Accompagner les «nouveaux pères» avec humour

Maxime Pearson (à gauche) et Samuel Tremblay (à droite) ont fondé Nouveaux Pères, une plateforme d'information sur la paternité, lancée en 2018.
Photo: Nouveaux Pères Maxime Pearson (à gauche) et Samuel Tremblay (à droite) ont fondé Nouveaux Pères, une plateforme d'information sur la paternité, lancée en 2018.

Détresse psychologique, isolement, manque de ressources… Soucieux des défis que la paternité peut entraîner, deux jeunes pères québécois ont fondé la plateforme Nouveaux Pères, en 2018, pour informer leur public avec humour sur les réalités d’élever des enfants au masculin. Lundi, ils ont lancé leur première série de capsules vidéo explicatives, qui arrive comme une ressource ludique sur des sujets qui demeurent relativement inexplorés au Québec.

Samuel Tremblay, l’un des deux « nouveaux pères », l’autre étant Maxime Pearson, a cofondé la plateforme alors que sa copine était enceinte de six mois. Il croit que « les jeunes parents n’ont jamais eu accès à autant de contenu pour les guider dans leur nouveau rôle », mais déplore que « la famille demeure un thème majoritairement abordé par les mères ».

Les capsules que M. Tremblay et son partenaire lancent aujourd’hui, en collaboration avec le Centre de ressources pour hommes Optimum de Dolbeau-Mistassini, visent donc aussi, dit-il, à « impliquer davantage les pères dans leur famille ». Le projet aborde quatre thèmes distincts, c’est-à-dire la communication (entre les pères et au sein de la famille), la sexualité, la relation père-enfant et la conciliation famille-travail.

Accessibles gratuitement sur la chaîne YouTube de Nouveaux Pères, les capsules présentent à la fois les opinions assumées de leurs créateurs, mais aussi des données scientifiques et des dramatisations humoristiques. « On voulait trouver le parfait équilibre entre la vulgarisation et les contenus informatifs », explique M. Tremblay. Réalisé par le photographe et documentariste Nicolas Lévesque et produit par Canopée Médias, le projet a également été soutenu par le ministère de la Famille du Québec.

« Il y a eu énormément de progrès dans les dernières années », raconte M. Tremblay, quant à la condition des pères au Québec. Selon lui, l’usage grandissant des congés de paternité dans la province en demeure une marque significative : « En 15 ans, on est passé de 20 % des pères qui en prenaient, quand ils ont été instaurés, en 2006, à 90 % aujourd’hui. »

Il ajoute qu’il faut toutefois « encore travailler fort » afin de réduire la charge mentale des femmes et de garantir une meilleure santé psychologique aux pères québécois.

M. Tremblay rappelle notamment que selon un sondage mené par le Regroupement pour la valorisation de la paternité du Québec en 2019, 51 % des répondants ont dit n’avoir peu ou pas de discussion avec d’autres pères, ni faire d’activités père-enfant en compagnie d’autres pères. « C’est bien de sentir qu’on peut aussi se confier entre gars », a-t-il dit dans sa capsule vidéo sur la communication.

Panser la détresse psychologique

En juin dernier, Le Devoir révélait qu’un père québécois sur sept ayant des enfants de 0 à 18 ans ressent une détresse psychologique élevée, selon un sondage du Regroupement pour la valorisation de la paternité. Cette étude souligne aussi que même ceux qui en auraient le plus besoin refusent encore souvent de demander une aide professionnelle.

La semaine dernière, on apprenait également que les pères montréalais étaient 30 % plus susceptibles de souffrir de détresse psychologique que ceux des autres régions au Québec, selon un sondage réalisé par la firme SOM en 2019 et dont les résultats ont été dévoilés jeudi. Selon le Regroupement pour la valorisation de la paternité, l’une des causes principales de la détresse des pères québécois demeure leur sentiment de solitude — accentué chez ceux qui vivent dans les grandes villes.

Les Nouveaux Pères s’attaquent donc directement à cette solitude, publiant « le fruit de plusieurs années de recherche » sur leurs plateformes, explique M. Tremblay. Ils bloguent toujours sur la paternité, et ont publié un premier livre jeunesse, intitulé Dans ma tête, à l’automne 2021.

« Lorsque les pères s’engagent davantage dans leur famille, tout le monde y gagne, conclut Samuel Tremblay. Les pères y gagnent parce que cela les valorise, les mères y gagnent parce qu’elles bénéficient d’un meilleur partage des tâches, mais surtout, nos enfants y gagnent. »

À voir en vidéo