Le déclin du français en quatre graphiques

Photo: Montage Le Devoir

La protection du français sera l’une des priorités du deuxième mandat de la Coalition avenir Québec. « C’est une question de survie », a déclaré François Legault mercredi lors de son discours inaugural, en citant les données sur l’usage du français à la maison. Une vision que conteste le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois. « Ce n’est pas au premier ministre [de] gérer quelle langue le monde parle en bordant [ses] enfants le soir ! » Or, tous les indicateurs montrent un déclin du français au Québec, selon le démographe Marc Termote : « On ne peut plus dire que c’est à cause de l’indicateur qu’on a choisi, car le déclin est général. Il y a donc raison d’être inquiet. » Langue maternelle, d’usage et de travail : comment s’y retrouver ? Tour d’horizon par Laurianne Croteau et Dave Noël.

Langue maternelle


 

La langue maternelle a longtemps fait figure de baromètre de la situation linguistique au Québec. L’indicateur révèle sans équivoque que le français comme langue maternelle diminue constamment au Québec, lui qui est passé d’un taux de 82 % en 1991 à 75 % en 2021. À Montréal, ce taux diminue à 59 %, principalement à cause de la part élevée occupée par les langues maternelles non officielles (25 %, contre 15 % dans l’ensemble du Québec) et les anglophones (11 %, contre 7 % au Québec).

Cette donnée serait toutefois de moins en moins pertinente en raison de l’importance de l’immigration, précise Jean-Pierre Corbeil, du Département de sociologie de l’Université Laval. « Ceux qui ont le français comme langue maternelle sont majoritairement d’ascendance canadienne-française et leur taux de fécondité est très faible, tandis que 70 % des nouveaux arrivants ont une langue autre que le français ou l’anglais », explique le spécialiste.

Marc Termote partage l’avis de son collègue sur la valeur de cet indicateur. « Ça fait référence à la langue de la petite enfance et, pour l’essentiel, ça ne reflète pas ce qui se passe aujourd’hui. C’est un indicateur qu’on peut utiliser, mais avec précaution », souligne le spécialiste. D’autant plus que le législateur ne peut intervenir que dans l’espace public.

Utilisation du français à la maison


 

Au contraire, la langue parlée à la maison est un indice incontournable, selon Marc Termote. « C’est celle qu’on parle aujourd’hui, au moment du recensement. Pour un démographe, c’est d’autant plus important que cette langue devient presque toujours la langue [d’usage] des enfants, dit-il. Quand on fait des prévisions pour l’avenir, c’est quand même fondamental ! »

Or, les données de Statistique Canada ont révélé très peu de fluctuations du français à la maison depuis la fin du siècle dernier. Son usage est passé de 82 % des Québécois en 1991 à 78 % l’année dernière. Cette proportion augmente néanmoins à 85,5 % lorsque la question est élargie à l’usage du français « au moins régulièrement » à la maison.

Il faut par ailleurs relativiser l’importance de cet indicateur, selon Jean-Pierre Corbeil, dans un contexte où plusieurs langues cohabitent sous un même toit. « Il y a plein de gens qui viennent d’Afrique et qui vont parler l’arabe le plus souvent à la maison, mais le français est dans toutes les sphères de leur vie à l’extérieur », explique le sociologue.

Principale langue utilisée au travail


 

Cet indicateur est « relativement solide », d’après Jean-Pierre Corbeil. « On sait que la majorité des gens qui disent faire une utilisation régulière de la langue le font sur une base quotidienne. Si une personne répond “seulement l’anglais“ ou “seulement le français”, on sait que c’est la langue qui est parlée le plus souvent. Par contre, si la personne dit qu’elle utilise le français et l’anglais, la question suivante [posée lors du recensement] est “Laquelle utilisez-vous le plus souvent ?”. »

À Montréal, 70 % des travailleurs discutent principalement en français, contre 21 % pour l’anglais, et les autres (8,3 %) font un usage comparable des deux langues officielles du pays. En 20 ans, le français a perdu près de 3 points de pourcentage sur les lieux de travail de la métropole. Les données les plus récentes seraient plutôt encourageantes, selon M. Corbeil : 85 % des Québécois disent utiliser le français le plus souvent autour de la machine à café. « Évidemment, la langue de travail ne touche pas toute la population, poursuit le spécialiste, ça ne porte que sur la population active, celle qui détient un emploi. »

Connaissance de la langue


 

Même si les autres indicateurs laissent entrevoir un déclin du français au Québec, celui sur la connaissance de la langue reste stable. Peu importe leur langue maternelle, 94 % des Québécois peuvent parler et comprendre le français, selon le plus récent recensement… soit exactement la même proportion qu’au début du siècle. « Il ne faut pas repousser cet indicateur du revers de la main, fait valoir Jean-Pierre Corbeil. Pour être en mesure de servir des clients dans les services de proximité, il faut avoir une connaissance de la langue. Or, il y a eu une croissance de presque 60 000 travailleurs unilingues anglais au cours des cinq dernières années à Montréal. C’est sûr que le fait de ne pas être en mesure de soutenir une conversation, ça se traduit nécessairement par une incapacité de parler la langue au travail. »

Pour Marc Termote, la connaissance du français serait largement surévaluée. « C’est très subjectif, soit tu es capable, soit tu n’es pas capable, c’est tout ou rien. Est-ce que c’est seulement de pouvoir dire “Bonjour-Hi” au dépanneur ? »

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