Accélérer la transition énergétique

François Legault livre un discours après l’assermentation de son cabinet jeudi.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne François Legault livre un discours après l’assermentation de son cabinet jeudi.

Après avoir raillé les « comités », les « forums », les « tables » et autres groupes de discussion, le premier ministre François Legault annonce en grande pompe la création d’un « comité sur l’économie et la transition énergétique ». Que doit-on en comprendre ?

« On va décarboner le Québec », a fait valoir M. Legault après la présentation de son nouveau Conseil des ministres — et comité —, jeudi après-midi.

Le comité sur l’économie et la transition énergétique n’est pas un « comité » comme ceux qu’il tournait en ridicule, assure un membre de sa garde rapprochée au Devoir. « C’est un comité exécutif. Ce n’est pas pour jaser. C’est pour “grounder” l’action gouvernementale », poursuit-il, rappelant que le premier ministre présidera ses travaux.

Ainsi, M. Legault pourra non seulement continuer de « jaser d’environnement » avec ses fils « le vendredi soir », mais aussi donner « une direction claire et affirmée » à des acteurs clés de la transition énergétique au sein de l’État québécois, soit les ministres Pierre Fitzgibbon (Économie, Innovation et Énergie), Eric Girard (Finances), Benoit Charette (Lutte contre les changements climatiques), Ian Lafrenière (Relations avec les Premières Nations et les Inuits) ainsi que la présidente-directrice générale d’Hydro-Québec, Sophie Brochu. Il pourra, au besoin, trancher les différends entre eux.

L’idée de créer un comité primo ministériel sur la décarbonation de la société québécoise au moyen de l’hydroélectricité germait dans la tête du premier ministre depuis quelque temps. Mais, la décision d’inscrire le nom de Sophie Brochu sur la liste des participants a été prise seulement après que celle-ci eut évoqué publiquement ses craintes de voir la société d’État brader son électricité. La p.-d.g. d’Hydro-Québec offrira à l’occasion une « perspective différente » de celle des ministres comme M. Fitzgibbon, selon qui « l’énergie renouvelable va servir deux objectifs : […] créer de la richesse collective […], mais aussi de verdir l’économie », souligne une source gouvernementale.

L’ancien premier fonctionnaire de l’État québécois Louis Bernard ne trouve pas bête du tout l’idée de former un comité. « Si c’est un comité qui se réunit régulièrement, puis qui fonctionne bien, ça va être intégré simplement dans les modes de fonctionnement [de la machine gouvernementale et] ça peut être très utile. Si c’est un comité qui arbitre, c’est un autre genre. Chacun a ses positions, puis va en débattre devant le premier ministre. C’est bien différent », fait-il remarquer dans un échange avec Le Devoir.

Même s’il n’invitera pas les chefs des autres partis politiques à grossir les rangs de son comité, M. Legault n’en est pas moins intéressé à entendre leurs « meilleures idées » afin d’accélérer la transition énergétique sans braquer l’opinion publique.

Le gouvernement caquiste rejette l’idée de frapper les véhicules les plus polluants d’une nouvelle taxe, comme l’a proposé Québec solidaire en campagne électorale. Il est toutefois prêt à discuter d’autres propositions faites par ses adversaires politiques, comme celle de couper les tarifs des transports en commun (Québec solidaire) ou encore celle de créer une « PasseClimat » donnant un accès illimité aux transports en commun pour 365 dollars par année (Parti québécois). « Il y a une piste de ce côté-là », mentionne un conseiller politique, selon qui « c’est le moment où on peut mettre l’orgueil de côté ».

« Je suis sincère quand je dis que je veux rencontrer les oppositions. [La lutte contre les GES,] il faut que ça soit un projet commun. Puis je m’engage à y travailler, puis à y mettre beaucoup d’énergie dans les prochains mois », a déclaré M. Legault devant les membres du Conseil des ministres, leurs invités et les « artisans » de la Coalition avenir Québec jeudi. « Je dois ça à mes deux gars, mais on doit ça aussi à toutes les prochaines générations. C’est important d’y travailler », a-t-il renchéri.

D’ailleurs, la « pression la plus forte » ou presque exercée sur le gouvernement afin qu’il intensifie la lutte contre les changements climatiques ne provient pas des groupes de pression, mais plutôt des enfants des membres du Conseil des ministres, a-t-on confié au Devoir.

Action

Disant ne « pas [être] un grand fan des comités, des forums et des tables », M. Legault avait mis sur pied, en juin 2020, le « Groupe d’action contre le racisme (GACR) ». « Le mot important, c’est action », avait-il lancé dans la foulée de la mort de George Floyd sous le genou d’un policier aux États-Unis et des manifestations antiracistes qui ont suivi. Le GACR avait mis quelque six mois pour « identifier une série d’actions efficaces afin de lutter contre le racisme ». À ce jour, plusieurs d’entre elles ne sont toujours pas déployées, dont la « formation obligatoire sur la question du racisme pour tout le personnel de l’État ».



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