Des voix s’élèvent pour sécuriser une intersection d’Outremont où une voiture a happé une poussette

Une vingtaine de personnes se sont rassemblées à l’intersection des avenues Bloomfield et Lajoie autour de 11 h samedi dans un effort de sensibilisation.
Jaclyn Turner Une vingtaine de personnes se sont rassemblées à l’intersection des avenues Bloomfield et Lajoie autour de 11 h samedi dans un effort de sensibilisation.

Des voix s’élèvent pour réclamer la sécurisation de l’intersection où une voiture a happé une poussette il y a 10 jours avant de quitter les lieux sans s’arrêter, semant l’émoi dans l’arrondissement d’Outremont.

Une vingtaine de personnes se sont rassemblées à l’intersection des avenues Bloomfield et Lajoie autour de 11 h, ce samedi, pour y laisser des poussettes et s’asseoir brièvement sur la voie publique dans un effort de sensibilisation à l’importance de rendre ce lieu de croisement entre automobilistes et piétons plus sécuritaire pour ces derniers. Les manifestants ont ensuite marché brièvement en continu sur les traverses piétonnes de l’intersection, y bloquant le passage des automobilistes pendant quelques minutes.

« Ça s’est bien passé ; les automobilistes étaient patients et l’ambiance était familiale », raconte Sophie Lavoie, une membre du collectif Vélorution, créé récemment pour organiser des mobilisations qui sortent des sentiers battus, dans l’espoir de conscientiser la population à l’importance d’une meilleure sécurité routière pour les cyclistes et les piétons.

Cette mobilisation survient 10 jours après qu’un automobiliste ait percuté à cette intersection une poussette dans laquelle se trouvait un enfant d’environ un an. Dans une vidéo captée par des caméras de surveillance et qui a été partagée sur les réseaux sociaux, on peut voir l’automobiliste continuer sa route après avoir frappé de plein fouet la poussette.

La mère et son enfant n’ont pas été blessés, a confirmé le Service de police de la Ville de Montréal, qui a ouvert une enquête menée par son équipe spécialisée dans les collisions afin de faire la lumière sur les circonstances de cet événement, qui a fait réagir plusieurs élus municipaux dans les derniers jours de même que des organismes représentants la communauté juive. « L’accident a probablement choqué beaucoup de personnes qui sont riveraines de l’intersection », relève également Mme Lavoie.

Une intersection problématique

 

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’un accident impliquant des piétons survient à cette intersection. En mars dernier, un enfant de quatre ans a subi des blessures graves à la tête après avoir été happé par une voiture qui traversait à ce même endroit.

« Il faut faire quelque chose. Ce n’est pas normal qu’il y ait eu deux collisions au même endroit en moins d’un an », insiste Mathieu Murphy-Perron, lui aussi membre de Vélorution. Selon lui, des aménagements devraient être envisagés par la Ville afin de rendre cette intersection plus sécuritaire, d’autant plus que celle-ci se trouve au milieu d’un quartier résidentiel.

Selon une analyse réalisée par Le Devoir l’an dernier, plus d’un millier de piétons et de cyclistes ont été tués ou gravement blessés dans une collision avec un véhicule entre 2012 et 2020 à Montréal. Plus des deux tiers de ces accidents sont d’ailleurs survenus à des intersections de la métropole.

L’enquête se poursuit

Le SPVM, pour sa part, continue son enquête sur cette affaire. Joint par Le Devoir samedi, le corps de police a confirmé ne pas avoir encore trouvé le conducteur suspect dans cette affaire. On ignore d’ailleurs à quelles accusations il pourrait faire face, le cas échéant.

Marvin Rotrand, le directeur de la Ligue des droits de la personne au sein de l’organisation juive B’nai Brith Canada, suit d’ailleurs de près l’évolution de cette enquête. Selon lui, il ne faut pas écarter la thèse d’un crime haineux. « La communauté juive prend ça très au sérieux. Nous sommes alarmés. Ça semble être un geste délibéré et nous sommes très inquiets », a relevé M. Rotrand, en entrevue au Devoir samedi.

« Ça semble être de l’antisémitisme, mais on ne peut pas le confirmer », a-t-il ajouté.

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