Carey Price dit connaître la tuerie de Polytechnique… et maintient sa position

Au milieu d’une tempête médiatique en ce jour de commémoration du plus grand féminicide de l’histoire du Canada, Carey Price a avoué connaître l’existence de la tuerie de Polytechnique Montréal, contrairement à ce qui avait été annoncé lundi par la direction du Canadien.

« Malgré une déclaration antérieure, j’étais en fait au courant de cette tragédie. Je suis membre de la communauté montréalaise depuis 15 ans et je comprends le poids de cette journée au sein de la communauté », a écrit le gardien de but sur sa page Instagram. Il a toutefois maintenu sa position contre l’amendement du projet de loi C-21 sur le contrôle des armes à feu.

Ce texte fait partie de notre section Vigie numérique.

La présidente du Groupe CH, France Margaret Bélanger, avait déclaré lundi que Carey Price n’était « pas au courant » du massacre du 6 décembre 1989 et ignorait donc tout de l’anniversaire qui approchait, a rapporté Radio-Canada. « Lorsque nous avons vu sa publication, nous avons porté à sa connaissance les réactions à ce sujet », avait écrit Mme Bélanger.

L’argument de l’ignorance n’a fait que mettre le feu aux poudres sur les réseaux sociaux.

« Si tu dis ne rien savoir de la tuerie de Poly (même que ce soit peu probable, étant donné la nature de l’événement) et de la frasque de l’association que tu endosses, tu te gardes une petite gêne et tu restes dans tes buts », a notamment commenté publiquement l’homme politique Camil Bouchard sur Facebook.

« Quand, dans une société, où on tue des femmes parce qu’elles sont femmes, on préfère défendre le droit de posséder des armes parce que #notallmen plutôt que de prioriser une sécurité égale pour tous.tes, il y a un problème », a pour sa part écrit l’humoriste Emilie Ouellette. « Et Carey dit qu’il ne connaissait pas l’événement de la Polytechnique. Ceci me démontre à quel point une société échoue à éduquer et conscientiser la population, mais au-delà de ça, tu remarqueras que Carey ne retire pas son opinion, maintenant qu’il sait. Il la maintient. »

Contrôle des armes à feu et Polytechnique

Tout a commencé samedi, lorsque le joueur vedette du Canadien a publié sur sa page Instagram une photo de lui portant une tenue de camouflage et tenant un fusil de chasse, dans une publication où il se déclare contre un amendement au projet de loi C-21 sur les armes à feu. L’amendement vise à interdire certaines armes puissantes au Canada.

Celui qui pratique la chasse récréative a aussi dit soutenir la Coalition canadienne pour les droits des armes à feu (CCDAF). Cette dernière a toutefois été récemment critiquée pour un coup de marketing « irrespectueux » à l’approche du 6 décembre : elle encourageait ses membres à acheter de la marchandise sur son site avec le code promotionnel « Poly ». Depuis, la publication Instagram du célèbre gardien de but a récolté plus de 100 000 « J’aime », et la mention en soutien à l’organisation pro-armes est toujours visible.

Plusieurs se sont désolés que cette déclaration survienne à quelques jours du triste anniversaire du massacre du 6 décembre 1989, qui a coûté la vie à 14 femmes.

La survivante Nathalie Provost, porte-parole de PolySeSouvient, a déploré la prise de position de Carey Price, qui, selon elle, embrouille les réflexions sur les armes à feu. « C’est bien triste. Parce qu’avec sa réputation — c’est un Canadien important, beaucoup de gens ont confiance en lui —, malheureusement, comme il présente sa position de manière très générale, sans expliquer les nuances, ça amène beaucoup de confusion dans un débat qui est déjà très sensible », a-t-elle déclaré lundi au micro de Benoît Dutrizac, à QUB radio.

Le contenu du projet de loi est au coeur des requêtes des survivantes de Polytechnique depuis janvier 1990, a expliqué Mme Provost. « On demande que les armes d’assaut soient interdites au Canada de manière complète. Nous ne sommes pas contre les armes de chasse, mais bien pour un meilleur contrôle. Les armes touchées par la définition ne sont raisonnablement pas destinées à la chasse. »

D’ailleurs, le fusil de chasse que tient Carey Price sur sa photo demeurera légal après l’adoption du projet de loi C-21, a fait savoir lundi le ministre fédéral de la Sécurité publique, Marco Mendicino.

Price maintient sa position

 

Or, à ce sujet, le gardien de but des Canadiens de Montréal maintient toujours sa position. Lundi soir, il a d’ailleurs publié sur Twitter une déclaration en ce sens : « Je continue à me tenir aux côtés de mes collègues chasseurs et tireurs sportifs qui ont acquis légalement leur bien et qui l’utilisent en toute sécurité. »

Plusieurs de ses admirateurs et admiratrices lui ont fait connaître leur déception. « Carey, jusqu’à ce que tout cela arrive, je vous estimais beaucoup. C’est trop. Si vous voulez posséder des armes à feu, alors possédez des armes à feu. Si vous voulez chasser, chassez. Personne n’essaie de vous en empêcher. Mais si vous avez besoin d’armes semi-automatiques pour chasser, vous avez peut-être besoin d’un nouveau passe-temps ! » commente l’une d’entre elles.

Carey Price reconnaît toutefois que le moment de la publication n’était pas idéal et a présenté ses excuses dans sa déclaration de lundi matin. « Amplifier toute conversation sur les armes à feu cette semaine peut avoir bouleversé certaines des personnes les plus touchées par les événements de 1989, et je leur présente mes excuses. »

La controverse s’invite à Québec

Les partis d’opposition à l’Assemblée nationale ont aussi réagi à la controverse du jour.

Selon les libéraux, Carey Price aurait « manqué de jugement », tout d’abord en « s’associant à la coalition canadienne qui avait fait l’usage du hashtag “poly” », et ensuite sur le « moment de sa sortie ». « Aujourd’hui, on est le 6 décembre. C’est une journée de commémoration excessivement importante. Quatorze femmes ont été tuées parce qu’elles étaient des femmes à la Polytechnique. Et nous devons le dénoncer et nous devons commémorer toujours nos souvenirs de cette tragédie », a déclaré le chef intérimaire Marc Tanguay.

La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, elle, fulminait. « Je ne comprends pas qu’il y ait une personne au Québec qui ne sait pas ce qui s’est passé le 6 décembre 1989. Bon là, on m’a dit juste avant de rentrer qu’il avait rectifié, qu’il savait et qu’il s’en désolait. Ceci étant dit, quand tu appuies une organisation qui utilise un hashtag du plus grand drame féminicide que le Québec a connu, je trouve ça vraiment inapproprié, indécent. »

La militante féministe de longue date a ajouté que « c’est une façon de banaliser les violences faites aux femmes ». Elle a toutefois dit avoir bon espoir que le Québec n’oubliera pas la tragédie. « J’espère que les armes d’assaut vont être prohibées au Québec. »

Paul St-Pierre Plamondon croit pour sa part qu’il faudrait « laisser Carey Price tranquille » et se demander plutôt qui a approché le gardien de but « en ne lui donnant pas toute l’information, notamment sur ce que ça veut dire au Québec ». Il s’est dit « outré » du coup de marketing de la CCDAF. « Le code “poly”, là, moi, je n’en reviens toujours pas », a-t-il laissé tomber. Quant au projet de loi C-21, il rappelle qu’il s’agit d’une mesure fédérale, tout en ajoutant que « des [armes] semi-automatiques pour tirer un chevreuil, là… À un moment donné, il faut se donner des outils qui sont en proportion de l’activité sportive ».



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