Jour d’élections municipales en Ontario

La crise du logement à Toronto est l’un des enjeux clés pour l’électorat. D’après le rapport mensuel d’octobre du site Rentals.ca, le prix moyen d’un logement d’une chambre dans la Ville Reine atteint 2474$, contre 1532$ à Montréal. Sur la photo, un bureau de vote, à Toronto, lors des élections municipales de 2018.
Photo: Chris Young La Presse canadienne La crise du logement à Toronto est l’un des enjeux clés pour l’électorat. D’après le rapport mensuel d’octobre du site Rentals.ca, le prix moyen d’un logement d’une chambre dans la Ville Reine atteint 2474$, contre 1532$ à Montréal. Sur la photo, un bureau de vote, à Toronto, lors des élections municipales de 2018.

Les Ontariens sont appelés aux urnes lundi dans le cadre des élections municipales. Les candidats des deux plus grandes villes de la province — Toronto et Ottawa — mettront fin à des campagnes se déroulant aux antipodes, tandis qu’ailleurs en Ontario, deux anciens leaders de partis provinciaux tenteront de poursuivre leur carrière en politique municipale.

La campagne électorale dans la capitale canadienne opposant Catherine McKenney et Mark Sutcliffe a suscité les passions, et l’élection promet d’être l’une des plus intéressantes. Catherine McKenney, qui s’identifie comme non binaire et siégeait au conseil municipal, avait une avance de près de 20 points de pourcentage sur son principal opposant en juillet, mais celle-ci s’est depuis rétrécie. Quatre points de pourcentage séparent maintenant les candidats. Tous deux cherchent à remplacer Jim Watson, maire en poste depuis 2010.

La campagne a mis en opposition Ottaviens ruraux et urbains, progressistes et centristes, et même les francophones. Le 1er octobre, Le Devoir révélait qu’un groupe de Franco-Ottaviens influents, mené entre autres par l’avocat Ronald Caza, avait organisé une levée de fonds pour Mark Sutcliffe, l’un des seuls candidats bilingues dans la course. L’invitation avait été lancée avant même que l’ancien journaliste ne présente une plateforme pour la protection du français.

Dans sa plateforme, beaucoup plus étoffée que celle de son adversaire, Mark Sutcliffe promet de « travailler à renforcer la politique de bilinguisme », le texte régissant la vie francophone à Ottawa. Celle-ci n’a pas été renforcée depuis son enchâssement législatif en 2017. Catherine McKenney, qui n’est pas en mesure de réaliser des entrevues en français, promet pour sa part de réaliser un audit pour déterminer les failles dans les services rendus en français par la Ville d’Ottawa.

Le 19 octobre, une vingtaine de militants francophones ont néanmoins signé une lettre appuyant la candidature de Catherine McKenney. « Catherine met de l’avant des propositions tangibles pour améliorer les services municipaux afin qu’ils répondent aux besoins des francophones ». Le jour précédent, le site Web Press Progress, fondé par l’Institut Broadbent, a relevé que dans une chronique signée en 2006, Mark Sutcliffe suggérait que la Ville d’Ottawa devrait cesser de financer le Festival franco-ontarien.

L’élection ne se décidera pas toutefois seulement en matière de francophonie. Catherine McKenney souhaite investir 250 millions de dollars dans la construction de pistes cyclables grâce à des obligations vertes. Mark Sutcliffe a dénoncé le manque d’équilibre dans son plan. « Les pistes cyclables ne vous permettront pas d’aller à l’épicerie », a-t-il dit. La gestion des services policiers divise elle aussi. Au conseil municipal, Catherine McKenney a déjà voté en faveur d’un désinvestissement, ce qui a attiré les critiques du syndicat des policiers durant la campagne. Mark Sutcliffe veut augmenter le budget de la police.

Campagne timide à Toronto

La course à la mairie à Toronto n’a pas fait autant de vagues, le maire sortant John Tory n’ayant entre autres participé qu’à deux débats. Celui qui occupe le poste depuis 2014 a amorcé la campagne en position de tête et n’a jamais vraiment été menacé, récoltant environ 56 % des intentions de vote. Bien qu’il se soit lancé assez tardivement dans la course, son principal adversaire, l’urbaniste de renommée internationale Gil Penalosa, obtient l’appui de 20 % de l’électorat. En entrevue avec Le Devoir, ce dernier a confié qu’il aurait aimé voir la mairesse de Montréal Valérie Plante à la tête de la Ville Reine.

La crise du logement à Toronto est l’un des enjeux clés pour l’électorat. D’après le rapport mensuel d’octobre du site Rentals.ca, le prix moyen d’un logement d’une chambre dans la Ville Reine atteint 2474 $, contre 1532 $ à Montréal. John Tory promet d’augmenter le nombre d’unités du « milieu manquant », le terme employé à Toronto pour décrire les duplex et triplex, par exemple. Quant à lui, Gil Penalosa veut mettre fin au type de zonage qui ne permet que la construction de maisons unifamiliales.

Le prochain maire de Toronto entrera en poste avec des pouvoirs accrus octroyés par la province au mois de septembre. À partir de novembre, soit une semaine après l’élection, les maires de Toronto et d’autres grandes villes, dont Ottawa, pourront opposer leur veto à un règlement qui fait entrave aux priorités provinciales, comme la construction de 1,5 million de domiciles en 10 ans. Grâce à ses nouveaux pouvoirs, le maire de Toronto pourra aussi préparer lui-même le budget.

Opposants de Ford dans la course

 

Quatre mois seulement après s’être avoués vaincus lors de l’élection provinciale, les anciens chefs du NPD et du Parti libéral de l’Ontario, Andrea Horwath et Steven Del Duca, pourraient bénéficier de ces nouveaux « superpouvoirs ». La première se présente à la mairie de Hamilton, la cinquième plus grande ville de la province, tandis que le second convoite le poste à Vaughan, une municipalité au nord de Toronto connue pour le parc d’attractions Canada’s Wonderland.

Pour l’instant, seuls les maires des villes de Toronto et Ottawa obtiendront ces pouvoirs, mais le premier ministre Doug Ford, qui a remporté l’élection de juin, a laissé entendre que d’autres grandes municipalités seront munies de cette autorité. D’après le Toronto Star, Hamilton et Vaughan seraient du lot. Steven Del Duca détient une bonne avance de 10 points de pourcentage sur son adversaire, tandis que Andrea Horwath, une ancienne conseillère municipale à Hamilton, a une avance d’environ huit points.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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