Mettre en lumière le rôle des femmes autochtones dans la réconciliation

Miriane Demers-Lemay
Collaboration spéciale
Linda L. Shecapio, originaire de la nation crie, est motivée à faire avancer les questions autochtones pour les prochaines générations.
Photo: Photo fournie Linda L. Shecapio, originaire de la nation crie, est motivée à faire avancer les questions autochtones pour les prochaines générations.

Ce texte fait partie du cahier spécial Relève en recherche

Avec son projet de maîtrise, une étudiante de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue et lauréate d’une bourse en mémoire de Joyce Echaquan souhaite mettre en lumière le rôle des Cries dans le processus de guérison et de réconciliation.

Linda L. Shecapio semble bien incarner son sujet de recherche. Originaire de la nation crie de Mistissini et vivant toujours sur le territoire, elle est consultante autochtone indépendante, conseillère élue pour la communauté de Mistissini, entrepreneuse, mère et grand-mère et, des années après avoir terminé un baccalauréat avec une concentration en sciences politiques, elle mène une maîtrise en études autochtones à l’UQAT. Motivée à faire avancer les questions autochtones pour les prochaines générations, elle est aussi actrice de changement. Et elle est loin d’être la seule.

« De nombreuses femmes ont pris l’initiative de guérir les blessures de la colonisation, de briser le cycle des traumatismes intergénérationnels, de trouver des solutions aux défis socioculturels actuels de nos communautés », relate-t-elle.

Les femmes autochtones sont respectées au sein des communautés pour donner la vie, éduquer les prochaines générations et défendre la vie, souligne Mme L. Shecapio, en parlant du rôle prépondérant des femmes dans les communautés autochtones. Mais leur rôle est beaucoup plus invisible dans l’activisme et la politique, ajoute celle qui se réjouit toutefois d’une meilleure représentativité des femmes dans les conseils de bande. « Derrière les activistes, il y a des femmes qui les motivent et qui les mobilisent, mais qui ne sont pas reconnues », dit-elle en donnant comme exemple les femmes ayant fondé le mouvement de protestation Idle No More en 2012.

« Les sociétés occidentales sont basées sur le patriarcat, tandis que nos communautés traditionnelles sont matriarcales », explique Mme L. Shecapio. Selon elle, la colonisation a toutefois entraîné un grand déséquilibre dans les relations genrées. « Les femmes autochtones n’ont pas été invitées aux tables [de décision] à participer à l’élaboration de la structure du système. »

« Nous, les femmes, devons absolument retrouver et occuper la place qui nous revient en tant que partenaires égaux dans nos sociétés, soutient celle qui s’est tournée vers le milieu universitaire pour contribuer à l’atteinte de cet objectif. En tant que femme autochtone, j’avais besoin de faire quelque chose pour l’héritage que je veux laisser à mes petites-filles et aux générations futures. Je voulais retourner à l’école et trouver des moyens de mieux positionner notre peuple dans le grand monde. »

L’émancipation par la recherche

Par son projet d’études, Linda L. Shecapio veut mettre en lumière le rôle des Cries dans la guérison et le bien-être de leur communauté. Pour elle, il s’agit d’une façon de reconnaître et de visibiliser l’apport des femmes tout en indiquant des pistes de solution pour les défis d’aujourd’hui et de demain. Selon elle, faire cette démarche dans la sphère universitaire permet aussi de créer des ponts de compréhension et de communication entre nations.

« Nous devons exploiter les systèmes de connaissances occidentales et traditionnelles pour mieux travailler ensemble sur le sujet de la réconciliation. Comment positionner les femmes autochtones pour qu’on puisse contribuer à la société ? Nous aussi, nous avons des réponses [aux défis d’aujourd’hui]. Comment pouvons-nous mieux collaborer et faire de cet endroit un endroit où il fait bon vivre ? »

Cette dernière question est d’ailleurs brûlante d’actualité dans la province. En septembre 2020, Joyce Echaquan, une Atikamekw de 37 ans, est morte à l’hôpital de Joliette peu après avoir été criblée d’insultes de la part du personnel médical de l’établissement, ce qui a soulevé le débat dans la province sur la présence de racisme systémique envers les Autochtones.

« Cela aurait pu être moi, ma soeur, ma nièce », s’exclame Linda L. Shecapio, qui est titulaire d’une deuxième bourse d’études en mémoire de Joyce Echaquan remise par l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, l’Institut national de la recherche scientifique et les Fonds de recherche du Québec. « Je souhaite me concentrer sur mon peuple, afin qu’on puisse mieux s’émanciper, regagner du pouvoir, mieux se construire. »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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