Une mère dénonce l’utilisation du «Taser» contre son fils autiste

Le Service de police de la Ville de Mascouche a été appelé à intervenir mercredi avant-midi lorsque le jeune homme a réussi à quitter le centre de réadaptation, malgré la prise de mesures de sécurité.
Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le Service de police de la Ville de Mascouche a été appelé à intervenir mercredi avant-midi lorsque le jeune homme a réussi à quitter le centre de réadaptation, malgré la prise de mesures de sécurité.

La mère d’un jeune homme de 18 ans non verbal atteint d’un trouble du spectre de l’autisme envisage de porter plainte en déontologie policière contre un agent de la police de Mascouche qui a utilisé un pistolet à impulsion électrique (Taser) contre son fils en fugue mercredi matin.

Le fils de Marie Ismé, Brandon, a fugué à maintes reprises dans les derniers mois du Centre de réadaptation en déficience intellectuelle et en trouble du spectre de l’autisme La Myriade, situé à Mascouche. À plusieurs reprises, les policiers ont dû intervenir pour ramener le jeune homme dans cet établissement, mais chaque fois, le tout s’est déroulé dans le calme, raconte au Devoir Mme Ismé.

« Ils [les employés] barrent les portes de l’intérieur, mais il y a toujours des failles, donc Brandon réussit toujours à se sauver du centre de jour », explique en entrevue Mme Ismé, en marge d’une conférence de presse tenue plus tôt aujourd’hui devant sa demeure, à Terrebonne.

Ainsi, mercredi avant-midi, le Service de police de la Ville de Mascouche a été appelé à intervenir parce que Brandon avait réussi à quitter de nouveau le centre de réadaptation, malgré les mesures de sécurité prises par celui-ci. Il a alors commencé à entrer dans certaines maisons voisines du centre avant d’être interpellé par les forces de l’ordre, qui l’ont ramené dans l’établissement rattaché au CISSS de Lanaudière.

Le jeune a toutefois de nouveau fugué mercredi, incitant de nouveau le centre de réadaptation à appeler la police. Un des deux agents déployés sur les lieux a alors utilisé un « Taser » pour immobiliser l’individu, qui courait, a confirmé au Devoir le capitaine aux normes et au développement organisationnel de la police de Mascouche, Martin St-Pierre. Le jeune homme de 18 ans a ensuite séjourné brièvement à l’hôpital avant d’être amené à son domicile, à Terrebonne.

Un geste « inacceptable »

« Le geste est inacceptable », déplore Marie Ismé, qui dénonce l’utilisation d’un pistolet à impulsion électrique contre son fils, qui « n’a jamais été agressif ». « Est-ce que c’est parce que Brandon est de race noire ? Si ça avait été un jeune qui n’est pas racisé, les policiers auraient-ils tiré sur lui avec un Taser ? » demande la mère de famille, qui envisage de porter plainte devant le Commissaire à la déontologie policière à l’endroit de l’agent en cause.

Bien que considéré comme une arme intermédiaire, le Taser peut avoir des conséquences graves sur les personnes qui en reçoivent les décharges électriques, relève le directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales, Fo Niemi. « Ça peut être dangereux [le Taser], en particulier pour un jeune autiste », souligne-t-il.

Brandon étant un jeune homme non verbal, il est d’ailleurs difficile d’évaluer les conséquences psychologiques que cette intervention policière pourrait avoir eues sur lui, souligne M. Niemi.

Une analyse en cours

 

Le capitaine Martin St-Pierre indique qu’une analyse est en cours à l’interne pour mettre en lumière les circonstances qui ont mené à l’utilisation d’un « Taser » hier à l’endroit du jeune homme en fugue, comme c’est le cas « dans tous les dossiers d’emploi de la force » par des policiers, indique-t-il. Les résultats de cette analyse ne seront toutefois pas rendus publics.

M. St-Pierre assure également que des discussions sont en cours avec le centre de réadaptation La Myriade afin que le bâtiment améliore ses mesures de sécurité, le tout afin d’y réduire les fugues qui impliquent le recours aux forces de l’ordre.

« Les policiers doivent être mieux formés », indique pour sa part Marie Ismé, qui a décidé de médiatiser son expérience afin que « personne n’ait à vivre » ce qu’elle a vécu. « Je ne veux pas que ça se reproduise. »

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