La FTQ fait un saut dans le temps

Isabelle Delorme
Collaboration spéciale
Dans le secteur de la pêche, les saisons sont courtes et les travailleurs peinent à remplir les critères nécessaires pour avoir accès à l’assurance-emploi.
Andrew Vaughan La presse canadienne Dans le secteur de la pêche, les saisons sont courtes et les travailleurs peinent à remplir les critères nécessaires pour avoir accès à l’assurance-emploi.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

« La FTQ aux devants », ou l’avenir du syndicalisme dans les deux prochaines décennies : c’est le thème choisi par la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec pour son 33e congrès, qui se déroulera à Montréal du 16 au 19 janvier 2023. Sans oublier de défendre les revendications actuelles, comme les augmentations de salaire dans la fonction publique (pour lesquelles la centrale s’allie avec trois autres organisations) et la modernisation des lois antibriseurs de grève.

« C’est un exercice intéressant que nous allons faire », lance Denis Bolduc, secrétaire général de la FTQ, qui espère réunir 1200 délégués au congrès. Ce rassemblement sera une occasion de réfléchir pour préparer l’avenir du mouvement syndical (et plus particulièrement celui de la FTQ) en vue des états généraux sur le syndicalisme qu’elle espère mener avec d’autres organisations syndicales.

Les équipes de la centrale syndicale travaillent depuis plus d’un an à élaborer l’approche prospective qui servira de trame aux discussions du congrès sur les défis qui l’attendent. « Nous essayons de nous projeter 20 ans en avant avec différents scénarios — des plus noirs aux plus optimistes prévoyant une expansion du syndicalisme — pour voir où la FTQ pourrait se situer dans deux décennies », explique M. Bolduc.

Les équipes de la FTQ ont rencontré des centaines de militants, délégués et membres de la centrale québécoise pour présenter des tendances. « Nous avons notamment essayé d’imaginer de quoi pourrait avoir l’air le portrait socioéconomique du Québec dans 20 ans, en fonction des changements climatiques », explique le secrétaire général qui annonce des moments de réflexion pour discuter des différentes façons dont la FTQ pourrait réagir aux différents scénarios et anticiper des avenirs possibles.

Faire front commun

 

Cinquante ans après le front commun historique du printemps 1972, qui avait entraîné l’emprisonnement des leaders syndicaux, la FTQ participe à un nouveau front commun (lire en page E2) avec la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS). « Nos quatre organisations représentent plus de 420 000 travailleurs dans le secteur de la santé, des services sociaux et de l’éducation. Nous estimons que plus de 80 % de ce personnel représenté dans le secteur public sont des femmes », souligne Denis Bolduc.

Ces quatre syndicats se sont entendus pour mener ensemble le cadre commun des prochaines négociations collectives pour les travailleurs des services publics. « Elles couvrent de grands enjeux financiers (les salaires) et d’organisation du travail », indique le secrétaire général de la FTQ. Dans ces métiers à prédominance féminine, il y a encore beaucoup de rattrapage à faire en matière de rémunération par rapport à des emplois comparables dans le secteur privé, malgré une amélioration obtenue lors de la dernière négociation, indique Denis Bolduc. Par ailleurs, le maintien du pouvoir d’achat doit être protégé contre l’inflation.

Les attentes syndicales ont été déposées au Secrétariat du Conseil du trésor le 28 octobre dernier. En plus de la revendication salariale, d’autres demandes sont portées par le Front commun, concernant notamment la retraite, les droits parentaux, les disparités régionales et les assurances collectives.

Casser les briseurs de grève

 

Les lois antibriseurs de grève interdisent aux employeurs de faire appel à des travailleurs de remplacement pour contourner les effets de l’arrêt du travail. Au Canada, ce dispositif n’existe qu’au Québec et en Colombie­Britannique. « Au Québec, la loi a été votée par l’Assemblée nationale à la fin des années 1970 », rappelle Denis Bolduc. Mais 40 ans plus tard, la réalité des travailleurs a bien changé. « Il y a de plus en plus de télétravail, qui est devenu une réalité quotidienne pour des centaines de milliers de travailleurs au Québec. C’est un aspect important dont la loi ne tient pas compte », pointe le secrétaire général, qui souhaite inscrire dans le Code du travail l’interdiction pour les entreprises d’avoir recours à des travailleurs de remplacement à distance en cas de grève.

Au fédéral, des consultations ont été lancées en vue d’un projet de loi antibriseurs de grève qui pourrait voir le jour en 2023. « Chaque jour qui passe avant qu’une loi fédérale soit votée est un jour de trop ! » lance Denis Bolduc, qui déplore le vide juridique actuel. « Il y a des travailleurs dans des entreprises relevant du fédéral, dans le secteur des communications électroniques (télévision, radio) ou des ports, par exemple, qui ne sont pas couverts. Nous souhaitons que la loi soit adoptée le plus rapidement possible », insiste-t-il.

Protéger les travailleurset les retraités

 

La Loi sur l’assurance-emploi est un autre cheval de bataille de la FTQ. « Cela fait des années que nous réclamons sa modernisation et que le gouvernement est dans un processus de consultation. Il sait très bien ce qui cloche et doit être modernisé », déplore Denis Bolduc. Son syndicat demande une meilleure accessibilité à l’assurance-emploi, de meilleures prestations et des traitements simplifiés et plus rapides des demandes. Des aménagements devraient également permettre de tenir compte de certaines situations particulières. « Prenons par exemple les travailleurs du secteur de la pêche, illustre Denis Bolduc. Leurs saisons sont courtes. Ils ne travaillent pas beaucoup d’heures dans une année et beaucoup sont dans ce que l’on appelle un “trou noir”, car ils ne parviennent pas à remplir les critères nécessaires en matière d’heures ou de semaines travaillées pour se qualifier. »

Les faillites des entreprises peuvent également entraîner des retraités dans la pauvreté. « Nous demandons qu’ils soient protégés, car nous avons eu trop d’exemples dans le passé de travailleurs couverts par un régime de retraite qui ont vu leurs rentes diminuer de 30 % ou 40 % lors de la faillite de leur entreprise (Sears ou White Birch, par exemple) », dénonce Denis Bolduc en appelant notamment à améliorer leur rang parmi les créanciers. « Il ne faut pas qu’ils soient les derniers à passer à la caisse. Nous travaillons sur ce sujet et nous espérons que l’actuel projet de loi fédéral passera. J’ai vu trop de retraités souffrir de cette réalité. »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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