Une photo de basketteuses iraniennes sans hidjab crée la polémique

L’entraîneuse à l’origine de la publication, Farzaneh Jamani, a depuis publié des excuses et caché sa page Instagram.
Getty Images L’entraîneuse à l’origine de la publication, Farzaneh Jamani, a depuis publié des excuses et caché sa page Instagram.

Lundi, les joueurs professionnels iraniens de la Coupe du monde de soccer refusaient de chanter leur hymne national. La veille, de jeunes joueuses d’une équipe de basketball de Téhéran ont posé sans leur foulard habituellement obligatoire. Un cliché qui a vite fait le tour des réseaux sociaux.

L’image montre les adolescentes vêtues de maillots rouges, cheveux dénudés, réunies sur le terrain de basket avec leurs instructrices.

C’est l’entraîneuse principale de l’équipe, Farzaneh Jamani, qui a d’abord partagé la photo sur sa page Instagram avec ce message de soutien : « Apprenez à vos filles que les rôles assignés à chacun des sexes ne sont rien d’autre que des absurdités. Apprenez-leur. Vous êtes précieuses et irremplaçables. Si on vous dit le contraire, ne le croyez pas. »

« Dites-leur : “Ne vous cachez pas. Levez-vous, gardez la tête haute et montrez-leur ce que vous avez dans le ventre !” Dites-leur que vous êtes puissante et capable, vous êtes une femme de liberté », a ajouté Mme Jamami en légende.

Partagée dimanche, la publication Instagram a recueilli des milliers de « J’aime » et de commentaires ; elle a rapidement fait le tour des réseaux sociaux. « Dame courageuse et fière. Merci d’enseigner la liberté à nos filles », a déclaré un utilisateur en persan, rapporte un média indien.

Sur Twitter aussi, les éloges pleuvaient, comme le montre cette publication de la journaliste iranienne Masih Alinejad.

Une entreprise canadienne au coeur du débat

Mais ces félicitations ont visiblement déplu au club de basketball en question, le Canco Canada BC, commandité par une multinationale canadienne — Canco Canada — qui produit des fournitures scolaires. L’entreprise soutient financièrement le club de Téhéran depuis 2013, selon son site Internet.

À la suite des nombreux commentaires émis dimanche, la formation a publié un long rectificatif sur sa page Instagram, déclarant que même si le club « respecte les opinions personnelles de ses membres », il ne faudrait pas y voir un engagement politique du club ni un « rejet du hidjab ». « L’image publiée de l’équipe de jeunes de ce club était une photo de groupe et privée avant le début du match officiel, qui a été utilisée sur la page personnelle de l’entraîneur-chef de ce club, mais aucune autorisation n’a été délivrée pour republier et utiliser dans d’autres réseaux et médias. »

L’entraîneuse à l’origine de la publication a par la suite publié un message d’excuses, qui a notamment été capté par Libération, puis a rendu privée sa page Instagram personnelle.

Le sport est devenu un sujet « extrêmement sensible » en Iran ces dernières semaines, rapporte l’AFP. En octobre, l’athlète Elnaz Rekabi avait participé sans hidjab aux championnats d’Asie d’escalade, un geste qui avait été interprété comme un soutien à la grogne populaire en Iran. La grimpeuse avait elle aussi rédigé un message d’excuses sur Instagram par la suite.

Il y a deux mois, la mort de Mahsa Amini, détenue par la police des moeurs pour avoir porté un foulard « inapproprié », a déclenché un mouvement de révolte majeur en Iran. Mené par les femmes iraniennes, le mouvement appelle au renversement du régime conservateur des mollahs.

Selon l’ONG Iran Human Rights, la répression des manifestations a fait plus de 300 morts depuis, incluant de nombreux enfants. Des milliers de protestataires sont en prison. Toute prise de position contre le régime demeure extrêmement risquée pour les Iraniennes et Iraniens. En 2019, la boxeuse Sadaf Khadem avait participé tête nue à un combat officiel ; elle s’est exilée en France depuis.

Canco Canada a été contacté par Le Devoir. L’article sera mis à jour en cas de réponse.

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