La maison Charles-Daudelin sera protégée par l’État

La demeure du sculpteur québécois, considérée comme une extension de sa propre oeuvre, a été édifiée grâce aux contributions de plusieurs architectes de renom.
Julien Cadena Le Devoir La demeure du sculpteur québécois, considérée comme une extension de sa propre oeuvre, a été édifiée grâce aux contributions de plusieurs architectes de renom.

La maison-atelier du sculpteur Charles Daudelin, située dans l’Ouest-de-l’Île de Montréal, ne sera finalement pas rasée. Le ministère de la Culture et des Communications (MCC) a manifesté jeudi son intention de la protéger en la classant, afin d’en assurer la bonne préservation, au nom de son importance historique et culturelle.

À l’automne, le nouveau propriétaire de la demeure avait demandé à la municipalité de Kirkland le droit de faire table rase des bâtiments sur le vaste terrain de cette propriété afin d’y reconstruire des résidences au goût du jour. La Ville avait publié un avis public d’intention de démolir cet immeuble historique situé sur le chemin Sainte-Marie. L’État vient d’aviser le propriétaire que la démolition ne serait pas une option.

Né en 1920 à Granby, Charles Daudelin est un des artistes québécois les plus acclamés du XXe siècle. Sa demeure, extension de sa propre oeuvre, a été édifiée grâce aux contributions de plusieurs architectes de renom. « La maison et l’atelier répondent de manière éloquente à l’évolution des besoins de l’artiste au fil de sa carrière. La division et l’articulation des espaces intérieurs, tant pour la maison que pour l’atelier, témoignent notamment de l’adaptation de l’architecture aux besoins spécifiques de l’artiste. L’abondante fenestration de la maison et de l’atelier offre plusieurs percées visuelles sur les jardins, ce qui induit des liens étroits entre les espaces de vie et de création, tant à l’intérieur qu’à extérieur des bâtiments. »

La maison, l’atelier et une portion du jardin paysager qu’ils occupent sont visés par cet avis d’intention de classement.

Depuis qu’il est à la tête du MCC, c’est le premier geste de protection du genre que pose Mathieu Lacombe, confirme son cabinet. Le ministre dit reconnaître « les valeurs historique, architecturale et paysagère » des lieux et des biens concernés.

« La maison Charles-Daudelin est une résidence-atelier construite à partir de 1951 et agrandie en 1986 », indique le MCC dans son avis d’intention de classement. « Elle représente un témoin exceptionnel de la vie et de l’oeuvre de Charles Daudelin, un artiste majeur de la modernité au Québec, plus spécifiquement dans le domaine de l’art public. »

En octobre, Le Devoir avait attiré l’attention du public sur les risques que courait, dans un avenir immédiat, ce témoin de la vie culturelle québécoise.

La maison, à la suite d’une levée de boucliers, avait finalement été placée par l’État sous un régime d’ordonnance spécial de 30 jours. Cette mesure d’exception arrivait à échéance mercredi. « Durant cette période, nous avons réalisé plusieurs analyses qui ont conclu à l’importance de poser un geste fort afin d’assurer la conservation de ces biens », indique le ministre Lacombe.

La Ville de Kirkland, pour sa part, n’avait pas jugé bon de citer ce bâtiment, même si la loi sur le patrimoine permet aux municipalités de recourir à certaines dispositions légales pour préserver des bâtiments d’importance.

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