nécessairement cet optimisme. Les nouveaux traitements, la gestion hospitalière et la Chine comptent pour autant d’incertitudes pour la quatrième année pandémique qui s’amorce.

« Une pandémie dure deux-trois ans, parfois un peu plus, parfois un peu moins », souligne le virologue Benoit Barbeau. Heureusement, le SRAS-CoV-2 est devenu « moins pathogène » avec le temps, et le monde va « continuer de glisser vers une endémie ».

Près de la moitié des Québécois ont contracté la maladie en 2022, selon un sondage de l’INSPQ, ce qui laisse seulement 5 % de la population sans aucune immunité.

Le problème, c’est qu’on peut arriver à un niveau endémique, qu’on ne préfère pas, comme la malaria en Afrique, où c’est tout le temps. Après un bon bout de temps, on est tellement infecté que la forme grave ne va pas nous frapper trop fort, mais il y a des gens qui vont toujours être durement frappés.

Le virus pourrait donc finir par se fondre dans la masse des grippes saisonnières et rejoindre les virus, bactéries et autres microbes qui circulent quand les gens entrent en contact rapproché.

2023, la fin de la pandémie ? « Scientifiquement, la réponse, c’est possiblement », selon l’infectiologue et microbiologiste Donald C. Vinh. « Le problème, c’est qu’on peut arriver à un niveau endémique, qu’on ne préfère pas, comme la malaria en Afrique, où c’est tout le temps. Après un bon bout de temps, on est tellement infecté que la forme grave ne va pas nous frapper trop fort, mais il y a des gens qui vont toujours être durement frappés. »

Le médicament miracle ne viendra sans doute jamais

Par intraveineuse ou en comprimé, les antiviraux font du surplace.

Les Japonais ont autorisé un nouveau médicament, le Xocova, qui s’annonce prometteur. Le Dr Vinh émet des réserves, comme tout bon scientifique. « Dans mon domaine, souvent, on entend des études prometteuses, mais pour plusieurs raisons, la promesse n’est jamais réalisée. »

« 2023 pourrait être un tournant » pour les vaccins, renchérit Benoit Barbeau. La dose de rappel risque de devenir un vaccin saisonnier « comme le vaccin grippal pour les personnes vulnérables, mais pas pour toute la population. Et plus on va avancer, plus on va avoir un vaccin adapté à ce qu’on prévoit et ce qu’on voit circuler. »

L’arrivée chez nous de vaccins vaporisés directement dans nos narines pourrait aussi changer la donne. Ce type de vaccin n’est administré qu’en Chine et en Inde pour l’instant, mais pourrait faciliter le renforcement de l’immunité collective à terme.

Un casse-tête dans les hôpitaux

Si la population vaque d’une vague à l’autre comme si de rien n’était, si les plexiglas sont devenus des accessoires et si quelques flèches défraîchies restent collées au sol, la pandémie n’est pas encore chose du passé dans les hôpitaux.

Les patients « COVID » sont encore placés à part pour éviter une contamination. « Quand un cas positif à la COVID-19 [visite une salle], on doit recharger l’horaire. Ça prend un effort pour coordonner afin qu’assez de temps s’écoule et qu’on puisse aérer la salle pour s’assurer que les prochains ne soient pas contaminés », explique Donald C. Vinh.

« On ne peut pas imaginer qu’on va placer quelqu’un avec la COVID-19 à côté de quelqu’un avec une greffe, ou d’un membre du personnel de la santé », avance-t-il. Est-ce que le milieu hospitalier s’encombrera longtemps de ce protocole ? « Je ne pense pas qu’on a un consensus. »

Une incertitude nommée Chine

2023 marquera la première année de pandémie active en Chine. Après trois ans d’une politique « zéro COVID », les cas flambent désormais dans l’empire du Milieu. Les scènes d’hôpitaux bondés comme au début de 2020 nous parviennent, mais aucune statistique crédible ne filtre sur l’étendue des contaminations, et encore moins d’informations sur les variants en circulation.

Plusieurs pays craignent l’arrivée d’un nouveau variant inconnu et ont depuis exigé des tests de dépistage pour les voyageurs en provenance de Chine.

Sylvie Briand, directrice de la préparation et de la prévention des épidémies et pandémies à l’Organisation mondiale de la santé, rappelle que ces mesures ne font que retarder l’entrée de nouveaux variants. « C’est une façon de réduire l’incertitude face à la circulation de ce virus. En matière de santé publique, Omicron est un peu partout dans le monde, ça ne va pas empêcher la transmission d’Omicron. L’objectif de ces mesures est d’une part de réduire l’incertitude […] et d’autre part de détecter un nouveau variant qui pourrait émerger dans un pays très peuplé comme la Chine », a-t-elle noté en conférence de presse la semaine dernière.

Le variant de l’heure porte le nom de XBB.1.5 et fait partie de la famille Omicron. Sa présence domine les infections dans le nord-est des États-Unis et devrait logiquement circuler chez nous. Il n’y a pas à craindre une nouvelle « grande vague » de contaminations, selon le virologue sud-africain Tulio de Oliveira, devenu célèbre pour avoir repéré le premier les variants Beta et Omicron. « La forte immunité de la population et les vagues précédentes de variants d’Omicron » limitent la puissance de XBB.1.5, a-t-il affirmé vendredi sur Twitter.

Rien ne garantit cependant qu’aucun nouveau variant ne viendra rebrasser les cartes en 2023. « Avec la COVID-19, rien n’est impossible. C’est ce qu’on a appris ces trois dernières années. C’est pourquoi il faut rester vigilant », rappelle le Dr Vinh.

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