S’asseoir au bureau de Jean Lesage

La partie de la propriété mise en vente comprend l’espace occupé autrefois par le bureau privé du premier ministre.
Engel & Völkers La partie de la propriété mise en vente comprend l’espace occupé autrefois par le bureau privé du premier ministre.

Une portion de l’ancienne demeure de l’ex-premier ministre libéral Jean Lesage (1912-1980), un des pères de la Révolution tranquille, est en vente. Située avenue De Bougainville, à Québec, une rue cossue du quartier Montcalm, la demeure a été scindée en deux logements il y a plusieurs années. C’est l’étage supérieur qui est à vendre. Là où l’ancien premier ministre avait installé son bureau privé.

« Le bureau est pas mal tel qu’il l’était au temps où Jean Lesage s’y trouvait », assure l’agent immobilier responsable de la vente. En témoignent des photos à l’appui. Plutôt étroit, le bureau privé du premier ministre était flanqué de bibliothèques et de meubles intégrés en bois dur et sombre. Ce bureau fut celui d’un homme politique dont le règne a marqué des changements importants au Québec. L’agence de vente propose cette portion de son ancienne demeure pour 800 000 $.

Photo: Engel & Völkers L’immeuble de briques, construit en 1925, a été réaménagé depuis en condominiums.

La demeure en question était la maison de son épouse, Corinne Lagarde, précisait dans les années 1960 Jean Lesage. En 1937, le second mari de la mère de Corinne Lagarde avait recruté Jean Lesage au Parti libéral du Canada.

Immeuble réaménagé

 

L’immeuble de briques, construit en 1925, a été réaménagé depuis en condominiums. C’est donc seulement une partie de la propriété qui est mise en vente. Elle comprend l’espace occupé autrefois par le bureau privé du premier ministre. Les boiseries et l’aménagement des lieux demeurent fidèles à ceux qu’a connus le chef libéral, au temps où il pilotait l’« équipe du tonnerre », pour reprendre l’expression électorale de l’époque.

L’ancien ministre Claude Morin rappelait en 2016 aux journalistes du Devoir avoir beaucoup fréquenté ce bureau.

« J’ai eu beaucoup de réunions là, avec lui [M. Lesage], seul ou encore avec deux ou trois conseillers, raconte M. Morin. Je faisais les discours du budget. Il me parlait beaucoup pour me donner les orientations du gouvernement, précise celui qui a rencontré, dans leur résidence privée, les cinq premiers ministres qu’il a servis. À l’époque, c’était beaucoup moins formel qu’aujourd’hui. C’était un peu plus à la bonne franquette. »

Importantes réformes

 

D’abord député fédéral pour le comté de Montmagny-L’Islet, sous la gouverne du premier ministre Louis-Stephen Saint-Laurent, Jean Lesage devient ministre des Ressources et du Développement économique, puis ministre des Ressources nationales.

Malgré la défaite des libéraux, il est réélu dans sa circonscription. Mais il va démissionner pour prendre la succession de Georges-Émile Lapalme à la tête du Parti libéral du Québec.

Tout le monde sait alors que la fin du règne de l’Union nationale de Duplessis approche. Lapalme a mis la table pour d’importantes réformes qui vont se déployer sous l’égide de Lesage, porté au pouvoir le 22 juin 1960 sous la bannière d’un slogan électoral qui prend l’allure d’un programme : « C’est le temps que ça change ».

Dans son cabinet, Lesage conserve les postes de ministre des Finances et de ministre des Affaires fédérales-provinciales, en un temps où les tensions se font de plus en plus vives avec Ottawa en raison de la montée du mouvement indépendantiste, qui en fait une de ses têtes de Turc.

 

Battu aux élections de 1966, il demeure chef de l’opposition officielle jusqu’au moment où il cède sa place, en 1970, au jeune Robert Bourassa.

Il va intégrer par la suite plusieurs conseils d’administration, dont celui des Nordiques, l’équipe professionnelle de hockey de Québec.

Jean Lesage se fera par la suite discret, sortant de sa réserve en 1980, à l’approche du référendum, pour inviter ses compatriotes à s’opposer au projet de souveraineté-association de son ancien ministre vedette René Lévesque.

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