Des freins à l’adoption du transport collectif à Longueuil

Myrtho Adrien prend le métro à partir de la Rive-Sud jusqu’à Montréal depuis que les travaux dans le tunnel ont débuté. Mais elle déplore le fait que sa facture s’élève à 341 $ par mois pour la carte et le stationnement incitatif.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Myrtho Adrien prend le métro à partir de la Rive-Sud jusqu’à Montréal depuis que les travaux dans le tunnel ont débuté. Mais elle déplore le fait que sa facture s’élève à 341 $ par mois pour la carte et le stationnement incitatif.

Pour éviter la cohue sur les ponts, Myrtho Adrien a décidé de prendre le métro pour aller travailler dans le Vieux-Montréal. Cette résidente de Longueuil est agréablement surprise : elle arrive à l’heure au boulot. Sans stress. Mais elle digère mal la facture de 341 $ par mois pour le stationnement incitatif et la passe de métro.

« Dans la foulée de la fermeture partielle du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, le message envoyé à tout le monde, c’est : “Enlevez-vous de la route, prenez les transports en commun”. Je veux bien faire ma part, mais je trouve que 341 $, c’est très cher payé », dit cette mère de deux jeunes enfants.

Myrtho Adrien applaudit la mise en place de navettes gratuites vers Montréal pour les résidents de Beloeil, de Boucherville et de Sainte-Julie pendant les trois années de perturbations dans le tunnel. Mais elle trouve « inéquitable » que le reste de la population doive se débrouiller à gros prix. Après tout, la congestion a augmenté sur le pont Jacques-Cartier depuis le début des travaux dans le tunnel.

Mme Adrien habite à sept kilomètres du métro Longueuil. Elle s’y rend en voiture plutôt qu’en autobus, car elle doit emmener ses deux enfants à la garderie et à l’école primaire du quartier. « La fréquence des bus n’est pas assez élevée » pour lui permettre de se rendre au métro sans sa voiture.

La Longueuilloise est enchantée : le métro est rapide, elle a le temps de lire, et les déplacements à pied (vers et à l’intérieur des stations) sont bons pour la santé. Elle trouve toutefois que la carte de métro à 150 $ et les frais de 191 $ par mois pour le stationnement incitatif sont exagérés, dans la mesure où elle n’a que trois stations de métro à franchir pour aller travailler (à la station Champ-de-Mars).

Le prix à payer

Axel Fournier, porte-parole de l’Association pour le transport collectif de la Rive-Sud (ATCRS), dit comprendre la frustration de Myrtho Adrien. L’ATCRS appuie cependant la tarification du stationnement incitatif situé près du métro Longueuil. Si les gens pouvaient garer leur voiture gratuitement dans ce secteur névralgique, le nombre d’automobiles exploserait, souligne-t-il. Cela provoquerait des bouchons de circulation et nuirait à l’achalandage des autobus.

Il n’y a pas que les utilisateurs du métro qui passent par là : trois universités, le collège Champlain et une série d’entreprises ont pignon sur rue dans le secteur. La tarification du stationnement va de soi, rappelle Axel Fournier. Les autres stationnements incitatifs de la région (Saint-Lambert, Saint-Hubert, Beloeil, Boucherville, Saint-Bruno, Sainte-Julie) sont tous gratuits, mais celui du métro Longueuil représente un cas à part.

Myrtho Adrien estime que les autorités de transport devraient se concerter pour éviter des factures de 341 $ à des usagers du métro. Elle réclame le stationnement incitatif gratuit ou à faible coût pour les automobilistes qui prennent le métro Longueuil. « Sinon il est où, l’incitatif aux transports en commun ? »

Au moment où ces lignes étaient écrites, la Ville de Longueuil, qui exploite ce stationnement, n’avait pu répondre aux questions du Devoir.

Des tarifs controversés

Au-delà des coûts de stationnement, l’ATCRS rappelle qu’une série de mesures freinent l’adoption des transports en commun, en cette période de cohue due aux travaux dans le tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine.

« Les organismes publics disent aux gens de prendre les transports en commun, mais l’offre de service ne correspond pas aux besoins », dit Axel Fournier. Hors des principaux axes de l’agglomération, l’offre du Réseau de transport de Longueuil (RTL) reste moindre qu’avant la pandémie, selon lui.

Le RTL s’est engagé mardi à bonifier son service avec l’entrée en fonction du Réseau express métropolitaine (REM), au printemps 2023. Mais des lacunes persistent pour les usagers.

Les milliers d’utilisateurs occasionnels du métro Longueuil qui se rendent à la station à pied ou à vélo ont ainsi subi une importante hausse de tarif, le 1er juillet 2022. Le prix d’un aller simple en métro est passé de 3,50 $ à 5,25 $, puis temporairement à 4,50 $ (devant la grogne populaire), en raison de la refonte tarifaire de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM).

« La très vaste majorité des usagers occasionnels est avantagée par ce nouveau titre », rappelle Simon Charbonneau, directeur des affaires publiques et des communications à l’ARTM.

Le nouveau tarif de 4,50 $ permet en effet de prendre le bus du RTL et le métro avec un seul billet. Auparavant, les utilisateurs occasionnels devaient acheter deux billets au coût total de 7 $. Une réduction de 45 %, souligne l’ARTM.

Un réseau, plusieurs tarifs

Les gens qui vivent assez près du métro Longueuil pour s’y rendre à pied ou à vélo subissent quant à eux une hausse tarifaire de 30 % pour leur aller simple vers Montréal. La hausse sera de 50 % lorsque le plein tarif de 5,25 $ entrera en vigueur. Ces usagers ne décolèrent pas.

« Quand on m’augmente de cette façon-là, ce n’est vraiment pas un incitatif à prendre le métro », dit Marie Magistry, qui marche pour aller au métro Longueuil.

Elle a lancé une pétition contre cette refonte tarifaire, qui avait été signée mardi soir par 12 837 personnes. La pétition vise aussi les usagers du métro à Laval, qui subissent la même refonte des tarifs.

Marie Magistry estime que tous les usagers du métro devraient payer le même tarif (de la zone A), peu importe leur point de départ. Longueuil se trouve tout juste à deux stations de Berri-UQAM. Pourtant, les Longueuillois paient 30 % de plus (et par la suite 50 % de plus) que les Montréalais qui doivent parcourir 12 stations de métro pour se rendre au même endroit.

« Je trouve ça effrayant », renchérit Guy Rivest, un résident du Vieux-Longueuil de 67 ans. Il marche 15 minutes pour aller au métro « pour faire de l’exercice et pour économiser un peu de sous ». Ce retraité paie presque trois fois plus cher pour prendre le métro Longueuil depuis la refonte tarifaire du 1er juillet : l’aller simple est passé de 1 $ à 2,85 $ pour les personnes de 65 ans et plus.

« Je ne m’empêche pas d’aller à Montréal, je suis des cours à l’UQAM, mais cette hausse de tarif me choque. Surtout avec l’augmentation du coût de la vie. Les pensions ne sont pas indexées au niveau de l’inflation », ajoute Guy Rivest.

L’ARTM rappelle de son côté que « les principes de la refonte et la tarification zonale ont notamment fait l’objet de concertation et de consultations avec plus de 4000 intervenants pendant plus de deux ans. Elles ont été adoptées par l’ensemble des élus des cinq secteurs de la région métropolitaine siégeant au CA de l’ARTM ».

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