Un citoyen reçoit une facture de 587$ du MTQ pour «vandalisme»

Exaspéré par la vitesse excessive des camions qui empruntent la route en face de chez lui, un citoyen de Val-d’Or a décidé d’apposer des bandes réfléchissantes sur les panneaux de signalisation qui bordent le chemin afin de les rendre plus visibles. Mal lui en prit, car le ministère des Transports et de la Mobilité durable du Québec (MTQ) vient de lui faire parvenir une facture de 587,18 $ pour « vandalisme ».

Devant la demeure de Cédric Paris, sur la route des Campagnards, les véhicules doivent rouler à 50 km/h. Il s’agit de la route 397 située dans le secteur de Val-Senneville, où les camions, transportant des chargements de bois notamment, transitent en grand nombre. Mais aux dires de Cédric Paris et de ses voisins, rares sont les véhicules lourds qui respectent la limite de vitesse.

Selon les vérifications du Devoir, il y a bien un panneau de signalisation qui demande aux camionneurs de « freiner silencieusement », mais il est planté dans le fossé, peu visible de la route. Deux panneaux de limite de vitesse bordent la voie, mais ils ne semblent pas convaincre les camionneurs de ralentir, avance M. Paris. « Ils sont visibles, mais personne n’y porte attention. S’il arrive un accident, il va être trop tard », déplore-t-il.

Inquiet pour son fils qui doit tous les jours monter à bord d’un autobus scolaire, M. Paris dit avoir fait trois signalements par téléphone au 511 il y a deux ans, demandant que la signalisation soit améliorée. N’ayant pas eu de nouvelles, il a communiqué à plusieurs reprises avec la Sûreté du Québec (SQ) à Val-d’Or, qui, dit-il, a promis d’augmenter les patrouilles. « Mais personne n’est jamais venu me voir pour constater le problème. » Le Valdorien a par la suite communiqué avec le conseiller municipal du secteur, Jean St-Jules, avec qui il a eu quelques échanges par courriel.

Un bref répit

N’en pouvant plus de ne voir aucune amélioration, Cédric Paris a finalement pris l’initiative, en septembre dernier, de poser des bandes réfléchissantes sur les panneaux de signalisation afin d’attirer l’attention des camionneurs. « La première semaine, c’était incroyable comment c’était calme », dit-il. Quand, deux semaines plus tard, il a vu un camion du MTQ s’arrêter en bordure de route, il est allé voir les employés à qui il a admis être celui qui avait mis les bandes réfléchissantes. « Mais ça s’est retourné contre moi, parce que j’ai reçu une facture de 587,18 $ pour du soi-disant vandalisme », s’insurge Cédric Paris. « Ce n’est pas du vandalisme. Je ne me suis pas caché pour faire ça. Je trouve que c’est de l’abus de pouvoir. »

Porte-parole du MTQ, Nicolas Vigneault soutient que la seule requête reçue de la part de M. Paris dans les deux dernières années remonte au 26 octobre dernier. Selon lui, le ministère n’avait d’autre choix que de remplacer les panneaux de signalisation, car les bandes réfléchissantes apposées par le citoyen ont endommagé la pellicule réfléchissante que comportaient déjà les panneaux. « Vérification faite, tous les panneaux répondaient aux normes de distance et de visibilité », indique-t-il. « Les bandes réfléchissantes artisanales [posées par M. Paris] ne respectaient pas les normes d’affichage. Si tout le monde commence à placer différents matériaux sur les panneaux d’affichage sur le réseau, ça peut représenter un problème de sécurité assez important. »

Selon lui, la facture de 587,18 $, qui inclut les coûts de main-d’oeuvre, est fidèle aux coûts assumés par le MTQ pour le remplacement de deux panneaux. Il n’est pas inhabituel que le ministère envoie une facture à des citoyens ou à des entreprises qui endommagent les panneaux de signalisation routière, souligne-t-il.

Cinémomètre demandé

Les voisins de M. Paris avec qui Le Devoir s’est entretenu confirment que les véhicules excèdent régulièrement la limite de vitesse. « C’est sûr qu’à côté d’une route, c’est normal qu’il y ait du bruit », reconnaît Didier Lepage. « Mais ils ne roulent pas à 50 km/h dans la zone de 50 », assure-t-il.

Selon lui, les poids lourds roulant à haute vitesse sont non seulement dangereux, mais ils font trembler les maisons. « À chaque fois que je reviens chez moi le soir, les cadres sont tout croches », relate M. Lepage. 

De son côté, Viateur Auclair déplore que le MTQ ait fait parvenir une facture salée à son voisin. « C’est une très bonne idée, ce qu’a fait Cédric. […] Il n’y a pas de raison de lui donner une facture de près de 600 $. Améliorer et vandaliser, ce n’est pas la même chose. »

Plusieurs résidents du secteur suggèrent qu’un cinémomètre soit installé en bordure de la route afin d’indiquer aux automobilistes et aux camionneurs leur vitesse de passage et les inciter à ralentir. D’autres souhaitent une plus grande surveillance policière. « Il ne manque pas d’effectifs policiers, ils ne sont juste pas à la bonne place », avance un des résidents, Kevin Laganière.

De son côté, le MTQ signale que toute demande pour l’installation d’un cinémomètre doit s’appuyer sur une résolution du conseil municipal. Et à ce jour, le ministère n’a reçu aucune requête de la Ville de Val-d’Or.

Élu il y a un an, Jean St-Jules juge un peu « surréaliste » la facture reçue par M. Paris. Il a par ailleurs communiqué avec la SQ pour leur signaler le problème et deux constats auraient été remis récemment dans ce secteur. « C’est le lot de tous les villages au Québec. J’ai l’impression que la surveillance est difficile. » Il croit aussi qu’un cinémomètre pourrait être efficace pour faire ralentir la circulation automobile dans le secteur.

Directrice de Piétons Québec, Sandrine Cabana-Degani est d’avis qu’un cinémomètre aurait un effet très limité. Selon elle, des aménagements sécuritaires pour les piétons, comme des trottoirs et des saillies de trottoir à proximité de l’école, seraient plus efficaces à long terme. « On sait que si l’aménagement ne favorise pas des vitesses lentes, le panneau ne suffit pas. C’est bien documenté dans la littérature en sécurité routière », explique-t-elle. Une réflexion devrait aussi être faite sur la rémunération des camionneurs, car celle-ci encourage la vitesse, avance-t-elle.

Le cas de Cédric Paris n’est pas sans lui rappeler le geste d’éclat posé par l’ex-maire de Lanoraie. En 2021, Gérard Jean avait lui-même installé des panneaux d’arrêt et peint une traverse piétonne à une intersection dangereuse, après que le MTQ eut refusé la requête de la Ville. Le MTQ avait finalement retiré les panneaux et la Ville avait dû effacer la traverse piétonne.

Cédric Paris ne compte pas en rester là et il envisage de faire appel à un avocat pour contester sa facture.

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