L’été 2022 à Montréal a été moins violent que le précédent

Les policiers enquêtaient sur un meurtre commis à l’angle des rues Saint-Denis et Ontario, à Montréal, où un homme est tombé sous les balles en août dernier.
Valérian Mazataud Le Devoir Les policiers enquêtaient sur un meurtre commis à l’angle des rues Saint-Denis et Ontario, à Montréal, où un homme est tombé sous les balles en août dernier.

L’été 2022 a laissé à certains un souvenir amer de violence par arme à feu et de tirs trop fréquents dans les rues de Montréal. Des données obtenues du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) révèlent toutefois qu’il y a eu moins de crimes et d’événements impliquant des fusils cet été que lors de la saison estivale 2021. Par contre, les statistiques montrent aussi que les années 2021 et 2022 ont été le théâtre de plus de violence armée que les trois précédentes.

Le bilan des mois de juin, juillet et août 2022 est de 15 tentatives de meurtre par arme à feu et 32 décharges d’arme, selon des données du SPVM. Il s’agit d’une baisse par rapport aux mêmes mois de 2021, qui ont totalisé 20 tentatives de meurtre et 47 décharges. L’été 2022 a toutefois compté un homicide par arme à feu de plus que 2021, soit 7 contre 6.

Selon les méthodes de collecte de données du SPVM, la tentative de meurtre suppose une intention de tuer, mais ne fait pas nécessairement de blessé. La décharge est un événement lors duquel des balles sont tirées, ce qui peut être contre un bâtiment, ou encore dans les airs pour intimider.

De plus, il est à noter que les chiffres demandés au SPVM ne visent que certains crimes commis spécialement avec des armes à feu, et n’incluent donc pas les crimes perpétrés à l’aide d’armes blanches, comme des couteaux, qui ont été utilisées dans plusieurs meurtres cette année. Les données obtenues n’incluent pas non plus les agressions sexuelles commises avec des armes, ni les vols qualifiés.

Malgré la baisse observée en 2022, les crimes par arme à feu ont retenu l’attention tout au long de l’été : juste avant que la campagne électorale provinciale ne soit officiellement lancée, à la fin de la saison estivale, la violence armée prenait l’avant-scène. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a d’ailleurs fait plusieurs sorties et annonces pour proposer des solutions à cette préoccupation de la population, tout comme le SPVM.

« La tempête parfaite »

Le professeur de criminologie de l’Université de Montréal Rémi Boivin n’a pas été surpris des données comparant l’été 2022 à celui de 2021. Le crime est généralement en baisse depuis les années 1990, a-t-il rappelé.

Il croit que l’attention récemment portée aux crimes par arme à feu est le résultat de plusieurs facteurs, par exemple du fait qu’il y a eu au cours des deux dernières années de jeunes victimes — des adolescents — en plus de personnes abattues au hasard, sans oublier la campagne électorale provinciale qui débutait.

« C’était la tempête parfaite », explique-t-il.

L’an dernier, l’inquiétude de la population a été ravivée par le choc de la mort de deux adolescents. En février 2021, Meriem Boundaoui, 15 ans, a succombé à des balles qui ne lui étaient pas destinées. Même chose pour Thomas Trudel, âgé de 16 ans, atteint mortellement en novembre 2021 tout près de chez lui. Le premier homicide de 2022 fut aussi celui d’un adolescent, Amir Benayad, abattu dans Le Plateau-Mont-Royal.

Le Forum montréalais pour la lutte contre la violence armée s’est tenu au printemps 2022 afin de dégager des pistes de solution. L’exercice a aussi eu pour effet de garder ce thème dans l’esprit des gens, ainsi que d’alimenter les reportages des médias.

La question de la violence par arme à feu reste « importante et grave », dit le professeur Boivin, mais demeure marginale par rapport à la totalité des crimes commis dans la métropole chaque année.

Sauf qu’en faisant des victimes collatérales au hasard — et non uniquement au sein de groupes criminalisés ennemis —, elle a affecté « le sentiment de sécurité » des gens. Bref, elle a eu un impact sur les perceptions de la situation, notamment pour ceux qui ne vivent pas à Montréal, a poursuivi le professeur.

Des chiffres en contexte

 

Pour mieux évaluer la situation réelle de Montréal, retournons un peu en arrière, aux années 2020, 2019 et 2018. La comparaison des cinq étés montre que ceux de 2021 et de 2022 ont connu plus de violence armée que les trois précédents. Ainsi, 6 et 7 meurtres par arme à feu ont été commis, respectivement, lors des étés 2021 et 2022. Le SPVM en recensait moins en 2020 (1), en 2019 (1) et en 2018 (2).

Les tentatives de meurtre en saison estivale ont aussi été plus nombreuses dans les deux dernières années que lors des précédentes, une courbe suivie par les décharges d’arme à feu : 2022 (32), 2021 (47), 2020 (23), 2019 (15) et 2018 (18).

Afin que les données de l’été ne déforment pas le portrait annuel, les totaux de ces catégories pour les mêmes années ont aussi été obtenus auprès du SPVM.

Les bilans annuels démontrent que 2021 et 2022 ont vu plus de crimes par arme à feu que les trois années précédentes, mais aussi que 2021 a été plus violente à ce chapitre que 2022. Cependant, les données de novembre et de décembre ne sont pas encore compilées pour l’année en cours. Bref, 2022 a encore la possibilité de tristement détrôner 2021, d’autant plus que, seulement dimanche soir, trois fusillades se sont produites à Montréal.

Ainsi, comparativement aux 16 et 19 meurtres par arme à feu commis à Montréal en 2022 et en 2021, il y en a eu moins en 2020 (6), en 2019 (10) et en 2018 (13).

Du côté des tentatives de meurtre par fusil, carabine ou arme de poing, on note aussi que leur nombre était moins élevé en 2018 (34) et en 2019 (33) que lors des dernières années, soit 2020 (57), 2021 (52) et 2022 (43). La situation est similaire pour les décharges d’arme à feu : il y en a eu 49 en 2018, 41 en 2019, 71 en 2020, alors que le total dépasse la centaine en 2021 (144) et en 2022 (116).

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