Le tireur de Vaughan était paranoïaque, mais pas radicalisé

Trois des personnes tirées étaient des membres du conseil d’administration de l’immeuble. L’homme accusait le conseil d’avoir commis des actes criminels à son endroit.
Photo: Fakiha Baig La Presse canadienne Trois des personnes tirées étaient des membres du conseil d’administration de l’immeuble. L’homme accusait le conseil d’avoir commis des actes criminels à son endroit.

L’Ontarien qui a tué cinq résidents de son immeuble de copropriétés à Vaughan, en Ontario, était paranoïaque, se sentait visé par un groupe de malfaiteurs et était influencé par une vision dichotomique du christianisme, selon des expertes en extrémisme qui ont analysé ses publications sur les réseaux sociaux. Francesco Villi, 73 ans, n’était toutefois pas radicalisé, disent-elles.

Dimanche soir, le septuagénaire s’est déplacé sur différents étages du 9235, rue Jane et a tiré sur six résidents, en tuant cinq : Rita Camilleri, Vittorio Panza, Russell Manock, Helen Manock et Naveed Dada. Trois des personnes tuées étaient des membres du conseil d’administration de l’immeuble. L’homme accusait le conseil d’avoir commis des actes criminels à son endroit. Il estimait que la chambre électrique sous son unité avait été mal construite par les promoteurs et que des vagues électromagnétiques en émanaient, lui causant des problèmes de santé. Le conseil, disait-il, camouflait ces irrégularités.

« J’ai peur pour ma vie », a écrit l’homme au mois d’août 2020 dans une lettre remise à un juge de la Cour de justice de l’Ontario, dans laquelle il accuse les membres du conseil d’administration d’être des menteurs. « Le conseil n’a rien fait pour m’aider à avoir des conditions de vie raisonnables dans mon unité », lit-on dans la lettre. Sur son compte Facebook, qui n’est plus actif depuis mardi, l’homme décrivait certains membres du conseil comme des meurtriers.

Christine Sarteschi, une professeure de l’Université Chatham, en Pennsylvanie, qui s’intéresse aux mouvements extrémistes, qualifie l’homme d’« individu visé ». « Ces individus pensent qu’ils sont ciblés par un groupe de personnes. Ils ont la perception désillusionnée que ce groupe est après eux », explique la professeure américaine, qui a épluché les vidéos de l’homme. La professeure a étudié le phénomène et a déterminé qu’au moins quatre personnes aux États-Unis vivant ce type de paranoïa ont commis des fusillades de masse depuis 2009.

Carmen Celestini, une professeure à l’Université Waterloo qui se spécialise dans les mouvements conspirationnistes, estime que la vision de l’homme était alimentée par des idées religieuses. Selon la professeure, Francesco Villi pensait que les gens qui le blessaient représentaient le mal et que ces derniers — qui représentaient 95 % de la population — étaient en guerre contre lui, puisque lui, il faisait partie du bien. « Il pensait qu’il y avait une forte division entre le bien et le mal dans le monde », dit-elle.

« Rien à perdre »

Dans une vidéo publiée dans les jours précédant la tuerie, le septuagénaire affirmait qu’il « n’aurait pas eu à faire cela si vous m’aviez donné un logement confortable ». Dans certaines vidéos, Francesco Villi utilise le mot « meurtrier » pour décrire ceux qui lui veulent du mal. Sur les réseaux sociaux, le septuagénaire « donnait l’impression qu’il n’avait rien à perdre », constate Christine Sarteschi. Il s’agit de l’une des principales raisons pour laquelle les quatre « individus visés » qu’elle a étudiés en 2017 ont commis des tueries de masse.

Malgré ses menaces à l’endroit des membres du conseil et ses publications parfois incendiaires sur les réseaux sociaux, les deux femmes ne vont pas jusqu’à dire que le tueur était radicalisé. Sur Facebook, l’homme a publié une photo d’Adolf Hitler, mais Carmen Celestini estime qu’il représentait le mal que voyait le septuagénaire chez les membres du conseil d’administration de l’immeuble et le système judiciaire. Il n’avait pas publié la photo en appui au dictateur, estime-t-elle. « Il n’était pas anti-immigration et il ne semblait pas appuyer le mouvement QAnon », observe-t-elle.

La police régionale de York n’a pas encore précisé si l’arme de poing que possédait le tueur était légale et si l’homme était en droit d’en être propriétaire, mais Christine Sarteschi estime que l’homme n’aurait pas dû la posséder. « Dans certaines vidéos, il disait être prêt à passer à l’action. C’est inquiétant qu’une personne sentant qu’un groupe est après elle, et qui a l’impression d’avoir besoin de se protéger, soit en possession d’une arme », commente l’experte.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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