Pascal Élie, le rire avant tout

«Gentil», «humble», «sensible», «chic type», sont des mots prononcés par toutes les personnes contactées par «Le Devoir» qui ont rendu hommage à Pascal.
Photo: Florent Daudens Archives Le Devoir «Gentil», «humble», «sensible», «chic type», sont des mots prononcés par toutes les personnes contactées par «Le Devoir» qui ont rendu hommage à Pascal.

Le caricaturiste du Devoir Pascal Élie, dit Pascal, est décédé vendredi des conséquences d’une maladie dégénérative qu’il combattait depuis une décennie. Reconnu pour son « approche graphique très personnelle », il s’est taillé une place de renom parmi ses « complices » québécois en misant sur la dimension « humoristique » du dessin de presse.

« Je perds aujourd’hui un ami, mais je perds aussi un confrère », a confié au téléphone le caricaturiste de La Presse, Serge Chapleau.

Depuis quelques années, il avait fait de ses discussions téléphoniques avec Pascal un rendez-vous quotidien. Exerçant un métier « solitaire », les deux amis aimaient se raconter leurs idées, parler de technique de dessin ou de leur vie de famille.

« Ce n’est pas quelqu’un qui avait une rivalité professionnelle, de la jalousie. […] Si on veut chercher l’incarnation de la définition du gentleman, on a juste à mettre une photo de Pascal », a dit le directeur du Devoir, Brian Myles, un ami de longue date du caricaturiste. 

Illustration: Pascal «Son dernier dessin pour nous, alors qu’il était malade, c’est un beau clin d’œil», selon Brian Myles. Après avoir jeté de la soupe sur les «Tournesols» de Van Gogh, deux militantes environnementalistes se retrouvent, sous le trait de Pascal, face à une boîte de soupe de Campbell peinte par Andy Warhol. «Il faut avoir des référents culturels pour comprendre les écologistes qui sont pris dans l’arroseur arrosé», reconnaît M. Myles. «Celle-là est vraiment exceptionnelle», estime Chapleau qui «regrette encore aujourd’hui [de ne pas lui avoir envoyé un] courriel pour lui dire: “génial”. C’était très beau.»

C’est d’ailleurs M. Myles, alors fraîchement nommé directeur du Devoir, qui a choisi en 2016 Pascal pour succéder à Michel « Garnotte » Garneau, comme caricaturiste à temps plein.

« Pascal était déjà un caricaturiste connu qui travaillait pour [le quotidien montréalais anglophone The Gazette] comme collaborateur régulier. C’est rare pour un caricaturiste d’être capable de travailler des deux côtés de la frontière linguistique. Pascal était capable de comprendre les codes, les subtilités du public de la Gazette, puis il a nagé comme un poisson dans l’eau dans les subtilités du Québec francophone », a souligné Brian Myles. « Savoir dessiner, c’est une chose. Faire un gag, c’en est une autre. Mais faire un gag avec le référent culturel pour le public, c’était un attribut élevé. »

« Son dernier dessin pour nous, alors qu’il était malade, c’est un beau clin d’oeil », selon Brian Myles. Après avoir jeté de la soupe sur les Tournesols de Van Gogh, deux militantes environnementalistes se retrouvent, sous les traits de Pascal, face à une boîte de soupe de Campbell peinte par Andy Warhol. « Il faut avoir des référents culturels pour comprendre les écologistes qui sont pris dans le piège de l’arroseur arrosé », a reconnu M. Myles.

« Celle-là est vraiment exceptionnelle », a estimé Chapleau, qui « regrette encore aujourd’hui [de ne pas lui avoir envoyé un] courriel pour lui dire : “Génial”. C’était très beau. »

Illustration: Pascal

Une autre des caricatures dont se souvient Aislin est un autoportrait de Pascal, «assis et pensant comme le Penseur de Rodin. Il songe, mais sa pensée est remplie par une toile d’araignée.»

« Une consécration »

Né en 1959, Pascal a été un « éternel pigiste ». Diplômé en arts visuels et en droit, il est passé par Le Journal du Barreau, The Gazette, et a collaboré à La Presse, aux Affaires, aux hebdomadaires de Transcontinental ainsi qu’au magazine de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec Le Trente.

