À Toronto, une anglophone demeure candidate au poste de conseillère scolaire francophone

Depuis plus d’une semaine, des parents du Conseil scolaire Viamonde se questionnent sur l’absence d’information au sujet de deux candidats anglophones au poste de conseiller scolaire de leur district électoral du centre-ville de Toronto.
Frank Gunn La Presse canadienne Depuis plus d’une semaine, des parents du Conseil scolaire Viamonde se questionnent sur l’absence d’information au sujet de deux candidats anglophones au poste de conseiller scolaire de leur district électoral du centre-ville de Toronto.

Une candidate anglophone à un poste de conseiller scolaire francophone, à Toronto, ne baisse pas les bras malgré l’annulation, mercredi soir, de l’élection à laquelle elle participait. Amina Bibi Bhaiyat souhaite se présenter de nouveau lors de l’élection partielle qui aura lieu après le 24 octobre.

Depuis plus d’une semaine, des parents du Conseil scolaire francophone Viamonde se questionnaient sur l’absence d’information au sujet de deux candidats anglophones au poste de conseiller scolaire de leur district électoral du centre-ville de Toronto. Le conseil, composé de 14 membres, prend des décisions stratégiques pour l’organisation et est notamment responsable des politiques en vigueur à l’intérieur des établissements. Le conseil détermine le « quoi », tandis que les directions d’école se chargent du « comment ».

Mercredi, la Ville a finalement informé le public que l’élection du conseiller de district le 24 octobre serait reprise ultérieurement. La décision est liée au fait qu’un des candidats n’était pas éligible : soit sa langue maternelle n’est pas le français, il n’a pas étudié au primaire en français, ou son enfant n’a pas étudié en français. Un candidat ne peut être élu par acclamation si son opposant est disqualifié.

Joseph Frascà, l’opposant d’Amina Bibi Bhaiyat, a confirmé au Devoir qu’il était bien disqualifié, une information d’abord rapportée par le Toronto Star. Le Torontois affirme qu’il aurait été un bon conseiller scolaire, même s’il n’est pas bilingue. Mercredi matin, Cameron MacLeod, un autre parent de Viamonde, a envoyé un courriel au directeur municipal pour l’informer que Joseph Frascà n’était pas éligible. « L’erreur d’une personne a un impact sur moi », s’est désolée Amina Bibi Bhaiyat.

Aucune date n’a été fixée pour l’élection partielle qui détermina l’identité du prochain conseiller scolaire. Mais Amina Bibi Bhaiyat, qui est critiquée pour avoir tenu des propos controversés à l’égard des Autochtones et de la communauté LGBTQ en entrevue avec The Local, compte encore y participer. « Je dois accepter la décision des autorités, mais je ne suis pas très contente de leur décision », a-t-elle laissé tomber. Cette dernière soutient que ses droits en tant que Musulmane ont été brimés.

Une autre candidature sur pause

 

Jeudi, un autre candidat torontois au poste de conseiller dans un conseil scolaire francophone a mis sa campagne sur pause. Salah Rawdat, qui souhaitait représenter les parents du Conseil scolaire catholique MonAvenir, à Toronto, l’a fait savoir par l’entremise d’un courriel automatisé. Au téléphone, quelques heures après son annonce, le candidat, qui est une connaissance de Joseph Frascà, a déclaré qu’il était en discussion avec Élections Toronto pour déterminer son éligibilité.

Le 19 octobre, Salah Rawdat a publié une vidéo dans laquelle il répondait à des questions envoyées par des parents de l’école élémentaire catholique Georges-Étienne-Cartier de Toronto. « Je suis légalement éligible comme conseiller scolaire pour MonAvenir. Il n’y avait aucune exigence par rapport au français quand j’ai postulé. Ma femme et moi pouvons communiquer en français, et nous élevons notre fils pour qu’il apprenne le français », a-t-il expliqué dans la vidéo.

Dans un courriel envoyé à la Ville de Toronto cette semaine, des parents de MonAvenir ont eux aussi remis en question la qualification de certains candidats, dont Salah Rawdat. Dans une réponse obtenue par Le Devoir, une employée du bureau du directeur municipal a par contre informé les parents qu’« aucune action ne serait prise » et que l’élection dans la circonscription 4 de MonAvenir, où se présente Salah Rawdat, aurait lieu comme prévu lundi prochain.

Depuis la publication de cet article, le candidat Salah Rawdat a informé des parents du Conseil scolaire catholique MonAvenir qu’il mettait fin à sa campagne. « Il y a des meilleurs candidats pour cette poste », a-t-il fait savoir par courriel.

Le travail en français

Un parent qui ne parle pas français peut techniquement être candidat puisqu’il ne faut pas nécessairement être bilingue pour être « ayant droit » au français (selon l’article 23 de la Charte). Une personne pourrait par exemple être éligible si elle a reçu son éducation élémentaire en français, même si elle ne le parle plus. L’avocat en droit linguistique Mark Power note toutefois que la Cour suprême a « clairement énoncé » que les conseils scolaires francophones devaient fonctionner à l’interne en français, ce qui inclut les activités du conseil.

Geneviève Oger, la présidente sortante du Conseil scolaire Viamonde, dit avoir manqué de sommeil en raison de la controverse des derniers jours. Il est « inimaginable » d’avoir un conseiller scolaire qui n’est pas francophone, dit-elle. « Il y a des centaines de pages à lire avant les réunions mensuelles », note-t-elle. La membre du conseil, qui a été réélue par acclamation, espère que de nouveaux candidats francophones se manifesteront à l’occasion de l’élection partielle.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.
 



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