Les défis se multiplient pour les syndicats

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
Les syndicats doivent notamment répondre aux défis posés par la diversité grandissante de leurs membres.
Photo: iStock Les syndicats doivent notamment répondre aux défis posés par la diversité grandissante de leurs membres.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Le monde du travail vit des bouleversements profonds qui créent de nouveaux défis au sein des syndicats québécois. Ceux-ci devront innover pour éviter que leur présence diminue ou que les jeunes les délaissent.

Le niveau de syndicalisation d’environ 40 % que le Québec affiche depuis plusieurs années peut laisser croire que le syndicalisme se porte très bien chez nous. Mais la perspective change lorsque l’on décortique un peu les chiffres.

« Le taux de syndicalisation dans le secteur public, qui dépassait 85 % en 2021, cache une certaine érosion dans l’entreprise privée, où ce taux a atteint, la même année, un plancher historique à 23 % », rappelle Mélanie Laroche, professeure à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal.

Le bassin de travailleurs qui peuvent ou souhaitent se syndiquer tend, lui aussi, à rétrécir. Les emplois professionnels prennent de plus en plus de place dans le marché du travail. Or, les employés y sont traditionnellement peu syndiqués. Seulement 5,2 % des travailleurs du secteur des services professionnels, scientifiques et techniques l’étaient en 2021, selon l’Institut de la statistique du Québec (ISQ).

Le nombre d’employés à temps partiel et de travailleurs qui ne sont pas reconnus comme des salariés — parce qu’ils sont de vrais ou de faux travailleurs autonomes ou que leur statut tombe dans une zone grise, tels les chauffeurs Uber, par exemple — augmente aussi. Ce décalage entre le Code du travail et la réalité sur le terrain complique les efforts de syndicalisation.

« C’est encore le statut juridique de salarié qui donne le droit de se syndiquer. Or, il ne représente plus nécessairement la norme », rappelle Thomas Collombat, professeur de science politique à l’Université du Québec en Outaouais, où il est responsable de l’équipe de recherche Travail et société.

Des syndicats plus représentatifs

 

Les syndicats doivent aussi répondre aux défis posés par la diversité grandissante de leurs membres. « Beaucoup de groupes restent sous-représentés dans les syndicats, par exemple les femmes, les minorités visibles et les jeunes, note MélanieLaroche. Cela complique parfois l’identification des problèmes qui les préoccupent, comme la justice raciale ou la discrimination, et crée des angles morts dans les prises de position des syndicats. »

Au fil des ans, les syndicats ont créé beaucoup de comités en leur sein, où ces groupes peuvent faire entendre leur voix. Ils jouent régulièrement un rôle de conseiller auprès des dirigeants des syndicats. « Mais ces comités peinent à mettre leurs idées et leurs préoccupations à l’avant-plan, déplore la professeure. Les syndicats doivent trouver d’autres voies pour devenir encore plus diversifiés et représentatifs. »

Attirer les jeunes

 

L’avenir du syndicalisme repose aussi sur son renouvellement, et donc sur les jeunes. Thomas Collombat évite, à cet égard, de céder à des généralisations qui font penser que les jeunes rejettent massivement le syndicalisme. « Certains des secteurs où le syndicalisme a connu ses plus fortes croissances ces dernières années sont occupés en majorité par des jeunes », rappelle-t-il. Il donne l’exemple des auxiliaires d’enseignement et de recherche dans les universités québécoises, ou encore les employés d’Amazon ou de Starbucks aux États-Unis.

Cependant, certaines traditions syndicales, tel le recours à l’ancienneté dans les conventions collectives, peuvent parfois irriter les jeunes. C’est notamment le cas quand l’ancienneté prime dans le choix des horaires ou des périodes de vacances, par exemple. « Lorsqu’elle est utilisée pour réduire l’arbitraire dans certaines décisions, comme lors de promotions, ça ne passe pas trop mal, mais si elle divise les employés ou les place en concurrence, ça coince », ajoute Thomas Collombat.

Le monde d’après

Le monde du travail s’est par ailleurs métamorphosé en accéléré en raison du choc pandémique. La santé et la sécurité au travail sont devenues des sujets brûlants, qui ont parfois placé les syndicats dans des situations délicates. Ce fut le cas, par exemple, quand certains d’entre eux ont dû défendre des travailleurs qui refusaient certaines mesures sanitaires contre la COVID-19. Ils ont alors beaucoup mis en avant la responsabilité des employeurs dans la protection de leurs employés en fournissant les outils de protection nécessaires et des lieux et conditions de travail sécuritaires.

La réorganisation du travail, notamment l’utilisation intensive du télétravail, pose aussi de nouveaux défis. Les employés ne sont pas tous égaux devant le télétravail. Certains habitent dans des endroits qui ne leur permettent pas d’aménager un espace de bureau convenable. D’autres ne reçoivent pas un appui suffisant de leur employeur pour se procurer l’équipement pour créer un tel espace. Des femmes qui vivent des situations de violence familiale se voient soudainement privées d’un lieu de travail sécuritaire.

« Les enjeux se multiplient et les syndicats devront contribuer à la systématisation de cette nouvelle organisation du travail pour qu’elle ne fasse pas de victimes », affirme Mélanie Laroche.

Les trois secteurs ayant les taux de syndicalisation les plus élevés

• Services d’enseignement : 81,7 %

• Services publics : 76 %

• Soins de santé et assistance sociale : 65,1 %


Les trois secteurs ayant les taux de syndicalisation les plus bas

• Services professionnels, scientifiques et techniques : 5,2 %

• Hébergement et services de restauration : 6,1 %

• Commerce : 17,1 %


Source : ISQ, 2021

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.



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