Le legs mitigé de l’OCPM, 20 ans après sa création 

L’Office s’est penché sur de nombreux dossiers marquants de l’histoire récente de Montréal.
iStock L’Office s’est penché sur de nombreux dossiers marquants de l’histoire récente de Montréal.

La neutralité et la capacité d’action limitée de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) soulèvent des questions 20 ans après sa création. Pour remédier à cette situation, des voix s’élèvent pour obliger la Ville à répondre aux recommandations de l’organisme et à lui confier systématiquement certains dossiers nécessitant de recueillir l’opinion du public.

De la construction du Centre universitaire de santé McGill au réaménagement du site de l’ancien Hôpital de Montréal pour enfants, en passant par des projets immobiliers dans le quartier Griffintown et une consultation sur le racisme systémique dans la métropole : l’OCPM s’est penché sur de nombreux dossiers marquants de l’histoire récente de Montréal depuis la tenue de sa première consultation publique, en octobre 2002.

« Tout le génie des consultations faites par l’Office, c’est qu’on a créé un espace où les gens peuvent délibérer devant une instance qui n’a pas de parti pris », les commissaires qui chapeautent les consultations de l’OCPM n’étant ni des élus ni des employés municipaux, souligne le secrétaire général de l’organisme depuis ses débuts, Luc Doray. « C’est un terrain complètement neutre », affirme celui qui prendra sa retraite à la fin de l’année.

Ces quelque 180 consultations, qui ont réuni plus de 80 000 participants au fil des années, ont permis à l’OCPM de rédiger de nombreuses recommandations qui ont contribué, dans plusieurs cas, à guider les actions de la Ville depuis 20 ans. Une consultation publique tenue à Griffintown en 2012, au moment où une vingtaine de projets immobiliers étaient en cours d’analyse dans ce quartier du Sud-Ouest, a notamment incité l’administration municipale de l’époque à prévoir la création d’espaces verts et de logements sociaux dans ce secteur, rappelle l’urbaniste Richard Bergeron. Ce dernier était à l’époque le chef du parti Projet Montréal, alors dans l’opposition à l’Hôtel de Ville.

« Au final, ça fait un sacré beau quartier », même si une école tarde à y voir le jour, de même qu’une desserte efficace en transport en commun, dit M. Bergeron.

Plus récemment, le rapport de consultation déposé en 2020 concernant la discrimination et le racisme systémiques a forcé la Ville et son corps de police à reconnaître l’existence de ce phénomène dans leurs rangs. Dans les mois qui ont suivi cette consultation, la Ville a également nommé Bochra Manaï comme commissaire à la lutte contre le racisme et la discrimination systémiques.

L’OCPM a d’ailleurs joué un rôle important d’information auprès du public au fil des ans, notamment sur des dossiers concernant la protection du patrimoine, indique le directeur des politiques d’Héritage Montréal, Dinu Bumbaru. « Il y a des documents qui seraient restés à l’interne à la Ville jusqu’à la fin des temps si l’OCPM n’avait pas existé », fait-il valoir.

« Une dérive »

Richard Bergeron se questionne cependant sur la neutralité de l’organisme, qui s’est selon lui dégradée dans les dernières années. « J’ai l’impression que l’OCPM est trop proche des administrations en place » à l’hôtel de ville.

L’urbaniste souligne notamment le fait que l’organisme se base principalement sur une documentation fournie par la Ville pour analyser les projets que lui soumet celle-ci. M. Bergeron fait aussi remarquer que l’ancienne présidente de l’OCPM, Dominique Ollivier, est devenue présidente du comité exécutif de la Ville en novembre 2021. « Ce n’est pas anodin », dit-il.

Ainsi, dans les dernières années, « j’ai vu une dérive, une trop grande proximité avec l’administration, doublée d’une incapacité [de l’OCPM] à générer sa propre information », ajoute-t-il. Selon lui, « l’OCPM doit pouvoir se montrer critique, et elle le fait de moins en moins ». Une analyse que rejette le secrétaire général de l’OCPM.

« On n’a pas l’impression d’être très complaisants avec la Ville », lance Luc Doray, qui rappelle entre autres le rapport très critique à l’endroit de l’administration municipale fait par l’OCPM à la fin d’août, concernant un projet de règlement prévu pour la tour 6 du projet immobilier prévu sur le site de l’ancien Hôpital de Montréal pour enfants. La Ville voulait faire passer de 20 à 4 le nombre d’étages de ladite tour. Le rapport final déplore notamment le manque d’informations fournies par la Ville pour aider l’OCPM à mener à bien cette consultation. « La consultation ne s’est pas déroulée dans les conditions de transparence, de sérénité et de confiance auxquelles les participants auraient été en droit de s’attendre », peut-on lire dans ce vaste document.

Une « crédibilité » à maintenir

M. Doray reconnaît cependant que des améliorations s’imposent pour améliorer l’efficacité et conserver la « crédibilité » de l’OCPM. En ce sens, il propose que la Ville soit dans l’obligation de donner suite par écrit aux rapports de l’organisme en précisant lesquelles de ses recommandations elle compte mettre en application.

« On voudrait que la Ville fasse un suivi et nous dise pourquoi elle prend une recommandation ou non », résume la présidente de l’OCPM, Isabelle Beaulieu, en poste depuis février dernier.

Actuellement, l’administration municipale a le loisir de décider, dans la majorité des dossiers, si ceux-ci méritent ou non de faire l’objet d’une consultation menée par l’OCPM. « Et ça, c’est une faiblesse », croit Luc Doray. Ce dernier estime donc que Montréal devrait s’inspirer de Longueuil, où son nouvel office de participation publique sera appelé à se pencher, de façon systématique, sur tous les projets d’aménagement nécessitant une modification au plan d’urbanisme de cette ville de la Rive-Sud.

Si un nombre accru de dossiers est confié à l’OCPM, il faudra toutefois que son budget soit augmenté en conséquence, affirme Mme Beaulieu. Son dernier rapport annuel faisait état d’un budget de 2,35 millions de dollars.

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