Une boussole pour suivre à la trace l’état de la biodiversité

La plateforme en ligne est lancée jeudi, alors que Montréal accueille la COP15.
Photo: Andrej Ivanov Agence France-Presse La plateforme en ligne est lancée jeudi, alors que Montréal accueille la COP15.

Suivre à la trace les espèces végétales et animales présentes au Québec et mesurer les effets des changements climatiques sur la biodiversité, voilà le défi que propose un nouveau portail Internet créé par Biodiversité Québec. La plateforme en ligne lancée jeudi, au moment où Montréal accueille la COP15, regroupe déjà plus de 21 millions d’observations faites sur le terrain. Mais au fil des années, elle s’enrichira pour agir comme une boussole sur l’état de la nature au Québec.

« Il va y avoir des objectifs ambitieux qui vont être négociés pendant la COP15 — on va voir où ça va nous mener —, mais ça prend des mécanismes après ça pour vérifier si on atteint ces objectifs. Mais il n’y a pas beaucoup de structures à travers le monde pour faire ce suivi », explique Dominique Gravel, professeur à l’Université de Sherbrooke et chercheur à Biodiversité Québec.

Le projet mijote depuis une dizaine d’années, porté par un partenariat scientifique réunissant notamment le Centre de la science de la biodiversité du Québec, l’Université de Sherbrooke et le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP).

Le site Internet a été conçu pour être convivial et se décline en quatre volets. On y retrouve un recueil des observations réalisées sur le terrain par le MELCCFP, les scientifiques, par différents partenaires ainsi que par les citoyens sur 2223 espèces animales et végétales, des inventaires de la faune et de la flore élaborés dans plusieurs régions du Québec ainsi que des indicateurs, comme la perte d’habitats, l’état des populations animales et les aires protégées.

Toutes ces données sont appelées à évoluer au fil des ans afin de refléter les observations faites sur le terrain et les données qui continueront d’être collectées. Il sera alors possible de mesurer l’effet des changements climatiques et de vérifier si les objectifs en matière de protection de la biodiversité seront réellement atteints. À titre d’exemple, Biodiversité Québec compile les inventaires réalisés tous les cinq ans par le MELCCFP sur 286 sites.

Certaines données remontent aux années 1950, mais la plus grande part a été recueillie à compter des années 2010 avec l’avènement des téléphones intelligents et des applications mobiles qui ont facilité les observations citoyennes.

Les « sentinelles » du climat

Toutes les espèces animales n’ont pas été répertoriées sur le portail, car Biodiversité Québec a voulu concentrer ses efforts sur celles qui répondent rapidement aux changements de températures, comme les oiseaux, les chauves-souris, les libellules, les papillons, les insectes du sol et certains organismes aquatiques. « L’idée est d’avoir rapidement de l’information pertinente dans un contexte de changements climatiques », indique Dominique Gravel. « Le meilleur exemple, ce sont les chauves-souris. Un enregistrement est fait en continu pendant tout l’été. Ça nous donne un diagramme — on appelle ça la phénologie — de leurs périodes d’activité et ça nous permet de situer leur période de reproduction ou leur arrivée, pour les espèces migratrices. »

À l’opposé, avec les arbres, on pourrait devoir attendre des centaines d’années avant d’observer des changements dans la forêt, dit le chercheur.

Le portail ne s’adresse pas uniquement aux scientifiques, mais vise aussi les décideurs et le public en général, les jeunes en particulier. Une section regroupe d’ailleurs des textes de vulgarisation. « L’aspect communication est la clé », avance Dominique Gravel.

Le projet a été financé par le Plan pour une économie verte, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) et d’autres partenaires privés et publics, mais Biodiversité Québec souhaite pouvoir s’appuyer sur un financement plus permanent. « La pire chose qui pourrait arriver à un portail comme ça, c’est qu’il devienne inactif. Il faut l’entretenir », reconnaît M. Gravel.

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