Des résidents du Mile End aux abois contre un projet de parc à chiens

Des propriétaires de chiens estiment qu’un parc de la rue Clark, appelé le parc Sans Nom, serait tout désigné pour accueillir une aire d’exercice canin.
Jacques Nadeau Le Devoir Des propriétaires de chiens estiment qu’un parc de la rue Clark, appelé le parc Sans Nom, serait tout désigné pour accueillir une aire d’exercice canin.

Un projet de parc à chiens divise les résidents du Mile End. Des propriétaires de chiens estiment qu’un parc de la rue Clark, appelé le parc Sans Nom, serait tout désigné pour accueillir une aire d’exercice canin. Des résidents du quartier s’opposent toutefois à ce que cet espace vert soit sacrifié pour un tel projet.

Lors du conseil d’arrondissement du Plateau–Mont-Royal du 7 novembre dernier, Dominique Trudel, avec en main une pétition de plus de 600 noms, s’est adressé aux élus pour présenter le projet. « Il n’y a aucune aire d’exercice canin dans le Mile End, le plus proche se trouvant à deux kilomètres », a fait valoir ce propriétaire de chien. « Depuis la COVID, le nombre de chiens dans le quartier a considérablement augmenté. Il faut que ces chiens aient un espace pour socialiser et pour faire de l’exercice. »

Selon lui, le parc Sans Nom serait parfait pour cet usage. Il s’agit d’un ancien site d’entreposage situé à côté du parc Lhasa-De Sela et dont une partie se trouve sous le viaduc Van Horne. En 2016, cet espace minéralisé a été verdi pour devenir un parc. Les propriétaires de chiens le fréquentent déjà régulièrement.

Nuisances appréhendées

D’autres résidents du quartier ne sont pas de cet avis. « S’ils ont fait le choix d’avoir des chiens de traîneau dans le Mile End, c’est leur choix à eux. Je ne pense pas que ce soit aux familles de perdre leur espace vert pour qu’eux, aient un endroit pour faire courir leurs chiens de traîneau », a soutenu Luc Martin, membre du Comité des résidents de la rue Clark, lors de l’assemblée du conseil d’arrondissement.

Au cours des derniers mois, ce comité citoyen a obtenu la collaboration de l’arrondissement et de la police pour mettre un terme aux incivilités dans le parc Sans Nom qui attirait les fêtards le soir. Ces citoyens craignent maintenant de perdre cet espace vert et de subir les nuisances liées aux aboiements des chiens à toute heure du jour.

La conseillère d’arrondissement du Mile End, Marie Sterlin, ne s’en cache pas : le parc Sans Nom se prêterait bien à un parc à chiens. « Ce serait l’endroit idéal pour un parc à chiens. […] C’est une possibilité qui est étudiée avec beaucoup d’ouverture de notre part », explique-t-elle au Devoir. « Je suis contre le « Pas dans ma cour ». Dans des quartiers denses, il y a des contraintes qu’il faut accepter. Je suis rassurée par le fait que ceux qui portent ce dossier sont extrêmement responsables et préoccupés de la cohabitation avec le reste des gens. »

Selon elle, ce dossier n’est pas sans rappeler celui d’une aire d’exercice canin dans le parc Baldwin dans l’est du Plateau-Mont-Royal. Avant son aménagement en 2014, le projet avait suscité une vive opposition de la part de résidents du secteur, opposition qui s’est résorbée avec le temps, dit l’élue. « Il faut faire confiance à la civilité des gens », dit-elle, tout en disant comprendre les appréhensions des opposants.

Partager l’espace public

Selon l’élue, c’est toute la question du partage de l’espace public qu’il faut prendre en considération. Aucun autre endroit dans le secteur ne se prête à ce type d’aménagement, ajoute-t-elle. « Un ménage sur quatre — et c’est probablement plus avec la pandémie — a un chien en ville. Alors, quels aménagements fait-on pour ces chiens ? » demande-t-elle. Pour l’instant, l’arrondissement n’a pas fixé d’échéancier pour réaliser le projet.

Alain Petel, du Comité des résidents de la rue Clark qui s’oppose au projet, déplore que les citoyens n’aient pas été consultés sur le projet. « Dans nos pourparlers avec les élus, il était toujours question d’une grande tablée avec les différents services, les résidents et les élus pour voir quel avenir on pourrait donner à ce parc-là, dans une perspective d’un parc multifonction », dit-il.

M. Petel souligne que le Plateau-Mont-Royal va à l’encontre de la tendance observée dans plusieurs villes, dont Québec, Charny, Beloeil, et Lévis, qui ferment des aires d’exercice canin près des résidences en raison des nuisances.

Dominique Trudel, lui, espère que les discussions autour du projet permettront d’atténuer les tensions dans le quartier. « Je pense qu’il n’y a aucun projet d’aire d’exercice canin qui s’est fait à Montréal sans que les voisins immédiats “badtrippent” un peu », admet-il. Enclavé et en partie sous un viaduc, le parc Sans Nom n’est pas l’espace le plus convivial pour les familles et les activités de détente, fait-il valoir.

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