Les bénévoles manquent à l’appel au Québec

Les compétitions de nage attirent de plus en plus d’athlètes, mais les juges, chronométreurs et autres bénévoles cruciaux pour la tenuede l’événementse désistenten quantité.
Valérian Mazataud Archives Le Devoir Les compétitions de nage attirent de plus en plus d’athlètes, mais les juges, chronométreurs et autres bénévoles cruciaux pour la tenuede l’événementse désistenten quantité.

Le bénévolat, pierre angulaire d’innombrables événements au Québec, souffre d’un désengagement. Dans le sport et le loisir surtout, ce manque de volontaires complique sérieusement la tenue de compétitions.

« L’implication des gens n’est plus ce qu’elle était. Les disponibilités des gens ne sont plus ce qu’elles étaient », laisse tomber en entrevue Francis Ménard, directeur général de la Fédération de natation du Québec. Les compétitions de nage attirent de plus en plus d’athlètes, mais les juges, chronométreurs et autres bénévoles cruciaux pour la tenue de l’événement se désistent en quantité. « On manque d’officiels dans presque toutes les compétitions », confirme Stéphanie Gagné, qui s’occupe du service aux membres.

Aucune statistique ne permet de chiffrer ce désistement, mais cette baisse du volontariat semble généralisée, selon les organismes des sports et loisirs contactés par Le Devoir.

 

À titre d’exemple, le marathon de Québec a eu de la difficulté à pourvoir tous ses postes pour sa course du début d’octobre. Environ 20 % des bénévoles manquaient à l’appel à deux semaines du coup de départ. Heureusement, un « appel du coeur » lancé quelques jours avant la course a pu assurer la bonne tenue de l’événement.

Près de 500 000 bénévoles oeuvrent dans le domaine du loisir au Québec.

« Je ne sais pas quel mur on va frapper et quand on va le frapper, mais on va devoir revoir notre modèle d’affaires », assure Francis Ménard.

« Il y a des groupes de bénévoles qui ont complètement disparu », confirme la directrice générale du Conseil québécois du loisir, Sonia Vaillancourt. « Il y a des plages de temps où il n’y a plus de loisirs, parce qu’il n’y a personne pour encadrer ça. Il y a une très grande pression. Il y a moins de bénévoles et, là, tout le monde veut redémarrer les activités comme avant, ou presque. Tout ne peut pas se faire. Si on ne peut pas en accueillir 300, on va en accueillir 100. On finit par s’organiser. »

La saison de hockey amateur commence à peine et on constate déjà que le recrutement d’entraîneurs et d’administrateurs bénévoles apparaît plus difficile qu’avant, selon Dave Leclerc, directeur de la régie, des officiels et du hockey scolaire pour Hockey Québec. « Beaucoup ne sont pas revenus après la pandémie. »

Aucun match ne devrait être annulé, étant donné le nombre de passionnés. Cependant, la pression se fera sentir lors des tournois qui exigent beaucoup de bénévoles. « Je vois déjà [les organisateurs de tournois] faire des annonces sur les réseaux sociaux et lancer des appels à tous. […] Je sais que les tournois ont beaucoup de difficultés. »

Une relation à revoir

Certaines courses se voient forcer de revoir leurs trajets afin que les athlètes courent sur des lignes droites, évitant ainsi, entre autres, l’installation de barrière aux coins des rues et le besoin de bénévoles, observe la directrice générale de Sports Québec, Isabelle Ducharme. Lors des compétitions, au lieu d’avoir des bénévoles pour la remise de médailles, celles-ci sont confiées aux entraîneurs qui vont eux-mêmes les remettre aux athlètes. « Tout le monde se remet en question. »

Le « secret », confie Marilyne Fournier, directrice générale du Réseau de l’action bénévole du Québec, c’est de rester en contact avec les bénévoles même quand il n’y a pas d’activités. « Le bénévolat, c’est une expérience sociale. Si on perd complètement le lien avec un organisme, ça se peut qu’on ait trouvé un autre organisme. Ils sentent qu’ils sont des numéros, alors que le bénévolat, c’est une expérience de partenariat. »

Le chercheur à l’Université de Trois-Rivières André Thibault entame ces jours-ci une vaste consultation pour estimer l’ampleur de cette baisse dans le bénévolat au Québec. Semblable à la pénurie de main-d’oeuvre dont souffre le Québec, ce désistement doit forcer tous les organismes à redoubler leurs efforts de recrutement, selon lui. « Les loisirs et les sports tiennent trop le bénévolat pour acquis. Il faut se rendre attrayant. […] Il faut s’en occuper au jour le jour et nommer quelqu’un qui s’en occupe. Ça ne vient plus tout seul. Il faut garantir une expérience bénévole de qualité. »

Il voit aussi dans ce recul du don de soi les conséquences d’un changement de génération. « On ne sait pas si c’est momentané, mais on a de bonnes raisons de penser que ça va revenir. »

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