De nombreux échecs à l’examen imposé aux futures infirmières

Plusieurs aspirantes infirmières demandent à l’ordre professionnel de baisser la note de passage à 50 %.
La Presse canadienne Plusieurs aspirantes infirmières demandent à l’ordre professionnel de baisser la note de passage à 50 %.

Près de la moitié des apprenties infirmières ont échoué à leur examen professionnel cet automne. Celles-ci s’expliquent mal le taux de réussite particulièrement bas — 51,4 % — qui y a été observé, d’autant que le réseau de la santé manque de ressources. Une situation qui force le Commissaire à l’admission aux professions à lancer une enquête auprès de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ).

« J’ai été insultée par mon résultat », laisse tomber Kathia Robidas, 29 ans. La jeune femme, qui a étudié au cégep de Sherbrooke, a récolté une note de 54 % à cet examen. La note de passage étant de 55 %, elle ne pourra donc pas avoir droit au titre d’infirmière pour le moment, même si elle peut déjà effectuer certaines tâches en tant que candidate à l’exercice de la profession infirmière (CEPI).

« Pendant ma technique, je n’ai jamais eu de drapeau levé majeur. En stage, on m’a toujours dit que j’étais compétente et une bonne infirmière. J’ai toujours eu de bons résultats, j’ai toujours bien performé », dit-elle. « Je me suis beaucoup donnée pour cet examen-là », lance-t-elle, ajoutant que l’examen était « mal bâti » et « évaluait mal [les] compétences ».


 

Le taux de réussite à l’examen pour les personnes diplômées à l’extérieur du Canada est d’ailleurs particulièrement bas cet automne, à 19,5 %.

Ils sont plusieurs à demander à l’OIIQ d’abaisser la note de passage à 50 %. « Tous ceux que je connais et qui ont échoué se situent dans la bracket de 50 à 55 % », souligne Kathia.

Cette option n’est toutefois pas envisagée du côté de l’ordre professionnel. « Cet examen existe pour protéger le public et pour éviter de délivrer des permis à des personnes qui ne sont pas prêtes », affirme Chantal Lemay, directrice à l’admission et au registrariat. Un examen de reprise aura lieu dans six mois, et il n’est pas prévu de réduire ce délai.

L’examen du 26 septembre, dont le seuil de réussite est déterminé par un groupe d’enseignantes du cégep et de l’université, n’était pas plus difficile que les autres années, affirme Mme Lemay. Le principal coupable serait plutôt la pandémie. « Il faut se rappeler que cette cohorte est essentiellement composée de personnes qui ont commencé leur parcours en septembre 2019. Elles ont passé la majeure partie de leur formation au cœur de la pandémie. On peut penser aux cours en ligne, aux difficultés d’accès aux laboratoires », dit-elle.

Kathia Robidas ajoute que des CEPI ont été placées en CHSLD plutôt qu’en centre hospitalier à cause du manque d’infirmières, ce qui n’a pas aidé. « Chaque jour, je change des culottes ou j’aide à l’alimentation. Est-ce que je pratique mon savoir d’infirmière ? Pas autant que si j’avais pu rester dans un centre hospitalier », dit-elle.

Enquête

 

Le cabinet de la présidente du Conseil du trésor mentionne de son côté au Devoir avoir été informé par le Commissaire à l’admission aux professions que celui-ci « entamera une démarche de vérification [enquête] auprès de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec concernant les résultats à la dernière séance de son examen d’admission ».

« Nous allons suivre la situation de près dans les semaines à venir, assure le cabinet. Par ailleurs, un mécanisme indépendant est en place par le biais du Commissaire à l’admission aux professions et pourra également examiner des plaintes à la manière d’un ombudsman. »

Brigitte Petrie, présidente du Syndicat des professionnelles en soins de Montérégie-Est, se dit « fâchée » qu’autant de CEPI aient échoué alors qu’une pénurie de personnel sévit dans le système de santé. « Je comprends pourquoi l’Ordre ne veut pas donner des permis à n’importe qui, mais présentement, ces CEPI travaillent dans notre réseau et remplacent des infirmières partout. Est-ce qu’on est en train de dire qu’elles ne sont pas compétentes alors qu’on les fait travailler ? » s’interroge-t-elle.

Pendant ma technique, je n’ai jamais eu de drapeau levé majeur. En stage, on m’a toujours dit que j’étais compétente et une bonne infirmière. J’ai toujours eu de bons résultats, j’ai toujours bien performé.

Selon elle, les CEPI sont « d’une grande aide » sur le plancher. Certes, elles sont encadrées à leur arrivée, « mais après plusieurs mois de travail, elles sont pas mal plus laissées à elles-mêmes », dit Mme Petrie. « Il y a des choses qu’elles doivent faire vérifier, mais sinon, en général, elles font presque tout. »

Elle estime que l’OIIQ devrait réévaluer les dossiers et tenter de voir ce qui a pu se passer. Une mesure spéciale pourrait être mise en place, pense-t-elle. « Ces cohortes-là ont été stoppées dans leurs études et sont venues prêter main-forte dans les hôpitaux comme étudiantes pendant la COVID-19, dit Brigitte Petrie. Elles ont appris beaucoup plus à mon avis que les anciennes. »

Du côté de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS), on se pose sensiblement les mêmes questions, bien qu’on comprenne que la pandémie puisse avoir eu un impact. « Ce serait intéressant que les établissements du réseau de la santé remédient à ça, souligne le représentant des professionnels en soins, Frédéric Lapierre Justin. S’il y a un manque de connaissances, il faudrait que les employeurs le prennent sur eux et donnent des formations pour les aider pour le prochain examen. »

Mélanie Gignac, présidente du Syndicat des professionnelles en soins de la Montérégie-Ouest, croit que l’OIIQ doit procéder à un examen de conscience. D’autant que l’entrée en fonction plus tardive de ces futures infirmières se fera sentir sur le terrain : « Ça a un impact majeur. Les heures supplémentaires obligatoires vont continuer », lance-t-elle.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) confirme que le faible taux de réussite à l’examen de septembre « aura un impact sur le nombre d’infirmières qualifiées disponibles ». Mais « les personnes ayant échoué pourront continuer d’exercer à titre de CEPI, en respect de la réglementation prévue à cet effet », ajoute-t-on.

Avec Marie-Eve Cousineau

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