Des hausses de loyer importantes à l’approche d’une récession

L’étude de 68 pages, réalisée pour le compte de Centraide du Grand Montréal et de la Fondation du Grand Montréal, montre par ailleurs que près d’un résident de Montréal sur quatre – précisément 24 % – dépense plus de 30 % de ses revenus pour se loger.
Photo: Olivier Zuida Archives Le Devoir L’étude de 68 pages, réalisée pour le compte de Centraide du Grand Montréal et de la Fondation du Grand Montréal, montre par ailleurs que près d’un résident de Montréal sur quatre – précisément 24 % – dépense plus de 30 % de ses revenus pour se loger.

La pression que subissent déjà les locataires confrontés à des hausses importantes de leur loyer pourrait s’aggraver avec la récession qui plane au-dessus du Québec, reconnaît le gouvernement Legault, qui promet d’agir pour répondre à la demande en matière de logements abordables dans la métropole.

Les loyers des logements de la région de Montréal ont augmenté en moyenne de 19,7 % dans la région de Montréal entre 2016 et 2021, un pourcentage qui atteint 29,2 % lorsque l’on tient compte uniquement des logements inoccupés, relève un rapport réalisé par l’Institut du Québec publié mardi.

L’étude de 68 pages, réalisée pour le compte de Centraide du Grand Montréal et de la Fondation du Grand Montréal, montre par ailleurs que près d’un résident de Montréal sur quatre – précisément 24 % – dépense plus de 30 % de ses revenus pour se loger. Un Montréalais sur 10 alloue plus de 50 % de ses revenus à cette fin. Les travailleurs ayant un faible revenu, les ménages monoparentaux, les aînés vivant seuls et les résidents non permanents comptent parmi les personnes les plus touchées par le manque de logements abordables dans la métropole, relève ce rapport.

24 %
C’est le pourcentage de Montréalais qui dépense plus de 30 % de leurs revenus pour se loger.

« Ils sont pris dans des logements insalubres et souvent trop petits » qu’ils n’osent pas quitter, puisqu’ils craignent de ne pas trouver un autre appartement qu’ils auront les moyens de louer, relève le président-directeur général de la Fondation Grand Montréal, Karel Mayrand, en entrevue au Devoir mardi.

Les personnes qui dépensent une part importante de leur loyer pour se loger doivent aussi faire des sacrifices dans leurs loisirs, leurs études, voire dans leurs dépenses dédiées à l’alimentation. « L’absence de logements abordables ou adéquats devient un frein aux aspirations de ces gens-là », ajoute M. Mayrand.

Appelé à réagir à ce rapport en marge d’une conférence de presse au centre-ville de Montréal, mardi soir, le ministre responsable entre autres du Développement économique et de la Métropole, Pierre Fitzgibbon, a assuré prendre cet enjeu au sérieux. « Nous sommes très conscients et on réalise que le logement abordable et le logement social sont importants pour Montréal. Donc, on va faire des annonces bientôt », a déclaré le ministre, qui a d’ailleurs reconnu que « les familles plus vulnérables souffrent actuellement », notamment « parce qu’on est en récession ». Cette dernière devrait d’ailleurs s’étirer de 12 à 24 mois, a-t-il dit.

Une annonce pour répondre à la crise du logement aura ainsi lieu dès jeudi en présence de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a déclaré le ministre. La Communauté métropolitaine de Montréal dévoilera alors sa première Politique métropolitaine d’habitation, qui concernera l'ensemble de la grande région métropolitaine.

Un retard à rattraper

Or, dans son Plan québécois des infrastructures 2022-2032, le gouvernement du Québec a prévu investir quelque 30 milliards de dollars dans le réseau routier d’ici 10 ans, « mais à peine 2 milliards dans le logement », déplore Karel Mayrand. « On doit se poser des questions quand on met 15 fois plus d’argent pour paver des routes que pour construire des logements », lâche-t-il.

La construction de logements sociaux et abordables permettrait pourtant de mettre fin au cercle vicieux de la pauvreté dans lequel sont pris des milliers de locataires, à Montréal comme ailleurs au Québec, relève M. Mayrand. On pourrait ainsi réduire la pression sur les banques alimentaires, contrer les problèmes d’insalubrité des logements et augmenter le pouvoir d’achat des personnes à faible revenu, ce qui pourrait contribuer à dynamiser l’économie, énumère-t-il.

Notre manque d’intervention dans le domaine du logement crée des problématiques dans le milieu social et de la pauvreté qui vont se répercuter ailleurs.

À l’inverse, actuellement, « notre manque d’intervention dans le domaine du logement crée des problématiques dans le milieu social et de la pauvreté qui vont se répercuter ailleurs » en aggravant la pauvreté de nombreux individus, appréhende M. Mayrand, selon qui « il y a urgence d’agir » pour corriger le tir.

Au cabinet de Mme Plante, on salue la publication de ce rapport, qui remet « au premier plan » l’enjeu de la « crise du logement ». « Notre administration reconnaît la crise du logement depuis le jour 1 et met en place des moyens concrets pour y répondre, notamment grâce à notre Règlement pour une métropole mixte, au registre de loyers et à notre réglementation pour assurer la salubrité des logements », indique-t-on dans une déclaration envoyée au Devoir en soirée.

« Il faut cependant que le gouvernement du Québec accélère le financement des projets de logements sociaux et abordables », ajoute le cabinet, qui constate lui aussi « l’urgence » d’adapter les programmes destinés à subventionner ce type de projets.

La banlieue écope

 

Le rapport permet d’ailleurs de constater que c’est en banlieue de Montréal que les loyers ont augmenté le plus rapidement au cours des cinq dernières années. C’est particulièrement le cas dans la Rive-Sud de Montréal. Ainsi, dans l’arrondissement de Saint-Hubert, à Longueuil, les loyers ont augmenté en moyenne de 69 % entre 2016 et 2021. Ce pourcentage atteint 58 % dans la ville de Sainte-Catherine, en Montérégie.

Selon le directeur général du Comité logement Rive-Sud, Marco Monzon, qui a siégé au comité de travail mis en place pour réaliser ce rapport, ces hausses rapides des loyers s’expliquent entre autres par le fait que plusieurs Montréalais ont quitté la métropole dans les dernières années pour s’installer en banlieue, où le coût mensuel des logements est historiquement moins cher, même si c’est de moins en moins le cas.

« On voit qu’il y a un certain rattrapage qui se fait », analyse M. Monzon, selon qui « on récolte un peu le fruit de l’inaction de Québec pendant des années » en matière de lutte contre la crise du logement.
 



Ce texte a été modifié après publication pour y apporter une précision.

 

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