La langue et la culture innues doivent dominer en classe, selon Uashat

La communauté innue enracinée à l’est de Sept-Îles, sur la Côte-Nord, négocie présentement avec Ottawa une entente régionale en éducation.
Valérian Mazataud Le Devoir La communauté innue enracinée à l’est de Sept-Îles, sur la Côte-Nord, négocie présentement avec Ottawa une entente régionale en éducation.

Après trois jours de sommet sur l’éducation, le constat est clair : la communauté d’Uashat mak Mani-utenam désire que la langue et la culture innues deviennent le socle de ses écoles. « Le temps est maintenant venu, selon le chef Mike Mckenzie […], de construire des programmes éducatifs pour nous et par nous. »

Les trois jours du sommet ont permis de dégager un « large consensus » quant aux désirs de la communauté en matière éducative, observe Vicky Lelièvre, directrice du secteur de l’éducation d’Innu Takuaikan Uashat mak Mani-utenam (ITUM). « L’heure est aux changements et à l’autodétermination […], [c’]est la voie dans laquelle nous devons orienter nos efforts. »

La communauté innue enracinée à l’est de Sept-Îles, sur la Côte-Nord, négocie présentement, avec Ottawa une entente régionale en éducation présentée par Services aux Autochtones Canada, lors d’une conférence tenue jeudi dans le cadre du sommet, comme un « outil administratif » basé sur les « besoins des jeunes ».

Il s’agit notamment d’un accord essentiellement financier qui peut servir de prélude à une entente d’autonomie gouvernementale. Cette dernière prévoit le rapatriement de plusieurs responsabilités dans le giron des communautés autochtones qui l’adoptent, notamment l’autodétermination et l’autogouvernance en matière d’éducation.

La communauté d’ITUM a clairement exprimé son désir d’aller en ce sens, croit Mme Lelièvre. « Nous voulons l’intégration systématique de notre langue et de notre culture dans nos programmes pour qu’elles n’occupent pas seulement une place secondaire par rapport au français, mais une place prédominante », souligne-t-elle.

Dans l’immédiat, ITUM analysera les commentaires laissés par la population en marge du sommet.

Une entente au printemps

 

L’été dernier, ITUM a signé une entente tripartite avec les gouvernements fédéral et provincial. Comme les revendications concernent, entre autres, le contenu des programmes éducatifs, des négociations sont à prévoir avec Québec.

« Avec le fédéral, c’est une question de financement, explique Mme Lelièvre. Avec le provincial, c’est surtout une question de juridiction. » ITUM veut élaborer sa propre loi en matière d’éducation, précise la directrice du secteur éducatif de la communauté innue. « La table créée par l’entente tripartite conclue cet été nous permettra de faire entendre nos revendications. »

L’entente régionale en éducation, quant à elle, pourrait être adoptée dès ce printemps. Vicky Lelièvre précise que cette dernière assurerait un financement pendant une période de cinq ans. Toutefois, si, en cours de route, la communauté constate des omissions, elle aura le loisir, conclut Mme Lelièvre, d’apporter des amendements.

Le sommet d’Uashat mak Mani-utenam survient quelques mois après la conclusion d’une entente, par le fédéral, avec 22 communautés autochtones. L’accord, qualifié d’« historique », prévoit 1,1 milliard de dollars consacrés à l’éducation des communautés signataires. D’autres, comme les Innus d’Uashat, ont préféré négocier une entente qui leur est propre.

« Le modèle éducatif en cours d’élaboration par ITUM sera innovateur et pourrait servir de modèle aux Premières Nations qui s’engagent dans un processus semblable. Les regards, conclut un communiqué émis à la suite du sommet, sont donc tournés vers Uashat mak Mani-utenam. »

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