Bâtir «un lien de confiance» entre la police et les itinérantes

Lors du passage du « Devoir » à Brossard, plusieurs policiers bénévoles, dont certains arboraient un chapeau de Noël, s’affairaient à remplir des sacs à main de divers produits.
Zacharie Goudreault Le Devoir Lors du passage du « Devoir » à Brossard, plusieurs policiers bénévoles, dont certains arboraient un chapeau de Noël, s’affairaient à remplir des sacs à main de divers produits.

Des centaines de sacs à main contenant des milliers de produits d’hygiène et de beauté ont été distribués mercredi par des policiers montréalais à des organismes venant en aide aux femmes en situation d’itinérance. Une initiative qui vise notamment à bâtir « un lien de confiance » entre le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et ces personnes vulnérables.

Dans les dernières semaines, des boîtes qui avaient été installées dans les différents bureaux et postes de quartier du SPVM ont permis de recueillir des centaines de sacs à main neufs ou légèrement usés qui ont été réunis mercredi matin dans un local de l’entreprise Citron Hygiène, à Brossard. Ceux-ci ont ensuite été distribués en après-midi dans une dizaine d’organismes hébergeant ou soutenant des femmes en situation d’itinérance dans la métropole.

Lors du passage du Devoir à Brossard, plusieurs policiers bénévoles, dont certains arboraient un chapeau de Noël, s’affairaient à remplir des sacs à main de divers produits. « J’ai l’impression de magasiner ! » a lancé une bénévole tout en déposant entre autres une brosse à dents, du dentifrice, un déodorant, une brosse à cheveux et des tampons dans l’un des sacs. Des vêtements pour femmes ont aussi été amassés en prévision de cette distribution, menée par des policiers et des policières qui travaillent pour différentes unités spécialisées du SPVM et par des employés chargés de prendre les appels au 911.

« L’objectif, c’est que la personne ait un lot de produits qui pourront lui servir à partir du moment où elle en aura besoin, soit dans une ressource [pour personnes en situation d’itinérance] ou si elle se dirige vers un hébergement plus permanent », explique au Devoir l’agent Laurent Dyke, responsable du dossier de l’itinérance au sein de la Division de la prévention et de la sécurité urbaine du SPVM.

Créer des liens

Parmi les organismes qui ont reçu mercredi des dizaines de sacs à main bien remplis et des boîtes de produits hygiéniques, on compte, entre autres, Chez Doris, La rue des femmes, Projets autochtones du Québec et la Mission Old Brewery, qui comprend un pavillon réservé aux femmes en situation d’itinérance.

« Toute possibilité d’avoir un rapprochement avec la police est une bonne chose », a réagi au Devoir la directrice générale du refuge Chez Doris, Marina Boulos-Winton, qui constate d’ailleurs une croissance de l’itinérance au féminin à Montréal. « On refuse toujours en moyenne neuf femmes par nuit », relève-t-elle.

Photo: Zacharie Goudreault Le Devoir Parmi les organismes qui ont reçu, mercredi, des dizaines de sacs à main bien remplis et des boîtes de produits hygiéniques, on compte, entre autres, Chez Doris, La rue des femmes, Projets autochtones du Québec et la Mission Old Brewery.

« C’est plein tous les soirs. On n’est pas toujours capable de répondre à la demande parce qu’on n’a pas assez de places », soulève également la directrice générale de Projets autochtones du Québec, Heather Johnston, dont les refuges accueillent de nombreuses femmes en situation d’itinérance. Elle aussi se réjouit néanmoins de l’initiative du SPVM. « Ça montre une certaine sensibilité aux besoins des femmes dans la rue », estime-t-elle.

Des unités spécialisées du SPVM en matière d’exploitation sexuelle et de violence conjugale conserveront aussi un certain nombre de sacs à main contenant des produits hygiéniques. Des policiers pourront alors distribuer ceux-ci à des femmes dans le besoin dans le cadre de leur travail, indique Laurent Dyke, qui espère que cette initiative contribuera à bâtir « un lien de confiance » entre la police et les itinérantes.

« C’est une population très vulnérable dans notre société, donc on veut être présents pour eux, on veut avoir de bons liens dans notre société et que si jamais ils ont besoin de nous, on soit là », ajoute-t-il.

D’inspiration ontarienne

Cette « Opération sacs à main à remplir », qui en est à sa deuxième édition à Montréal, a d’abord pris forme à Ottawa il y a quelques années, avant d’être importée dans la métropole québécoise.

« Depuis l’année dernière, on a repris le concept et on l’a amené à Montréal pour nous aussi pouvoir offrir des sacs à main remplis de produits hygiéniques et de beauté pour les femmes », relève M. Dyke.

L’activité est réalisée en collaboration avec l’entreprise Citron Hygiène, qui s’est chargée de mobiliser de nombreux fournisseurs afin qu’ils effectuent des dons de produits d’hygiène pour femmes dans le cadre de cette initiative. C’est ainsi que des milliers de produits essentiels variés ont été entassés dans les derniers jours dans les locaux de l’entreprise, en prévision de leur distribution mercredi.

En tout, environ 25 bénévoles ont été mobilisés dans le cadre de cette activité. « Je pense qu’il faut donner à l’autre, surtout dans le temps des Fêtes, où on sait que tout coûte cher. Les gens sont dans le besoin et les gens ont des besoins », relève Ismael Sougou, qui est conseiller en développement communautaire au SPVM. Il espère que cette initiative contribuera à « humaniser » le SPVM auprès de la communauté itinérante.

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