La police ne s’attendait pas à ce que les résidents soient pris comme levier à Ottawa

Le chef intérimaire de la police d’Ottawa Steve Bell, lors de son témoignage devant la commission d’enquête publique, lundi, dans la capitale fédérale.
Adrian Wyld La Presse canadienne Le chef intérimaire de la police d’Ottawa Steve Bell, lors de son témoignage devant la commission d’enquête publique, lundi, dans la capitale fédérale.

Juste avant le début des manifestations à Ottawa l’hiver dernier, la police municipale n’avait pas de renseignement suggérant que le Convoi de la liberté utiliserait les résidents comme un « levier », soutient le chef de la police par intérim, Steve Bell.

M. Bell témoigne lundi devant la Commission sur l’état d’urgence, qui enquête sur le recours, par le gouvernement libéral fédéral, à la Loi sur les mesures d’urgence pour déloger les manifestants.

M. Bell était chef adjoint de la police d’Ottawa, et responsable du renseignement, lorsque le convoi est arrivé dans la capitale fédérale. Il a été promu chef par intérim du service à la mi-février, après la démission de Peter Sloly.

Le procureur de la commission Frank Au a passé la matinée à interroger M. Bell sur les éléments de renseignement dont disposait la police municipale avant la manifestation, y compris une évaluation de la menace que la police avait préparée avant l’arrivée prévue du convoi à Ottawa le 29 janvier.

La commission a appris la semaine dernière qu’une association d’hôteliers de la région de la capitale avait prévenu l’administration municipale et la police d’Ottawa, avant l’arrivée des manifestants, que des participants réservaient des chambres pour 30 jours.

Le rapport d’évaluation de la menace du 29 janvier indiquait que les manifestants venaient en grand nombre et qu’ils disposaient de fonds pour payer la nourriture et l’hébergement. Le rapport indiquait aussi que les conditions étaient réunies pour que les émotions soient vives dans la capitale.

Mais M. Bell a témoigné lundi que le renseignement disponible avant l’arrivée des manifestants montrait que l’événement durerait essentiellement trois jours, sauf pour un petit nombre de gens qui pourrait rester plus d’une fin de semaine.

Le chef Bell a également déclaré à la commission que selon les services de renseignement, il y avait beaucoup de gens impliqués dans le convoi, mais qu’ils avaient été « extrêmement respectueux des lois » lorsqu’ils convergeaient vers Ottawa.

« Il y avait des gens qui se déplaçaient à travers tout le pays, déterminés à être entendus, mais ils étaient pacifiques, a déclaré M. Bell lundi. Ils ont indiqué que leur intention était d’être pacifiques lorsqu’ils sont arrivés ici. » M. Bell a admis que ce n’était pas ce qui s’est finalement passé.

Au cours de son témoignage, il a déclaré à plusieurs reprises que la manifestation de trois semaines avait infligé aux résidents d’Ottawa « violence », « blessures » et « traumatismes ». Il a soutenu que rien dans le renseignement n’indiquait que les manifestants finiraient par utiliser les résidents d’Ottawa « comme levier pour faire entendre leur voix ».

M. Bell a par ailleurs déclaré que sur la base des renseignements recueillis avant l’arrivée des manifestants, la police ne croyait pas qu’elle avait le droit de leur refuser l’accès au centre-ville.

M. Bell a aussi souligné que la police avait tiré des leçons de sa gestion de février. Il a rappelé à la commission que la manifestation « Rolling Thunder », que les manifestants ont organisée plusieurs mois plus tard, n’a pas donné lieu à des blocages prolongés à Ottawa.

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