Un pavillon du domaine Papineau démoli par Ottawa

Le pavillon de thé surplombait la rivière des Outaouais, du côté sud du cap Bonsecours, au lieu historique national du Canada du Manoir-Papineau. Il consiste en un petit bâtiment carré en bois, à toit plat, éclairé par des grandes fenêtres.
Collection privée Le pavillon de thé surplombait la rivière des Outaouais, du côté sud du cap Bonsecours, au lieu historique national du Canada du Manoir-Papineau. Il consiste en un petit bâtiment carré en bois, à toit plat, éclairé par des grandes fenêtres.

Le pavillon de thé du manoir Papineau, situé à Montebello, vient d’être démoli par le gouvernement fédéral même s’il faisait partie d’un lieu historique national en principe protégé.

« C’est vraiment choquant ! dit en entrevue Michel Prévost, président de la Société d’histoire de l’Outaouais. L’édifice était protégé, pourtant. Pour les défenseurs du patrimoine, c’est inquiétant. Si le fédéral ne peut même plus protéger et restaurer ce qui est classé, imaginez le message que ça envoie aux entrepreneurs ! On nous a dit que ça aurait coûté trop cher, le restaurer. Imaginez le message que ça envoie si on laisse tout aller comme ça aussi facilement ! »

Le pavillon de thé était un édifice du patrimoine reconnu. Sa « déconstruction », selon les termes employés par Parcs Canada, s’est faite de manière précipitée, constate l’organisme Action patrimoine. « Les principaux partenaires ont été avertis seulement une semaine avant que ne s’amorcent les travaux de démolition. » Une consultation publique et d’autres options possibles n’ont pas été étudiées, indique Action patrimoine. Tout le monde s’est ainsi retrouvé devant un fait accompli. « On a été avertis à la dernière minute, pour qu’une mobilisation soit évitée », indique pour sa part la Société d’histoire de l’Outaouais.

Le bâtiment a été démantelé en vitesse même si l’État fédéral, dans ses documents, confirme sa haute valeur patrimoniale : « Le pavillon de thé est un édifice fédéral du patrimoine reconnu en raison de son importance historique, de l’intérêt qu’il présente sur le plan architectural et de la place privilégiée qu’il occupe dans son milieu. »

Le Devoir a été alerté par des témoins des tractations qui ont conduit à cette démolition rapide effectuée par l’agence fédérale. Il est reproché à cette dernière sa légèreté dans ce dossier. Pourtant, comme le rappelle Action patrimoine, Parcs Canada se doit d’« être exemplaire en matière de préservation du patrimoine ».

Ce bâtiment faisait partie d’un ensemble historique important lié de près à l’histoire de la famille de Louis-Joseph Papineau, le célèbre tribun des soulèvements populaires de 1837-1838. Le lieu est en outre connu pour avoir abrité sa descendance, y compris Henri Bourassa, le fondateur du journalLe Devoir.

Construit en 1910, année de fondation du quotidien Le Devoir, ce pavillon résulte de la transformation d’une serre aménagée sur place par Amédée Papineau, fils de Louis-Joseph, quelques décennies plus tôt. Ce pavillon lui-même reposait sur des fondations antérieures, celle d’un pigeonnier construit par Louis-Joseph en 1860. « Le bâtiment faisait donc partie intégrante de l’histoire du domaine seigneurial », fait valoir Action patrimoine.

Dans une lettre adressée au ministre Steven Guilbeault, responsable de Parcs Canada, la directrice générale d’Action patrimoine, Renée Genest, invite le gouvernement fédéral à adopter des mécanismes pour inclure, dans une révision de la loi, « des mesures qui permettront d’éviter de telles démolitions ».

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