Fin de la grève des travailleurs du milieu de l’éducation en Ontario

Le premier ministre ontarien, Doug Ford (à droite), et son ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, en conférence de presse, lundi matin
Nathan Denette La Presse canadienne Le premier ministre ontarien, Doug Ford (à droite), et son ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, en conférence de presse, lundi matin

Le Conseil des syndicats des conseils scolaires de l’Ontario (CSCSO) accepte de mettre fin à la grève et de retourner à la table de négociation, après plusieurs jours de mobilisation.

Le syndicat — affilié au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) et qui représente plus de 50 000 employés de soutien — a pris cette décision après que Doug Ford ait promis d’abroger une loi controversée qui leur imposait un contrat et leur interdisait de faire la grève. Le projet de loi 28 avait été qualifié d’attaque contre les droits de tous les Canadiens par le SCFP.

« Avec nos alliés, nous sommes prêts à riposter si le gouvernement ne négocie pas de bonne foi », a précisé le CSCSO sur les réseaux sociaux.

Vendredi, des employés de soutien (adjoints administratifs, concierges et aide-enseignants, entre autres) membres du SCFP avaient amorcé une grève que le gouvernement jugeait illégale en vertu du projet de loi 28 adopté le jour précédent. Le projet de loi menaçait les membres du syndicat d’amendes de 4000 $ pour chaque jour de grève. Le syndicat, pour sa part, risquait une amende de 500 000 $.

Le gouvernement s’était tourné vers la Commission des relations de travail de l’Ontario jeudi soir pour que celle-ci déclare la grève illégale, ce qui aurait ouvert la voie à la mise à l’amende des membres. Rencontré lundi, l’un des avocats du SCFP, Steven Barrett, a précisé que la décision de la commission serait maintenant désuète en vertu du repli du gouvernement.

Des représentants syndicaux des secteurs publics et privés de l’Ontario et du Québec étaient rassemblés lundi dans un hôtel du centre-ville de Toronto. « Le premier ministre va présenter un projet de loi qui va abroger le projet de loi 28 », a lancé sous une pluie d’applaudissements Laura Walton, présidente du Conseil des syndicats des conseils scolaires de l’Ontario. « Nous avons de nouveau nos droits de négociation », a-t-elle lancé.

« Les deux dernières années et demie ont été difficiles pour les enfants », a pour sa part déclaré le premier ministre ontarien en matinée, aux côtés de son ministre de l’Éducation, Stephen Lecce. « J’ai toujours respecté le droit des travailleurs », a dit le premier ministre. Les avocats du SCFP soutiennent que Doug Ford et Stephen Lecce « n’avaient pas une véritable intention de négocier de bonne foi avec le syndicat », ont-ils écrit dans des documents soumis à la Commission des relations de travail de l’Ontario.

Un mouvement sans précédent

L’unification du mouvement syndical en Ontario est « historique et sans précédent », analyse Stephanie Ross, professeure en études ouvrières à l’Université McMaster. Le mouvement ouvrier ontarien, dit-elle, est fragmenté depuis les années 1990. Des syndicats des secteurs publics et privés, qu’ils aient ou non appuyé les conservateurs de Doug Ford lors de la dernière élection provinciale, se sont rangés derrière le SCFP dans leur lutte contre le projet de loi 28.

« Si quelque chose devait unir le mouvement, c’était quelque chose comme cela », note Mme Ross. Le projet de loi 28 représentait une « crise existentielle » pour le mouvement syndical, dit-elle. Le premier ministre « secoué » n’avait pas le choix de révoquer la loi, pense la professeure. Dans deux décisions rendues en 2015, la Cour suprême a par ailleurs reconnu la protection constitutionnelle du droit de grève et a reconnu que la Charte « protège l’existence d’un processus véritable de négociation collective ».

Avec La Presse canadienne.

 

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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