Tamara Lich se méfiait des profiteurs au sein du Convoi

Tamara Lich, lors de son témoignage devant la Commission Rouleau sur l’état d’urgence, jeudi
Sean Kilpatrick La Presse canadienne Tamara Lich, lors de son témoignage devant la Commission Rouleau sur l’état d’urgence, jeudi

La femme qui a lancé la campagne de financement du Convoi de la liberté, dont les dons ont été presque entièrement gelés, se méfiait de groupes ayant un « ordre du jour », qu’elle suspectait de vouloir prendre le contrôle de l’événement.

« J’étais sur mes gardes quant à qui j’accordais ma confiance », a témoigné Tamara Lich à la Commission sur l’état d’urgence, en fin de journée jeudi.

Mme Lich a mentionné notamment le groupe Taking Back Our Freedoms, une organisation qui l’aurait approchée avec l’intention de profiter de la visibilité du convoi ou des millions de dollars amassés. Elle a par la suite expliqué avoir renoncé à rencontrer Maxime Bernier, le chef du Parti populaire du Canada, puisque son mouvement était strictement apolitique.

Comme l’avaient fait d’autres témoins proches des organisateurs du « Convoi de l’Ouest », tels que l’avocat Keith Wilson, Mme Lich s’est dissociée de certains éléments problématiques associés au Convoi de la liberté. Elle a par exemple dit avoir pris ses distances de l’influenceur Patrick « Pat » King pour ses propos controversés, ou de ne pas avoir pris connaissance du manifeste du groupe Canada Unity, qui suggérait un remplacement du gouvernement fédéral.

Cette femme originaire de Medicine Hat, en Alberta, est devenue célèbre l’hiver dernier pour avoir récolté 24 millions de dollars lors de deux campagnes de sociofinancement pour la cause du Convoi de la liberté. Elle était sur place durant l’essentiel de l’occupation des rues d’Ottawa, avant de se faire arrêter en février.

Tamara Lich a effectué deux séjours en prison pour diverses accusations en lien avec cette manifestation. Elle a fondu en larmes à plusieurs reprises lors de son témoignage devant le juge Paul Rouleau, notamment lorsqu’elle a dit qu’elle avait désormais honte d’être vue en public avec sa fille.

Des millions toujours gelés

 

Les avocats de la commission Rouleau ont présenté les résultats de leur enquête sur l’ensemble des dons d’internautes. Ils ont conclu que des millions versés aux deux campagnes de sociofinancement, à peine 26 000 dollars ont finalement pu être retirés. À cela s’ajoutent environ 800 000 dollars en cryptomonnaie et une fraction des 400 000 dollars reçus en transferts bancaires.

L’écrasante majorité des dons effectués pour la campagne de financement sur le site GoFundMe ou pour la seconde campagne de financement, sur le site GiveSendGo, a été remboursée aux donateurs. Toutefois, une partie de ces dons, comme le million d’abord autorisé par GoFundMe et le reste du 1,2 million de dollars levés en cryptomonnaie, s’est retrouvée gelée sous ordre de la cour.

Ces fonds sont maintenant dans un compte bancaire fiduciaire, en séquestre, d’ici à ce que soit entendue devant le tribunal une cause civile d’action collective contre les organisateurs du Convoi de la liberté.

Témoignages émotifs

 

Des organisateurs et des sympathisants bien en vue du Convoi de la liberté se relaient devant la commission Rouleau toute la semaine, et ce, jusqu’à vendredi. La Commission sur l’état d’urgence doit principalement déterminer si le gouvernement fédéral était en droit d’invoquer la Loi sur les mesures d’urgence le 14 février dernier pour déloger ce mouvement de protestation.

Il a notamment été possible d’entendre, jeudi, le camionneur James Bauder, membre de l’organisation de Canada Unity et auteur du manifeste controversé qui a été utilisé pour justifier les mesures d’urgence. L’Albertain a fini par reconnaître que son texte suggère bel et bien à la population de défaire le gouvernement démocratiquement élu.

M. Bauder a par moments fondu en larmes lors de son témoignage. Il a évoqué avoir contribué à faire venir jusqu’à 500 camions dans le convoi vers Ottawa, mais il a exagéré l’importance de son mouvement en indiquant avoir inspiré d’autres convois dans des villes canadiennes, comme celui de Québec, aux États-Unis et en Europe. Il a tenu de nombreux propos infondés, entre autres sur le vaccin contre la COVID-19.

Tous les autres organisateurs du Convoi de la liberté se sont dissociés de lui et de son groupe, Canada Unity. Pourtant, ce même groupe publiait sur son site des trajets vers Ottawa et était bien visible dans les rues de la capitale canadienne durant l’occupation.

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