Attaque sur une fillette: l’homme aurait d’abord voulu tuer son ex-superviseur

Tanvir Singh n’est pas en liberté : il se trouve toujours détenu à l’institut psychiatrique Philippe-Pinel, à Montréal.
Guillaume Levasseur Archives Le Devoir Tanvir Singh n’est pas en liberté : il se trouve toujours détenu à l’institut psychiatrique Philippe-Pinel, à Montréal.

Le jeune homme qui a violemment attaqué en pleine rue une fillette de 10 ans à Pointe-aux-Trembles, à Montréal, en mars dernier, se serait d’abord rendu sur son ancien lieu de travail pour y tuer son superviseur, est-il indiqué dans une nouvelle procédure déposée à la Cour mercredi matin.

Le 14 mars 2022, la fillette retournait chez elle avec deux amies pour le repas du midi quand Tanvir Singh, 21 ans, l’a subitement assaillie, lui donnant des coups de poing et des coups de pied et lui écrasant même la tête au sol. L’enfant a subi de sérieuses blessures et conserve des séquelles psychologiques.

Des passants avaient maîtrisé l’homme, et il avait été arrêté sur les lieux. Singh a été accusé notamment de voies de fait graves et de voies de fait armées.

Puis, en juillet, il avait été déclaré non criminellement responsable de ses actes pour cause de troubles mentaux.

La procureure de la Couronne dans le dossier, Me Annabelle Sheppard, estime que le jeune homme demeure dangereux pour le public, et dans ce but, a déposé une requête afin de le faire déclarer « accusé à haut risque ».

Dans celle-ci, plusieurs allégations — aucune d’entre elles n’a toutefois encore été prouvée devant les tribunaux — permettent de reconstituer les heures précédant la brutale attaque sur la fillette.

La veille, Tanvir Singh aurait demandé à un homme habitant dans la même maison que lui à Brampton, en Ontario, une arme afin de perpétrer une tuerie de masse dans l’usine où il avait travaillé à Montréal. Le colocataire a refusé, et il n’y a pas eu de suites à cette conversation, peut-on lire dans la procédure.

Puis, il se serait rendu à Montréal « complètement submergé par ses pensées et des voix qui lui parlaient ».

Dans son ancienne usine, il se serait procuré un « exacto » dans un vestiaire et aurait tenté d’attirer son superviseur dans le stationnement pour l’attaquer. Mais ce plan n’ayant pas fonctionné, il a quitté l’endroit. Il se serait ensuite rendu dans un magasin Canadian Tire pour y voler un couteau, espérant se faire arrêter, car il savait qu’il avait besoin d’aide, a-t-il dit à l’équipe soignante. Ce plan a aussi échoué. Il serait alors retourné à l’usine et se serait caché dans la salle de bains pour faire du mal à son superviseur, mais il a été surpris par un autre employé. Devant ces échecs répétés, il aurait quitté l’usine et, en marchant sur le boulevard du Tricentenaire, il a croisé par hasard la fillette.

Lorsque Singh était hospitalisé, à la suite de son arrestation, la psychiatre judiciaire qui a réalisé une expertise — aussi déposée à la cour en soutien de la requête — a noté que le patient considérait que sa maladie était « sous contrôle », que ses symptômes avaient disparu et que rien ne risquait de se reproduire.

Elle a aussi relevé qu’il avait cessé de prendre ses médicaments pendant plusieurs jours, à l’insu du personnel traitant, parce qu’il considérait qu’ils avaient « peu d’utilité ». Il ne veut pas prendre de médicaments sous forme injectable tous les mois, ce qui ne nécessiterait pourtant pas la prise de comprimés tous les jours. Ces constats sont jugés préoccupants par la psychiatre.

« Le risque de rechute psychotique et de violence chez M. Singh demeure [important] », écrit-elle.

Si un juge déclare le jeune homme « accusé à haut risque », cela aurait pour effet de rendre sa détention en hôpital psychiatrique encore plus stricte et de restreindre ses sorties, avait expliqué en juillet Me Sheppard, ajoutant que l’objectif est d’assurer la sécurité du public.

La procureure a signalé son intention de requérir sa propre expertise afin d’éclairer le juge qui sera appelé à trancher.

Tanvir Singh n’est pas en liberté : il se trouve toujours détenu à l’institut psychiatrique Philippe-Pinel, à Montréal.

Le dossier doit revenir devant le juge Alexandre Dalmau, de la Cour du Québec, en novembre.

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