Des aînés menacés de perdre leur local de bocce

Des membres du Club de bocce l’Acadie, dont certains fréquentent le local situé dans le quartier Ahuntsic-Cartierville depuis 20 ans
Jeanne Corriveau Le Devoir Des membres du Club de bocce l’Acadie, dont certains fréquentent le local situé dans le quartier Ahuntsic-Cartierville depuis 20 ans

Les membres du Club de bocce l’Acadie disent se sentir trahis par l’administration de Valérie Plante qui leur a annoncé, en août dernier, que la Ville ne renouvellerait pas le bail des locaux qu’ils occupent. Pour ces aînés, cette décision les prive d’un milieu de vie et d’une activité qui les gardent actifs.

Appuyé par la ministre fédérale des Affaires étrangères et députée d’Ahuntsic-Cartierville, Mélanie Joly, et par plusieurs organisations dont le Congrès national des Italo-Canadiens et le Conseil régional des personnes âgées italo-canadiennes (CRAIC), le Club de bocce l’Acadie, qui compte 450 membres, a lancé jeudi un « cri du coeur » à l’administration de Valérie Plante.

Le 29 août dernier, le Club a appris de la mairesse d’Ahuntsic-Cartierville, Émilie Thuillier, que la Ville cesserait de payer le loyer pour leur local situé aux 10526, boulevard de L’Acadie, quand le bail prendrait fin, le 31 décembre 2022.

Depuis 20 ans, la Ville assume le loyer du local qui était prêté au club de bocce. Or, l’arrondissement estime que le coût annuel du loyer de 211 000 dollars par année est devenu trop élevé. En septembre, l’arrondissement a toutefois offert de prolonger l’occupation des lieux jusqu’au 31 juillet 2023.

Les joueurs de bocce qui fréquentent ce local depuis 20 ans se sont fait offrir des plages horaires au centre communautaire Bordeaux-Cartierville et au sous-sol de l’église Saint-Simon-Apôtre. Mais ces espaces ne permettent pas la pratique du bocce à l’intérieur, déplorent-ils.

« Après une longue pandémie, l’arrondissement nous enlève ce qui nous garde actifs mentalement et physiquement, en nous invitant à jouer aux cartes à la place. On se sent trahis et abandonnés », a soutenu Cecilia Fazioli, porte-parole du Club de l’âge d’or Marcelin-Wilson, lors d’une conférence de presse organisée par le parti d’opposition à l’hôtel de Ville.

Se bâtir un modèle d’affaire

Ensemble Montréal talonne l’administration à ce sujet depuis des mois, mais en vain. La conseillère du district Ovide-Clermont, Chantal Rossi, indique que l’administration impose aux aînés de faire du financement pour assumer les coûts d’un loyer. « En gros, ce que l’administration demande à ces aînés, c’est de se bâtir un modèle d’affaire en quelques mois. Je ne connais personne qui est capable de faire et encore moins un club d’âge d’or », a-t-elle expliqué. « Ces gens-là veulent jouer au bocce. Ils veulent bouger. Ils ne veulent pas s’asseoir et jouer aux cartes. »

« La solitude est la principale cause de maladie chez les personnes âgées », a insisté son collègue, le conseiller Giovanni Rapanà avec émotion.

En entrevue au Devoir, la mairesse d’Ahuntsic-Cartierville, Émilie Thuillier, indique que l’arrondissement a basé sa décision sur des principes d’équité. « On s’est rendu compte que cette location de 211 000 dollars par année servait à 150, voire 200 personnes qui jouent au bocce. Ça fait donc une subvention de 1000 dollars par personne par année. C’est gigantesque. On ne fait ça pour personne d’autre dans l’arrondissement », a-t-elle souligné.

Les élus ont aussi pris en considération l’ouverture prochaine du nouveau Centre communautaire et culturel de Cartierville, un bâtiment municipal. « On veut se concentrer sur des édifices qui nous appartiennent », indique Mme Thuillier. L’arrondissement continuera de louer des espaces multifonctionnels susceptibles d’accueillir plusieurs organismes, parmi lesquels le Club d’âge d’or Marcelin-Wilson qui compte 450 membres, ajoute-t-elle.

L’arrondissement estime que le club de bocce devra faire comme d’autres organisations de loisirs et assumer le coût des infrastructures qu’il utilise. Pour y arriver, il pourrait changer son modèle d’affaire et aller chercher des commandites, suggère la mairesse Thuillier.

Ensemble Montréal entend déposer une motion qui sera débattue lors de l’assemblée du conseil municipal, la semaine prochaine, afin que les élus montréalais accordent leur appui au Club de bocce l’Acadie. Cette motion demande que les joueurs de bocce puissent avoir accès à des installations de la Ville pour la pratique de leur sport pendant au moins cinq ans et ce, 365 jours par année.

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