« Quand [Pascal] a obtenu ce poste-là [au Devoir], il était complètement éberlué. C’était sa première job permanente », a rappelé Marie-Andrée Chouinard, rédactrice en chef. « Puis Le Devoir, ce n’est pas rien. C’était le journal qui était vénéré par ses parents. Je ne veux pas avoir l’air d’exagérer les choses en disant ça, mais travailler au Devoir c’était une consécration, une grande fierté pour lui, autant que pour nous d’ailleurs », a renchéri Brian Myles.

« Gentil », « humble », « sensible », « chic type », sont des mots prononcés par toutes les personnes contactées par Le Devoir qui ont rendu hommage à Pascal.

« J’ai discuté [du départ de Pascal] avec des caricaturistes à travers tout le Canada, et tout le monde l’adorait, rapporte Terry Mosher, qui dessine sous le nom d’Aislin pour The Gazette, où il a côtoyé Pascal, à partir de 1972. Il était bon à tous les niveaux : sur Montréal, sur le Québec, sur Ottawa, de temps en temps sur l’Amérique, et il était très bon sur l’humain. Souvent, ses bonnes caricatures prenaient place dans une chambre à coucher, avec un couple qui discute. Il était très empathique. »

« Je tiens à lui rendre hommage parce que j’ai adoré travailler avec lui, a dit Garnotte, qui a partagé le carré éditorial du Devoir avec Pascal de 2016 à 2019. […] Je suis en deuil d’un bon ami. J’ai rarement vu quelqu’un d’aussi généreux. Dans le métier, c’était une soie. C’était un bon dessinateur, qui essayait d’abord de faire rire les gens. »

« Pascal s’est toujours défendu de faire de l’éditorial. Le caractère humoristique de ses dessins était très important pour lui. […] Son regard de caricaturiste, pour moi, c’était le regard du citoyen sur une réalité parfois absurde et aberrante, et des clins d’oeil qui nous faisaient rire », a renchéri Mme Chouinard.

Illustration: Pascal

« Il n’était pas vindicatif. Il ne cherchait pas à faire un dessin méchant, il cherchait à faire réfléchir puis à faire sourire le lecteur, pour qu’il puisse prendre une certaine distance », a souligné Michel Garneau.

S’il y a une autre caractéristique de Pascal qui semble faire l’unanimité, c’est son perfectionnisme. « C’était un grand travailleur. Il pouvait recommencer plusieurs fois différentes pistes, et travaillait jusqu’à ce qu’il soit vraiment satisfait », a rappelé M. Garneau. « Puis il avait une approche graphique très personnelle, avec un trait très près de l’esquisse. Il essayait d’être le plus naturel possible en dessinant, mais tout ça avec énormément de travail. »

« Si vous regardez un de ses dessins de loin, vous savez immédiatement qu’il a été fait par Pascal », a constaté Aislin. « Et là, ce qui est triste, c’est qu’on ne verra plus de dessins de Pascal », a déploré, ému, Serge Chapleau.

Malgré sa maladie « impitoyable », qu’il combattait « avec courage et détermination », Pascal travaillait inlassablement ses caricatures, qui finissaient par se polir en petits « bijoux », a raconté Brian Myles. « Il était un peu torturé, il faut le dire. Des fois, il trouvait une bonne idée le matin à 9 h, puis il passait le reste de la journée à la compliquer. »

« Quand sa maladie a empiré, sa vie est devenue très calculée », a dit Aislin, qui raconte que Pascal devait prendre des médicaments à des heures précises pour réguler les effets de sa maladie et pouvoir travailler. Mais Pascal ne « voulait pas qu’on le considère comme quelqu’un de malade », a ajouté Garnotte.

« Je lui lève mon chapeau, et c’est sûr qu’il va laisser un grand vide au Devoir », a salué son prédécesseur.

Pascal Élie laisse dans un profond deuil ses « complices » de la caricature, ses collègues du journal, sa conjointe et ses deux enfants.


Illustration: Pascal «C’est très drôle, c’est aussi très très original, dit Aislin. Ça pourrait être n’importe qui à Montréal en hiver. Ils se promènent, tout est gris. C’est un concept merveilleux de se promener et de comprendre soudainement que ce n’est pas votre partenaire. Mais ce n’est pas grave, parce que vous êtes pas mal comme tout le monde. C’est hilarant.»
Illustration: Pascal
Illustration: Pascal
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