Une nouvelle prison pour femmes bientôt?

L’Établissement de détention Leclerc, où sont enfermées des centaines de femmes depuis 2016, est «vétuste et inadapté», martèle le rapport cette année encore.
Valérian Mazataud Archives Le Devoir L’Établissement de détention Leclerc, où sont enfermées des centaines de femmes depuis 2016, est «vétuste et inadapté», martèle le rapport cette année encore.

Six années se sont écoulées « sans aucune avancée » pour les conditions des femmes en prison au Québec, malgré des rapports répétés pour dénoncer leur sort entre ces murs, déplore le Protecteur du citoyen dans le rapport annuel qu’il vient de rendre public.

Le bâtiment Leclerc, où sont enfermées des centaines de femmes depuis 2016, est « vétuste et inadapté », martèle le rapport cette année encore.

Dans son premier rapport depuis sa nomination en mars, Marc-André Dowd recommande au ministre de la Sécurité publique et au gouvernement du Québec de « faire l’annonce, d’ici le 31 décembre 2022, d’une décision ferme quant à la construction d’un nouvel établissement pour accueillir les femmes ».

Que la situation soit toujours à l’étude, des années après que de nombreux problèmes eurent été soulevés, est considéré comme inacceptable par M. Dowd.

Pour mémoire, rappelons que le Conseil du trésor du Québec avait compté faire des économies de 7,6 millions de dollars en transférant les femmes de la prison Tanguay à l’ancienne institution fédérale Leclerc. Le projet de transférer les prisonnières de la prison Tanguay entre les murs de l’ancien pénitencier fédéral Leclerc était toutefois envisagé comme une modalité temporaire. Les femmes incarcérées en ces lieux sont sous le coup de sentences pour des crimes mineurs.

Le Protecteur du citoyen constate que, dès octobre 2016, soit l’année du transfert de ces femmes au Leclerc, les autorités du ministre de la Sécurité publique déclaraient « que les femmes ne pourraient y être gardées à long terme, pare que le bâtiment ne leur offre pas des conditions de détentions adéquates et ne répond pas aux besoins particuliers de la clientèle féminine ».

Situation inadmissible

 

Même s’il se dit conscient des efforts qui ont été déployés par l’État depuis ce temps — « notamment la visite régulière d’exterminateurs, l’installation de moustiquaires et l’insonorisation des aires de vies communes » —, le Protecteur du citoyen constate que la situation demeure inadmissible pour les femmes. Tel qu’il l’indique dans le rapport qu’il vient de rendre publique, « les lieux demeurent toutefois inappropriés ».

Leurs conditions de détention ont d’ailleurs été dénoncées à répétition, depuis six ans, par plusieurs groupes attachés au respect des droits de la personne. En introduction à un livre intitulé Délivrez-nous de la prison Leclerc !, l’ex-détenue Louise Henry a rappelé plusieurs des reproches faits par plusieurs témoins différents aux conditions des femmes en ces lieux :  insectes, rongeurs, froid, absence de climatisation, problèmes d’eau potable, fouilles à nue, manque de soins psychologiques, surreprésentation des autochtones, etc.

Les conditions de détentions générales pour les femmes demeurent inacceptables au Québec, observe le protecteur du citoyen dans son rapport annuel publié le 1er décembre.

Après avoir rappelé le traumatisme des fouilles à nue pour des femmes de mauvais traitements, la professeure en sciences juridiques Lucie Lemonde, décédée depuis, indiquait pour sa part que la solution tenait d’abord à des approches différentes envers les femmes. Il faut voir, disait-elle, « la prison pour ce qu’elle est, c’est-à-dire tout sauf une solution. »

Pas de papier de toilette

 

Même si les crimes qui leur sont reprochés sont mineurs, la crise de la COVID-19 a entraîné des conditions de vie encore plus déplorables chez les détenus, constate le Protecteur du citoyen.

Hommes et femmes ont été mis en isolement total, dans ces espaces réduits que sont les cellules, pour des périodes de 24 heures sur 24, « durant plus de 72 heures consécutives ». Ils n’avaient accès ni à la douche, ni à la sortie de la cour extérieure, ni à la moindre possibilité de communication avec l’extérieur. Le Protecteur du citoyen note également des problèmes de ventilation dans les cellules, de même que des difficultés pour les détenus à obtenir du « matériel d’hygiène de base », comme du papier de toilette.

Inconscient dans sa cellule

 

Le rapport du Protecteur du citoyen constate qu’à plusieurs occasions, les droits des personnes incarcérées « de sortir de leur cellule » ne sont pas respectés. Un homme, dont le père venait de décéder et qui réclamait la possibilité d’assister à ses funérailles pour motif humanitaire, n’a obtenu aucune réponse à ses demandes. Le Protecteur du citoyen note qu’il n’y avait personne pour accompagner le détenu lors de cet événement exceptionnel.

En entrevue au 98.5 FM, Marc-André Dowd a narré l’histoire abracadabrante d’un détenu qui a nécessité une coûteuse escorte alors que le système se trouve en bout de ressources tout simplement parce qu’on lui a refusé au départ un ticket d’autobus d’une valeur de 3,50 $.

Dans des opérations où les détenus sont aspergés de poivre de cayenne ou d’autres agents inflammatoires, le Protecteur du citoyen constate que les lieux touchés ne sont pas décontaminés. En au moins un cas, constate Marc-André Dowd, cela a conduit un détenu à devoir être transféré d’urgence à l’hôpital en ambulance puisqu’il s’est retrouvé gisant, en apparence inconscient, au fond de sa cellule.



À voir en vidéo