Des leçons à tirer après trois opérations policières dans des cégeps du Québec

Le confinement des étudiants du collège Lionel-Groulx, vendredi à Sainte-Thérèse, a fait monter d’un cran l’anxiété des employés des cégeps de la province.
Photo: Olivier Du Ruisseau Le Devoir Le confinement des étudiants du collège Lionel-Groulx, vendredi à Sainte-Thérèse, a fait monter d’un cran l’anxiété des employés des cégeps de la province.

Des voix s’élèvent dans les cégeps de la province pour réclamer de nouveaux plans d’urgence accompagnés de formations pour les employés de ces établissements, trois d’entre eux ayant fait l’objet d’opérations policières en une semaine.

Le confinement des étudiants du collège Lionel-Groulx, vendredi à Sainte-Thérèse, a fait monter d’un cran l’anxiété des employés des cégeps de la province, qui étaient déjà ébranlés par les opérations policières survenues le 11 novembre à proximité du cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu et du collège Montmorency, à Laval.

« Je pense qu’il est plus que temps qu’il y ait quelqu’un qui se lève et qu’on redonne un sentiment de sécurité aux employés, mais aussi aux étudiants et aux étudiantes qui fréquentent les cégeps et les universités », a déclaré la présidente de la Fédération du personnel de soutien de l’enseignement supérieur, Valérie Fontaine, en entrevue au Devoir samedi.

Depuis la fusillade survenue au Collège Dawson, en 2006, tous les établissements d’études supérieures disposent d’un plan de mesures d’urgence. Or, ceux-ci tardent à être mis à jour, et les consignes qui y sont inscrites ne sont pas connues des étudiants et « de la majorité des personnes qui doivent les appliquer », a affirmé Mme Fontaine.

« L’actualisation des protocoles de sécurité et la diffusion auprès des membres de la communauté, ça ne semble pas être quelque chose qui a été fait sur une base régulière », a également constaté le président du Syndicat des enseignantes et des enseignants du collège Lionel-Groulx, Denis Paquin.

Philippe Desrosiers, qui enseigne la psychologie au collège Lionel-Groulx, indique d’ailleurs qu’il n’a « jamais eu de formation » concernant le protocole de mesures d’urgence en vigueur dans son établissement. « Et ça fait très longtemps que je suis là », a-t-il dit au téléphone.

Jointe par Le Devoir, la Fédération des cégeps, qui regroupe 48 établissements publics du Québec, n’a pas voulu commenter ce dossier.

« Nous sommes évidemment sensibles aux événements survenus dans les établissements d’enseignement supérieur au cours des derniers jours », a pour sa part réagi par écrit la ministre de l’Enseignement supérieur, Pascale Déry.

« Les cégeps et les universités ont la responsabilité de veiller à la sécurité des gens qui les fréquentent et ils sont assujettis à la CNESST. Je vais m’assurer qu’on réitère l’importance d’élaborer un tel plan [de mesures d’urgence] et que celui-ci soit mis à jour, si ce n’est pas déjà fait, rapidement », a ajouté la ministre par courriel.

Confusion

 

Vers 13 h 35, vendredi, la Régie intermunicipale de police Thérèse-De Blainville (RIPTB) a reçu un appel concernant un individu potentiellement armé qui circulait à proximité du collège Lionel-Groulx.

À la demande du corps de police local, le collège a alors diffusé dans son établissement un message donnant deux options aux élèves et aux employés : quitter les lieux immédiatement ou se confiner dans leur classe. Une situation qui a créé une certaine « confusion » dans l’établissement, a constaté Denis Paquin.

« Ça fait beaucoup de monde qui sort à la fois et on était à la queue leu leu dans les escaliers », a raconté l’enseignant Philippe Desrosiers, qui a déploré le « flou » des directives données vendredi, qui étaient d’ailleurs difficiles à capter dans certaines classes.

Quelques minutes plus tard, la police a recontacté l’établissement en lui demandant cette fois de confiner toutes les personnes se trouvant dans le cégep. Il restait alors entre 100 et 150 personnes dans l’établissement, selon les estimations de la RIPTB. Après quatre heures de confinement, les premiers élèves ont commencé à sortir au compte-gouttes vers 18 h, tandis que les derniers ont quitté l’établissement vers 21 h.

Questionnée sur la confusion qu’ont pu créer les directives de la RIPTB dans le cadre de cette opération policière, la sergente Karine Desaulniers précise qu’une analyse de la manière dont cette intervention s’est déroulée aura lieu au terme de l’enquête en cours pour retrouver le suspect dans cette affaire.

« On va regarder en rétroaction ce qui a été fait et le cas échéant, il y a des correctifs et des recommandations qui vont être apportés », en collaboration avec le collège, a affirmé Mme Desaulniers, en entrevue samedi.

Les cours seront d’ailleurs suspendus lundi au collège Lionel-Groulx afin que cette journée soit « consacrée à prendre collectivement un moment de recul et à faire le point sur les événements de la journée de vendredi », a écrit l’établissement sur sa page Facebook. Les cours reprendront donc mardi.

« La situation est arrivée un vendredi soir, donc la réaction, les commentaires qu’on recevait de la communauté, c’est que les gens avaient besoin de s’asseoir » et de prendre le temps de réfléchir à ce qui s’est passé, a constaté la porte-parole du collège, Julie Loyer.

En marge des opérations policières survenues dans deux autres cégeps le 11 novembre, le collège avait fait part dans les derniers jours à ses employés de son intention d’organiser des ateliers de discussions et des conférences pour mieux informer ceux-ci des plans d’urgence en vigueur dans l’établissement, a appris Le Devoir.

L’établissement, qui a ainsi été pris de court par l’opération policière de vendredi, a d’ailleurs le désir de tenir ces événements au retour des Fêtes. « Ça va avoir lieu », a indiqué Mme Loyer.

Un suspect d’âge mineur rencontré par la police

Sainte-Thérèse — Un suspect a été identifié et a été rencontré par les enquêteurs dans l’affaire du confinement au Collège Lionel-Groulx, a indiqué la Régie de Police Thérèse-De Blainville. Elle précise qu’aucune arme à feu n’est en cause et que le suspect offre son entière collaboration.

L’individu arrêté est d’âge mineur et il n’est jamais entré dans l’établissement d’enseignement, soutient la police dans un communiqué.

Le suspect est un résident de Sainte-Thérèse. Il aurait « déambulé dans les rues en périphérie du collège, avec un objet qui pouvait être facilement confondu avec une arme longue », mais il s’agissait plutôt « d’une arme jouet ».

Le service de police a rappelé dans un communiqué publié samedi que « l’achat, le transport et la manipulation d’un jouet pouvant s’apparenter à une arme devraient toujours se faire de façon sécuritaire dans les lieux publics ».

La Presse canadienne


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