Moins de contraventions pour vitesse sont données aux automobilistes en zone scolaire

Une brigadière scolaire au travail à la sortie de l'école primaire Saint-Clément dans Maisonneuve, à Montréal. 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Une brigadière scolaire au travail à la sortie de l'école primaire Saint-Clément dans Maisonneuve, à Montréal. 

Depuis un changement de stratégie opéré au sein du SPVM en 2019, les policiers de Montréal donnent nettement moins de constats d’infraction aux automobilistes qui dépassent les limites de vitesse en zone scolaire. Un 180 degrés qui affecte particulièrement les usagers de la route les plus vulnérables, soit les piétons, dénonce une experte.

En date du 15 décembre 2022, les agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) avaient émis 5299 constats d’infractions liés à la vitesse dans les zones scolaires de la métropole, où la limite est de 30 km/h. C’est moins de la moitié des quelque 12 000 amendes émises quatre ans plus tôt, le pic des dix dernières années.


 

« C’est clair que ce n’est pas parce que les gens ont de meilleurs comportements, je n’y crois pas, réagit vivement la directrice du Centre Urbanisation Culture Société de l’INRS, Marie-Soleil Cloutier. C’est certain qu’il y a plein de conducteurs qui ont été au-dessus de la vitesse et qui n’ont pas eu de constat. Donc, cette baisse montre plutôt qu’il y a moins de policiers pour donner des contraventions. »

Une hypothèse que semble confirmer le pivot effectué en 2019 par le SPVM en matière de sécurité routière. Les escouades de circulation ont été démantelées, puis les agents ont été transférés vers des postes de quartier pour assurer la sécurité routière de manière plus locale, explique Marc-André Dorion, inspecteur et adjoint au chef de service de la planification opérationnelle.

Or, ces agents ont un mandat plus large, dans un plus petit territoire. « La sécurité routière est une priorité pour le SPVM, mais on a dû aussi prendre en compte d’autres priorités, comme la violence armée. En décentralisant ces agents-là, on était plus à même de faire des interventions en fonction des problématiques locales. »

Même si le SPVM a recours à un « éventail de stratégies » en matière de sécurité routière, la répression demeure importante, selon l’inspecteur. C’est pourquoi des opérations « répressives » sont menées autour des écoles à la rentrée.

Constat d’échec

Cette diminution de plus de la moitié des amendes est un constat d’échec, selon Marie-Soleil Cloutier, d’autant plus qu’elle n’a pas été combinée à d’autres mesures punitives comme des radars photo. Car même si on trouve plusieurs radars dits « pédagogiques », ceux qui montrent la vitesse en temps réel, il n’y en a pas qui peuvent émettre des contraventions, même si c’est une mesure très efficace, selon Marie-Soleil Cloutier.

« En soi, ça ne me dérange pas qu’on change le rôle des policiers, mais il faut quand même assurer la sécurité routière. Il faut que les gens aient un petit peu peur pour qu’ils aient le bon comportement. On réduit les effectifs policiers, et il n’y a pas de plan B, on a le même nombre de brigadiers scolaires qu’il y a vingt ans. »

En effet, on compte un peu plus de 500 brigadiers à Montréal, un nombre qui n’a pas bougé depuis deux décennies. Puisque le budget du SPVM pour ces effectifs a été gelé, les demandes de citoyens pour ajouter des passages piétons supervisés sont systématiquement refusées, affirme la chercheuse.

Le nombre d’élèves qui fréquentent une école du Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) a, au contraire, bondi de 22 % en dix ans.

La réduction du nombre de constats émis par les policiers est aussi visible autour des écoles situées sur de grandes artères, où la vitesse est toujours de 40 ou même 50 km/h.


 

Des infractions à la tonne

À l’angle de la rue Sherbrooke et de l’avenue De Lorimier, la circulation est intense à la sortie des classes. La rue Sherbrooke compte six voies de circulation, et l’avenue De Lorimier en a quatre, avec un flot continu de voitures provenant du pont Jacques-Cartier et du centre-ville.

Brigadier scolaire à cette intersection depuis trois ans, Hugues en voit de toutes les couleurs chaque jour. Des véhicules tournent quand ils ne devraient pas. Ils s’engagent dans l’intersection quand le feu de circulation est jaune et bloquent la circulation et le passage piéton. « Être pressé n’est pas une excuse. Il y a un grand manque de civisme », dit-il.

Parfois, c’est vraiment très chaotique. On a tout un travail d’éducation et de sensibilisation à faire auprès des parents.

 

Un midi, au mois de novembre, le brigadier a recensé 62 infractions en 90 minutes. « Et je ne comptais pas les excès de vitesse, parce que je ne peux pas les mesurer », précise-t-il.

Sur De Lorimier, au nord de la rue Sherbrooke, comme il s’agit d’une zone scolaire, la limite de vitesse est à 30 km/h, mais les voitures filent à toute allure. Aux dires du brigadier, les policiers ne sont pas empressés de sévir. « Ils me disent que s’ils font des interceptions, ça bloque la circulation. »

Chaos aux abords des écoles

Depuis des années, les parents de l’école Élan, située sur cette artère achalandée, se mobilisent pour rendre les déplacements des enfants plus sécuritaires. Au fil des ans, ils ont obtenu l’aménagement d’une bande cyclable sur la rue de Bordeaux, l’ajout de décomptes piétons aux feux de circulation et deux brigadiers. Mais la vitesse des véhicules et la circulation dense demeurent problématiques. « Aussitôt qu’on parle d’une voie artérielle, il n’y a rien qui bouge », déplore Maude Landreville, membre du comité de sécurité de l’école Élan. « Il y a des cultures à changer. » Selon elle, les policiers n’interviennent pas suffisamment.

Dans d’autres secteurs, c’est le comportement des parents eux-mêmes qui pose un problème. Les parents sont plus nombreux qu’auparavant à conduire leur enfant en voiture, note Kathleen Legault, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES). Certains stationnent en double file, d’autres empêchent les autobus scolaires de se garer, ce qui force le personnel des écoles à gérer les problèmes de comportement routier. « La voiture prend de plus en plus de place, et les gens viennent de moins en moins à pied à l’école », constate Mme Legault. « Parfois, c’est vraiment très chaotique. On a tout un travail d’éducation et de sensibilisation à faire auprès des parents. »

On réduit les effectifs policiers, et il n’y a pas de plan B, on a le même nombre de brigadiers scolaires qu’il y a vingt ans

 

La question des brigadiers est aussi un enjeu majeur pour de nombreux établissements. « Il faut presque se battre pour avoir un brigadier, même quand on a déterminé un coin de rue comme étant dangereux », indique Mme Legault.

« Dans un monde idéal, il faudrait être capable de fermer un quadrilatère autour des écoles à l’entrée et à la sortie des jeunes pour que les enfants puissent marcher librement sans s’inquiéter de la circulation. Ils viendraient peut-être davantage à l’école en marchant », avance-t-elle.

Au cabinet de la mairesse Valérie Plante, on souligne que la surveillance de la part du SPVM et de l’Agence de mobilité durable est nécessaire, mais qu’il faut aussi réaménager les rues. Depuis 2020, la Ville a d’ailleurs implanté des mesures d’apaisement de la circulation aux abords de plus de 80 écoles avec l’ajout de dos d’âne, de saillies de trottoir, de corridors scolaires, de pistes cyclables et une diminution des limites de vitesse, indique Marikym Gaudreault, attachée de presse.



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