Fonction publique et parapublique: mieux définir le télétravail

Pierre Vallée
Collaboration spéciale
La pandémie a rendu la pratique du télétravail plus répandue et acceptable.
Getty Images La pandémie a rendu la pratique du télétravail plus répandue et acceptable.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Par le passé, le télétravail ne figurait guère au tableau de bord de la fonction publique et parapublique du Québec. Mais la pandémie a changé la donne et fait en sorte que cette pratique s’est répandue et est devenue plus acceptable. Si, aujourd’hui, le retour au bureau est à l’ordre du jour, le télétravail ne disparaîtra pas pour autant.

D’emblée, Christian Daigle, président du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), admet que le télétravail ne convient pas à tous les types d’emploi. « Nous avons parmi nos membres des travailleurs, comme les ouvriers et les cuisiniers, qui doivent absolument être sur les lieux pour exécuter leurs tâches, explique-t-il. Par contre, nos agents des centres d’appels peuvent entièrement effectuer leur travail à partir de leur domicile. Et dans certains cas, comme ceux des inspecteurs, une option hybride est possible, soit la visite en personne, mais la rédaction du rapport en télétravail. »

Ce n’est donc pas un plaidoyer tous azimuts en faveur du télétravail que propose Christian Daigle, mais plutôt un moment de réflexion sur les paramètres du télétravail et de son encadrement. « Qui décide quel type d’emploi peut être effectué en tout ou en partie en télétravail ? demande-t-il. Combien de temps un travailleur peut-il passer en télétravail à la maison et combien de temps doit-il être présent au bureau ? Qui décide si un travailleur peut être en télétravail ou non ? Présentement, c’est l’employeur, donc le gouvernement, qui prend toutes les décisions. »

Et certaines de ces décisions peuvent apparaître arbitraires. « L’employeur peut retirer le privilège du télétravail à un employé sans pour autant être obligé de se justifier, souligne-t-il. Où sont les données probantes sur lesquelles s’appuie l’employeur pour prendre pareille décision ? On ne le sait pas. »

Négocier et enchâsser

 

Christian Daigle croit que le temps est venu que le gouvernement et les syndicats concernés s’assoient à la même table afin de négocier les paramètres du télétravail et ensuite de les enchâsser dans les conventions collectives. Ainsi toutes les parties seraient sur la même longueur d’onde et cela assurerait un degré de prévisibilité et de transparence.

« Prenons la question du libre-choix, avance-t-il. Il faut absolument respecter le choix du travailleur. Le télétravail ne convient pas à tous, certains travailleurs préfèrent se rendre au bureau pour travailler parce qu’ils ont besoin d’un environnement convivial pour bien fonctionner. Ce n’est pas parce qu’un emploi peut être exécuté en télétravail qu’il doit l’être. »

Ensuite, comment mesurer et évaluer le temps passé au travail ? « Au bureau, le neuf à cinq est la norme, souligne Christian Daigle. Cette norme s’applique-t-elle encore en télétravail ? Pourquoi un lève-tôt ne pourrait-il pas faire ses tâches le matin et un couche-tard en après-midi et en soirée ? Ne peut-on pas faire preuve de souplesse et laisser au travailleur la liberté de choisir les plages de travail qui lui conviennent ? La qualité du travail accompli et le respect des échéances ne devraient-ils pas être les critères sur lesquels on se fonde pour évaluer la performance d’un employé en télétravail ? »

Sans compter que le télétravail amène de nouveaux défis. Par exemple, comment appliquer les normes et les règlements en sécurité et santé du travail pour un télétravail effectué au domicile ? « Il y a aussi la question des communications entre un syndicat et ses membres, poursuit Christian Daigle. Présentement, un syndicat jouit d’un babillard sur les lieux de travail qui sert d’outil de communication. Faut-il un babillard virtuel pour informer les employés en télétravail ? Et si un employé veut déposer un grief ? Aujourd’hui, les formulaires de grief sont en papier et il faudrait donc les numériser. »

Et c’est sans compter les questions comme l’équipement de bureau et les logiciels. Qui les fournit ? L’employeur seul ? L’employé en mettant à la disposition son propre matériel informatique ? Ou une combinaison des deux ? « Le télétravail est un sujet qui doit être discuté sérieusement lors des prochaines négociations si l’on veut y voir clair », conclut Christian Daigle.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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