Consternées par les accusations portées à l’endroit de son meurtrier

L’impact de la mort de Kim-Jessica Gagné (sur la photo) va au-delà du vide créé dans le cœur de ses proches. Mélissa Brouillette confie qu’elle a vécu un traumatisme.
Photo: Courtoisie L’impact de la mort de Kim-Jessica Gagné (sur la photo) va au-delà du vide créé dans le cœur de ses proches. Mélissa Brouillette confie qu’elle a vécu un traumatisme.

Des amies de Kim-Jessica Gagné, une Québécoise tuée par son copain à Toronto en juillet 2021, déplorent les accusations de meurtre au deuxième degré portées à l’endroit de son meurtrier. L’ex-copain de la femme a plaidé coupable à Toronto le 10 novembre et connaîtra sa peine au mois de janvier.

Mélanie Lapointe, la meilleure amie de Kim-Jessica Gagné, a appris le 4 novembre que le Torontois Bronson Lake plaiderait coupable à des accusations de meurtre au deuxième degré. Cela constituait une surprise pour l’entourage de la femme, qui s’attendait à ce que l’homme soit visé par des accusations de meurtre au premier degré, ce qui lui aurait valu une peine plus longue. « J’aurais aimé qu’on envoie un message [aux autres hommes] », affirme Mélanie Lapointe.

Bronson Lake faisait initialement face à des accusations de meurtre au deuxième degré, mais le procureur aurait par la suite informé la famille qu’il avait « tout ce qu’il fallait » pour l’accuser de meurtre au premier degré, selon Mélanie Lapointe. La meilleure amie de la victime était prête à être interrogée dans le cadre d’un procès même si le processus serait « traumatisant et difficile », dit-elle. Mais le plan de la Couronne, qui a décliné une demande d’entrevue, aurait par la suite changé.

L’audience de détermination de la peine en janvier sera pour les proches l’une des dernières occasions de se faire entendre par le système judiciaire lors des déclarations de la victime. « Je vais parler de la violence conjugale, j’ai besoin d’en parler », dit Mélissa Brouillette, une amie de la victime qui a aussi habité à Toronto. « Kim est allée se coucher en se disant : “Demain, je commence une nouvelle étape de ma vie.” Comment peut-on courir un risque avec quelqu’un comme ça ? » se demande Mélanie Lapointe.

Allumée par la vie

La décision de la jeune femme de déménager dans la Ville Reine était à l’image de plusieurs décisions prises au cours de sa vie : soudaine et au rythme de ses aventures. « Carpe diem, c’était vraiment Kim », lance à la blague Mélanie Lapointe. Kim-Jessica Gagné avait rencontré des Torontois lors d’un voyage au Nicaragua puis, après les avoir revus dans l’Ouest canadien, a décidé de les suivre dans la Ville Reine. Mélanie Lapointe avait un peu d’inquiétude par rapport au choix de la ville — pourquoi pas Montréal ? s’était-elle dit —, mais elle avait été rassurée en voyant son amie aimer son travail en restauration.

Une cassure a toutefois eu lieu en 2020, soit environ un an après qu’elle a rencontré son copain. En novembre 2020, le gouvernement ontarien a imposé de nouvelles mesures sanitaires qui limitaient les restaurants aux commandes à emporter. Les heures au restaurant où travaillait Kim-Jessica n’étaient donc pas nombreuses. Pour économiser, le couple a choisi de déménager chez la grand-mère de Bronson Lake, une expérience qui aurait mal tourné, vu les sentiments exprimés par la grand-mère à l’endroit de Kim-Jessica Gagné. « C’est là que tout a chié. Le tournant de son film, c’est là », raconte Mélanie Lapointe.

Mélanie Lapointe estime que le passage chez l’aînée a peut-être changé l’homme. Après un séjour de sept mois là-bas, le couple a redéménagé dans son propre logement au début de juillet 2021. Deux semaines plus tard, et quelques jours avant que Kim-Jessica Gagné ne commence à travailler dans un grand restaurant torontois, Bronson Lake a tué sa petite amie. « Quand tu apprends que ton grand-père est mort, c’est quelque chose, mais que ton amie a été assassinée, c’est indescriptible », dit avec peine Mélissa Brouillette.

Impact à long terme

Dans les mois qui ont suivi la mort de Kim-Jessica Gagné, Mélanie Lapointe, les jambes « sciées », a dû parler aux enquêteurs, organiser les funérailles de son amie, puis sa mère est décédée. Elle n’a commencé à faire le deuil de sa meilleure amie qu’il y a deux ou trois mois. « Là, je ressens la colère. Je suis fâchée contre lui et contre moi », témoigne-t-elle. En regardant le meurtrier virtuellement lorsqu’il a plaidé coupable le 10 novembre, Mélissa Brouillette était habitée d’une « haine et une tristesse indescriptibles ».

L’impact de la mort de Kim-Jessica Gagné va au-delà du vide créé dans le coeur de ses proches. Mélissa Brouillette confie qu’elle a vécu un traumatisme. Elle évite de retourner en Gaspésie, où habite un ex-copain qui l’a « détruite » psychologiquement. « Depuis que c’est arrivé, ça ressort beaucoup de choses de nous », dit-elle. « Je ne suis pas capable de dormir et de me faire un conjoint, parce que si j’ai fait confiance à cet homme-là et qu’il a réussi à faire quelque chose d’aussi horrible, je ne pourrai jamais hors de tout doute laisser entrer quelqu’un dans ma vie en me disant que je suis en sécurité », confie Mélanie Lapointe.

Le 18 janvier, Mélanie Lapointe sera à Toronto pour faire une déclaration sur la victime. Le meurtrier connaîtra alors sa peine. Elle veut dire au juge que Bronson Lake est un trompeur, qu’on ne peut sous-estimer « le monstre à l’intérieur de lui », dit-elle. Mélissa Brouillette a confiance en elle. « Je trouve qu’elle a de bons mots et qu’elle est forte », dit-elle au sujet de Mélanie Lapointe. Mélissa Brouillette, pour sa part, n’y sera pas. Le 4 janvier, elle part pour le Guatemala, d’où elle suivra l’audience. Le 4 janvier, c’est aussi la date anniversaire de leur amie. « C’est juste vraiment une drôle de coïncidence », note Mélissa Brouillette.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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